samedi 9 janvier 2016

VIdéo: OMSQ live au Botanique, avec Bruce Ellison

Quand j'étais ado, j'avais enregistré sur une VHS un documentaire qui parlait du rock belge du milieu des années 90, ce truc qui nous semblait tellement inconcevable, étant nourris du matin au soir de rock anglo-saxon. On y parlait notamment de dEUS, de Mad Dog Loose et de PPz30. J'ai dû regarder cette cassette au moins 30 fois. C'est comme ça que j'ai découvert ce personnage totalement insolite qu'est Bruce Ellison.



A peu près 20 ans plus tard, quand on a enregistré Vertigo, le deuxième EP de OMSQ qu'on partageait cette fois avec les Progerians, on cherchait une voix pour lire un extrait de Mr. Vertigo de Paul Auster sur le passage le plus calme du morceau. Dans nos têtes, l'idée était très claire: on voulait quelqu'un capable de lire cet extrait à la manière d'un prêcheur américain en transe. L'exemple qu'on a utilisé pour le briefing, c'est cette scène hallucinante du film "There Will Be Blood", où l'acteur Paul Dano est tellement habité qu'il foutrait presque autant les boules que n'importe quelle scène de L'Exorciste.



Restait à trouver LA voix pour nous déclamer du Paul Auster avec la même puissance face à un micro. Il se fait que Bertrand, notre batteur, connait bien Bruce Ellison. Il lui a proposé, il a dit oui sans problème, il s'est pointé au studio et en une prise, le truc était emballé. Quelques mois plus tard, Bruce est venu nous voir à l'Os à Moelle. Accoudé au bar en train de descendre des trappistes après le concert, il nous a donné un conseil précieux, avec son accent inimitable :

"Quand tu joues du rock, tu t'en fous de ce que te dit l'ingé son. Tu mets tout à fond et tu joues. 
Le reste, ce n'est plus ton problème."

Quand on a appris qu'on allait jouer au Botanique en novembre dernier, on s'est tout de suite dit que ce serait peut-être l'occasion de marquer le coup et de proposer à Bruce de nous accompagner sur scène. Il a accepté, toujours avec le même enthousiasme. Cette fois, on lui a proposé deux textes: le même extrait de Mr. Vertigo, et pour un autre morceau inédit, un poème de William Blake.

Comme pour l'enregistrement, Bruce s'est imposé avec une aisance déconcertante. Sur scène, il n'a pas tout à fait commencé quand il le fallait. Du coup, on est un peu passé à côté de l'effet recherché. Mais le mec assure tellement qu'il n'a pas hésité à rallonger le texte de Blake pour récupérer sa petite boulette. Au final, vu que personne n'avait jamais entendu ce morceau, c'est passé inaperçu.




Donc le 7 novembre dernier, j'ai réalisé deux rêves d'ado en une soirée: jouer sur la scène de la Rotonde et partager cette même scène avec ce vieux briscard de Bruce Ellison.

Dans les prochains mois, on reprend la route du studio pour enregistrer les prochains disques. Ce morceau-là y sera forcément, mais très certainement dans une version bien différente. Et sans doute avec un autre texte. La prestation de Bruce a eu l'avantage de montrer les limites du poème de Blake.



Pour suivre l'actu de OMSQ, ça se passe toujours sur notre page Facebook.
Les disques s'écoutent, se téléchargent librement et s'achètent sur notre page Bandcamp

mardi 30 juin 2015

mardi 31 mars 2015

Les coulisses d'une vidéo : OMSQ "Limitless" (tribute to Singham)

Quand on écrit de la musique pour des "films imaginaires", on est à cent lieues de s'imaginer que celle-ci pourrait coller pile poil sur une scène prise au hasard. Encore moins s'il s'agit d'une série Z de Bollywood, avec cascades, moustaches et biceps à la en veux-tu en voilà.

En procrastinant sur Youtube, je tombe donc sur une scène apparemment culte tirée de Singham, sorte de super flic nourri au poulet tandoori. Je constate qu'à quelques secondes près, le timing correspond tip top à celui d'un de nos morceaux issus de notre album Thrust / Parry. Je remets la vidéo en coupant le son et en jouant le titre en question en fond sonore. Bingo...

Une après-midi plus tard, passée dans les locaux de Navalorama Records à disséquer l'un ou l'autre plan pour bien caler l'image et la bande sonore, l'affaire était dans le sac.

Quand je serai plus grand, je veux devenir compositeur de musiques de films d'actions avec des moustaches et des mecs qui pourchassent des Jeep avec un réverbère sous le bras.

Le résultat:



La vidéo originale (avec une bande son nettement plus couillue):


samedi 10 janvier 2015

#JesuisCharlie : Pourquoi, même entouré de cons, je manifesterai à Paris ce dimanche

Depuis hier, je vois fleurir sur le net un nombre impressionnant d’articles justifiant une désolidarisation du mouvement (trop) populaire #JeSuisCharlie, en réaction contre l’attaque qu’a subie ce mercredi le journal satirique Charlie Hebdo. A coup de #JeNeSuisPasCharlie, les arguments qui justifient cette prise de distance pleuvent et ont le mérite de rééquilibrer le débat : rejet de cette béatification post-mortem d’un journal à l’humour souvent douteux, récupération du mouvement par une lame de fond tout aussi extrémiste que les dérives qu’elle prétend dénoncer et, surtout, cette universalisation d’une colère molle, suiviste et peu concernée qui, en Belgique, n’est pas sans rappeler la Marche blanche.

 #JeNeSuisPasCharlie : résumons donc les arguments point par point.
Primo, oui, Charlie Hebdo était effectivement devenu une feuille de chou à l’humour gaulois peu reluisant, qui se donnait bonne conscience en caricaturant une fois toutes les trois lunes un Jésus sur sa croix, histoire de faire taire les critiques qui y voyaient une forme d’acharnement contre l’islam.

Secundo, il est évident qu’en se proclamant Charlie, je soupçonne un certain nombre d’abrutis d’avoir trouvé la parade pour acheter à moindres frais une virginité à leur revendication bien moins avouable. Comprenez « Marre des Arabes, ils s’en prennent à nos valeurs (chrétiennes). »

Tertio, oui j’admets rester quelque peu perplexe en constatant que l’oncle René ou la cousine Kimberley, qui d’ordinaire inondaient leur mur Facebook de photos de chatons trop mignons, d’avis de recherche élucidés depuis 3 ans ou de leur dernier record à Farmville, se découvrent soudain un élan révolutionnaire et changent leur photo de profil pour défendre un journal qu’ils confondaient encore hier avec la formule enfants des défunts Restos GB.



#JeSuisCharlie : passons désormais à mes propres contre-arguments.
D’abord, je n’ai aucune honte à l’admettre : je ne lisais pas Charlie Hebdo. Pour moi, c’était comme les chansons de Didier Super : deux fois par an, quand j’ai besoin de laisser mon cerveau de côté. Au mieux, je le feuilletais par curiosité sur les chiottes, chez des amis fidèles abonnés. Pas tellement mon truc en fait. Tout comme je ne lis jamais Ubu-Pan d’ailleurs. J’ai toujours préféré lire Le Canard, plus pertinent, plus cérébral aussi sans doute. Un ami posait cette question : si la flingade avait eu lieu chez Minute, afficherions-nous tous « Je suis Minute », en hommage à ce torchon d’extrême-droite ? La réponse est évidemment négative, pour une raison qui n’a pas l’air de sauter aux yeux de tout le monde : les extrémistes ne s’en prendraient jamais à ces torche-culs nazillards que sont Minute, Valeurs Actuelles ou Rivarol. Pour la bonne et simple raison qu’ils poursuivent la même cause : l’exclusion, la peur, le rejet, le repli sur soi et au final, la destruction de toute forme de lien social. Est-ce un hasard si les attentats mus par le fondamentalisme religieux ne visent jamais l’extrême-droite ? Ils sont peut-être moins ennemis qu’ils ne veulent nous le faire croire.

Selon moi, l’erreur consiste justement à réduire #JeSuisCharlie à la défense du seul Charlie Hebdo. Oui, comme vous, ça me chiffonne un peu de voir Charb érigé en héros. Mais à mon humble avis, ce qui se joue en ce moment dépasse largement Charlie. Ce qui s’est passé, c’est une soupape de sécurité qui nous pète en pleine gueule. C’est la démonstration la plus sordide de la nécessité de se pencher d’urgence et sans tabou sur la question du vivre ensemble et de la société qu’on veut construire. #JeSuisCharlie est un appel à la mobilisation de chacun : levez-vous et défendez vos idéaux, sinon les salauds le feront à votre place et il sera trop tard. Interpelez vos élus pour qu’ils se penchent enfin sur les vraies causes d’un malaise qui traverse l’ensemble de la société et qui est bien profond : exclusions, cloisonnement, incompréhension, délitement du lien social, creusement des inégalités, absence de perspective d’avenir, mise à sac des acquis sociaux, perception d’injustice sociale et fiscale, nivellement culturel par le bas, recul environnemental, etc.

 Ensuite, la question de la récupération nauséeuse est tout aussi centrale dans le mouvement #JeSuisCharlie. J’ai participé au rassemblement organisé dans ma petite ville de province cette semaine. J’en suis rentré en colère, après les âneries que j’y ai entendues. J’y ai notamment croisé un ancien mandataire politique local, pourtant issu d’un parti qui se proclame humaniste, qui la veille encore commentait la tuerie de Charlie Hebdo en ces mots : « Dans quel monde vivons-nous ? Je regrette le temps où l'on pouvait avoir un sapin de Noël ou une crèche dans les lieux publiques ! » (sic)



Eh oui, tout mouvement populaire charrie son lot de débiles profonds, amateurs d’amalgames qui reposent le cerveau, surtout lorsqu’il s’agit de dénoncer la haine qu’ils ont eux-mêmes alimentée. Et des gros cons de sa trempe, on va s’en farcir des cars entiers ce dimanche. Venus soi-disant défendre la liberté d’expression qu’ils n’ont jamais trouvée aussi chère que depuis qu’elle a été mise à mal par des barbus, mais qu’on n’a jamais entendus quand les bigots de la manif pour tous, pourtant bien chrétienne, agressaient les journalistes, se barricadaient courageusement derrière leurs poussettes ou encourageaient leurs enfants à agiter des bananes devant une ministre de couleur. Elles sont là, nos valeurs occidentales mises à mal ?


Agression de notre équipe à la "Manif pour Tous... par rennestv

Dois-je pour autant baisser les bras parce que les salauds vont s’inviter à mes côtés ? Dois-je me taire et les laisser faire ou au contraire battre pavé à leurs côtés et essayer de gueuler plus fort qu’eux ? Si Zemmour, Destexhe et Modrikamen s’autoproclament soudain Charlie pour déverser leur haine de tout ce qui ne leur ressemble pas, dois-je quitter le navire ou au contraire monter aux barricades pour démontrer qu’ils se sont (une fois encore) gourés de combat ?

Aussi loin que je me souvienne, toutes les manifestations auxquelles j’ai participé ont drainé leurs meutes de boulets, essayant de reprendre à leur compte la revendication initiale, meilleure façon de la pourrir aux yeux des médias et de l’opinion publique. Exemples : les réac-souverainistes quand on rejetait la directive Bolkestein, les islamistes radicaux quand on protestait devant l’ambassade d’Israël après qu’Ariel Sharon ait provoqué la deuxième intifada en paradant sur l’esplanade des mosquées. Je me souviens encore très bien d’une scène grotesque lorsque les Etats-Unis ont envahi l’Irak pour la deuxième fois sous Bush Jr : des dizaines de gamins d’une douzaine d’années défilant sur le campus de l’ULB avant de rejoindre la manif dans le centre-ville. Des militants du Mouvement Marxiste Léniniste (MML) les avaient racolés à la sortie des écoles et équipés de drapeaux communistes, alors qu’à l’évidence, pas la moitié du quart de ces kets n’avaient la moindre idée de la signification de l’étendard qu’ils brandissaient.

Aurais-je dû pour autant renoncer à mon droit de m’exprimer sous prétexte que ces mouvements de contestation étaient détournés par des individus dont je ne partage pas le point de vue ? Pour le dire autrement, mon père doit-il travailler les jours de grève nationale et donc accepter qu’on lui rabote ses droits sociaux, pour éviter d’être associé à 10 connards de dockers anversois étiquetés Vlaams Belang ou à une syndicaliste namuroise survoltée ?

Avec des raisonnements pareils, on ne sortira plus jamais dans la rue. On trouvera toujours de bonnes excuses pour rester chez soi, bien au chaud dans ses pantoufles et contester derrière son clavier. Pire : on laisse le champ libre aux abrutis de tous bords qui n'en demandaient pas tant pour nous confisquer le droit à ouvrir notre gueule. Il y aura forcément tout un cortège de racistes, de fachos et d’écervelés qui défileront ce dimanche à Paris. Face à cette situation, j’ai deux possibilités : soit je m’abstiens et je les laisse déverser leur haine entre eux sans m’y mêler, soit je défile à leurs côtés et je gueule plus fort qu’eux. J’ai définitivement choisi cette seconde option.

Dimanche donc, je défilerai pour exprimer mon opinion. Et c’est celle-ci :

Des cons ont buté d’autres cons et la conséquence de leurs actes risque de précipiter la victoire d’autres cons. Au final, c’est la connerie générale qui risque de gagner. 
Et ça, il n’en est pas question. 

Moi je défilerai avec une couverture de Charlie Hebdo qui ne laissera planer aucun doute sur mes intentions.


Et on verra si ceux qui défilent à mes côtés défendent réellement la liberté d’expression. Parce que le jour où tous les dégoûtés auront abandonné, il ne restera plus que les dégoûtants. Elle n’est pas de moi celle-là, mais je me l’approprie.



mardi 6 janvier 2015

Quelle est la différence entre Filigranes et Lunch Garden?

Dans mon dernier post, je m'étonnais d'apprendre que Filigranes serait encore une librairie. Selon moi, c'est juste un salon de thé où on peut s'essuyer les doigts sur une quatrième de couv' après avoir avalé une tarte poires cannelle. Après vérification, je confirme : tout comme chez Lunch Garden ou Flunch, on y trouve de vieux réacs à la dentition chancelante en train de glorifier la grandeur du passé, en dévorant tant bien que mal des pâtisseries ramollies à quatre heures de l'après-midi. Et vas-y que c'était mieux avant, quand les bonnes femmes restaient à leurs fourneaux, que les noirs se contentaient de balayer nos rues avec un os dans le nez, à l'époque où on pouvait encore appeler un PD un PD ou un Bougnoule un Bougnoule.

Avec tout de même une différence notable : chez Filigranes, on a garni les étagères de faux livres, histoire de faire illusion. Une idée de déco pour la cantine de votre maison de repos ?

La preuve en image:


mardi 23 décembre 2014

Zemmour chez Filigranes : les dessous d'un vrai débat (autour d'une quiche feta épinards)

Zemmour à Bruxelles nous apprend au moins une chose : à moins que le petit roquet français se soit reconverti dans les tartes meringuées, sa venue chez Filigranes confirme qu'on y vendrait encore des livres. Sale temps pour les sandwicheries up-scale. 

L'annonce de la venue d'Eric Zemmour à Bruxelles - pour une conférence au Cercle de Lorraine et une séance de dédicaces chez Filigranes - déchaîne les passions, sur fond de débat sur les limites de la liberté d'expression. Faut-il donner chez nous une tribune à Zemmour, celui qui chie tout haut ce que certains pètent tout bas ? Et voilà qu'on s'étripe entre défenseurs d'une liberté d'expression absolue, et celles et ceux qui estiment que celle-ci s'arrête là où commence l'incitation à la haine. Pour ma part, je m'interroge quand même : si les cons n'ont plus la liberté de débiter leurs conneries en public, qui va se charger de les contredire ? Loin de moi l'idée de cautionner le discours de l'olibrius en question, version maigrichonne de notre Laurent Louis national. Mais puisque ses âneries ne dépassent pas le niveau de la cour de récré, pourquoi dès lors ne pas organiser un vrai débat contradictoire, qui devrait logiquement le voir repartir la queue entre les jambes après s'être fait retourner comme une vulgaire crêpe ?

Pourtant, le débat autour du polémiste de comptoir français éclipse mal deux autres réalités.

Primo, ne faut-il pas y voir une tentative ridiculement désespérée du Cercle de Lorraine - ce club de débats pour "leaders d'opinion" en boutons de manchettes - de détourner l'attention de sa situation financière désastreuse ? Pertes récurrentes, dettes qui s'accumulent, fonds propres épuisés, liquidités à sec... On ne parle pas ici de la Grèce mais bien d'un prétendu haut lieu de réflexion censé rassembler le gotha du monde économique, politique et financier du pays. Je ricane. Même la SNCB se porte mieux.

Secundo, le passage de l'écrivain au rabais chez Filigranes semble indiquer que l'établissement serait encore une librairie. Avec en toile de fond cette question, hautement plus intéressante si on veut relever le niveau du débat : mais qui achète encore des livres chez Filigranes ? Au fil des années, la librairie bruxelloise est en effet devenue un gigantesque foutoir, dans lequel s'entasse à peu près tout et n'importe quoi. La dernière fois que j'y ai mis les pieds, j'ai dû laisser mon sac dans un casier à l'entrée - ce que même Mediamarkt n'exige plus. J'ai ensuite d'û me faufiler dans un flux continu de visiteurs qui marchent au pas, version littéraire du petit train de Plopsaland, où ma liberté de mouvement reste tributaire du bon vouloir des individus qui m'entourent. Si celui qui me précède s'arrête pour feuilleter un magazine de voile, je me vois contraint d'attendre qu'il ait fini sa lecture pour pouvoir avancer. Ou consulter une revue sur les montres suisses pour patienter.

Plus choquant encore, lors de ma dernière visite, j'étais coincé entre d'un côté, un couple au délicieux accent de l'axe Paris XVe - St Job - Châtelain qui s'émerveillait devant l'immense choix de tartes de chez Francine que propose l'établissement et, de l'autre, un pianiste au sourire bleuté. Ce dernier massacrait d'une main la Lettre à Elise en sirotant de l'autre un verre de vin bio, qui expliquait la teinte de ses incisives. Car oui, diversification oblige, Filigranes a préféré investir dans un espace restauration plutôt qu'adopter une logique de rangement des ouvrages digne de ce nom. Si auparavant, il était déjà pratiquement impossible de trouver l'objet désiré sans devoir faire appel aux conseils d'un vendeur désemparé, la démarche est devenue encore plus ardue depuis qu'il faut de surcroît franchir le parcours d'obstacles que constituent les tables où l'on déguste des quiches accompagnées d'un thé vert menthe fraîche. Au bout du compte, Filigranes et Fnac: même combat. On n'y trouve jamais le moindre bouquin, mais on se consolera chez l'un avec un cheese cake aux speculoos, chez l'autre en parcourant le rayon grille-pains, aspirateurs et pèse-personnes.

Bref, revenons à nos cochons: la venue de Zemmour à Bruxelles est finalement salvatrice puisqu'elle nous apprend que le Cercle de Lorraine existe toujours (y vendent-ils des salades de betteraves ou des fours à raclette pour survivre?) et que Filigranes reste une librairie.


J'en termine avec ce qui me semble être le seul réel débat que soulève toute cette polémique: quel est finalement l'intérêt de boire de la piquette biologique ? A quoi bon favoriser les bienfaits physiques du bio s'il faut avaler deux litres de Gaviscon pour faire passer les crampes d'estomac qui s'ensuivent? Sans même évoquer le flacon de listerine qu'il faut vider après coup pour se débarrasser du sourire de schtroumpf.


A vos dissertations mes enfants.

lundi 29 septembre 2014

Lettre ouverte à Didier Zacharie: le rock’n’roll, c’est par ici.

Cher Didier Zacharie,

Ce dimanche 28 septembre, dans un article publié sur le site du journal Le Soir, vous vous demandez où est passé le rock’n’roll. Vous partez de la reformation des Libertines (dont l’article n’omet pas de citer le prochain concert en Belgique, avec lien ad hoc vers le site de l’organisateur Live Nation pour réserver son précieux sésame) pour constater que la bande à Pete Dohery serait:

« Le dernier groupe ayant porté haut le flambeau sex, drugs & rock’n’roll (qui) ressuscite au moment où « le rock est au plus bas », selon la petite phrase du producteur pop Greg Kurstin (Beyoncé, Lilly Allen, Lana Del Rey). » 


Vous dressez alors la liste des groupes qui, à vos yeux, ont à un moment ou un autre incarné ce sacro-saint rock depuis le début du millénaire, de Coldplay à Franz Ferdinand en passant par le gang des groupes en « The ». Votre article se conclut sur ce constat implacable:

 « Le rock, par contre… Retombé dans l’anonymat, surclassé dans les charts par le rap et l’électro, de moins en moins capable de remplir de grandes salles, devenu inoffensif au point d’être moqué par un Kanye West qui s’est autoproclamé « plus grande rock star actuelle »... Exactement comme en 2000. « Je suis dans l’attente d’un retour du rock, de quelque chose de brut et pertinent, explique encore notre producteur du monde pop, Greg Kurstin. Tout est tellement pop en ce moment que j’attends un truc qui en soit le complet opposé. Quelque chose de brut, peut-être un groupe à guitares ». Le retour des Libertines donnera-t-il des idées ? Sera-t-il l’étincelle qui fera à nouveau exploser le rock ? »

Pour prétendre que le rock est mort, je suppose que vous n'avez jamais assisté à un concert de Gnod, Djevara, Hey Colossus, Perhaps ou, plus près de chez nous, Sunken, Swingers, Raketkanon, Castles, Khohd, Deuil ou Coubiac.



Puisque vous semblez ignorer où est passé le rock, je vais donc vous aider à retrouver votre chemin. Le parcours n’est pourtant pas semé d’embuches, il suffit d’ouvrir les oreilles et d’oser chercher ses sources ailleurs que dans le triumvirat Pure FM – Werchter – Les Inrocks. Car oui, le rock est toujours vivant, plus que jamais. Il sévit encore et toujours au coin de la rue, là où les journalistes « rock » aveuglés par le dernier album de Daft Punk n’osent plus traîner.

Le rock n’est pas mort.
Il est juste fauché, comme il l’a toujours été.


Le rock s’écoute dans des bars et des salles de concert qui ne vous ajouteront pas sur la guest-list, soit parce que l’entrée est gratuite, soit parce que le groupe qui joue finance lui-même son concert. Mais essayez et vous verrez : lâcher un billet de 5 euros pour en prendre plein les oreilles fait souvent un bien fou.

Le rock s’écoute sur des plateformes d’échange et de découverte en ligne. C’est sans doute moins traditionnel que les CD promo dont les majors inondent votre boîte aux lettres, mais tellement plus nourrissant pour l’esprit. Eh oui, le rock est fauché, il n’a donc pas les moyens d’arroser les journalistes d’envois promotionnels.

Le rock se lit sur des webzines et blogs indépendants, alimentés par des bénévoles passionnés qui osent sacrifier plusieurs soirées par semaine pour aller voir des concerts de sombres inconnus qui rameutent 10 personnes et en ramener de superbes photos et des interviews au vitriol.

Le rock s’écoute sur des labels et netlabels, belges notamment, qui pullulent sur la toile, et accouchent chaque jour d’excellentes sorties numériques et physiques.

Vous en doutez ?
Voici quelques pistes qui vous aideront à retrouver la trace du rock’n’roll.


Depuis le mois d’août et jusqu’à la fin de l’année, le Magasin 4 à Bruxelles fête ses 20 ans avec une programmation qui ferait pâlir le plus ambitieux des festivals. Passez leur faire un petit coucou et vous verrez que le rock a encore de beaux jours devant lui.

Le 18 octobre, l’hyperactif netlabel belge GodHatesGodRecords organisera à La Zone à Liège une soirée entière de performances live des meilleurs représentants de son catalogue. Dans l’indifférence médiatique la plus totale (ou presque), ce netlabel parti de rien a publié en une petite année d’existence pas moins de 100 albums, EP et compilations, tous proposés en téléchargement libre, mêlant rock, noise, electro, ambient et shoegaze.

Les 24 et 25 octobre, le collectif bruxellois Hexagen soufflera ses cinq bougies avec un festival qui gravitera autour du Beursschouwburg et du Magasin 4. Parmi les groupes à l’affiche, vous n’aurez aucune peine à trouver ce rock qui semble tant vous manquer.

On continue ? Parlons un peu des labels belges, si vous le permettez.

En un an d’existence, le label bruxellois Navalorama Records en est déjà à 7 sorties physiques, sur CD et sur vinyle, et accumule les chroniques élogieuses, qu’il s’agisse d’artistes belges (Yadayn, Marteleur, In Heaven) ou internationaux (Ice Dragon, Samuel Jackson Five et d’autres dont les projets sont plus qu’avancés). L’état des stocks montre que le vrai rock ne s’est jamais aussi bien porté.

Du côté de Namur, Hyphen Records, un autre label indépendant qui publie des sorties physiques notamment en partenariat avec GodHatesGodRecords, fait aussi parler de lui… mais surtout à l’étranger. Au point d’avoir l’honneur d’occuper toute une scène pour une journée entière au prochain Blackpool Music Festival, le 11 octobre prochain en Angleterre.

Et la liste est encore longue : Black Basset Records, Antée Records (qui se concentre uniquement sur le vinyle et sortira bientôt également des cassettes), Mandai Distribution, etc. Nous sommes nombreux à fabriquer avec nos petites mains des disques de rock, de vrai rock, sans en tirer le moindre profit ni la moindre couverture médiatique à grande échelle. Le Magasin 4 accueillera d’ailleurs plus de 40 labels et distributeurs pour une journée portes ouvertes ce dimanche 5 octobre, de quoi garnir vos étagères à vinyles d’artistes rock bien vivants.

Continuons avec ceux qui font la promotion du rock chez nous : le webzine Shoot Me Again, Radio Campus, Radio Panik, Radio Alma, les émissions de Kool Strings et The Music Lounge, RUN à Namur, les postcasts de Radio Kinky Star à Gand, les reportages photo de Séverine Bailleux, etc.

La liste est interminable.

Vous voyez, Monsieur, si vous cherchez où est passé le rock, il suffit de demander. A lire votre article, j’ai l’impression que vous cherchez surtout où est passée l’industrie du rock. A cette question, malheureusement, je n’ai pas de réponse. Voyez-vous, notre passion, c’est de jouer de la musique et de la partager avec un maximum de personnes, que ce soit via nos disques, nos albums en téléchargement libre ou nos concerts organisés avec quelques bouts de ficelle.

L’industrie du rock, tout ce qu’elle recherche, c’est vendre. 
Et vendre, nous, on s’en fout un peu.

Vous vous demandez pourquoi aucun groupe "rock" n'a percé dans les charts récemment? Demandez-vous plutôt pourquoi vous, en tant que journaliste, vous n'avez pas été capable d'en faire connaître de nouveaux auprès du grand public.

J’espère en tout cas vous avoir aidé à retrouver votre chemin. Je terminerai cette carte blanche par une invitation : notre nouvel album est sorti en septembre et pour célébrer l’événement, nous organisons une release party ce jeudi 2 octobre, au Fulmar 1913, à Bruxelles. Je sais que les journalistes « rock » n’ont pas pour habitude de payer leurs billets de concert, dès lors je mettrai personnellement 5 euros dans la caisse pour vous permettre d’y entrer gratuitement, même si aucune guest list « presse » n’est prévue. Je serai d’ailleurs ravi de vous offrir un CD, une bonne bière et une paire de boules Quiès pour vous éviter les acouphènes le lendemain. Vous voulez du « sex, drugs and rock’n’roll » ? Vous ne serez pas déçu. Nous serons tous en transe, nous jouerons plus fort que jamais et vous verrez que nos compagnes sont sacrément plus sexy que Kate Moss ! La soirée commencera avec les Fabulous Progerians. Si après cette mise en bouche, vous n’êtes toujours pas convaincu de l'état de santé de notre bon vieux rock, nous en remettrons une seconde couche en deuxième partie de soirée, en mode matraquage de tympans. Les DJ sets se termineront au petit matin. Et nous en reparlerons ensuite, si nos oreilles sont encore en état de capter quoi que ce soit. Pensez peut-être à prendre congé le lendemain. Les soirées de vrai rock se terminent rarement avant le passage du dernier tram.



Mais comme nous n’avons nullement la prétention de représenter qui ou quoi que ce soit, je vous invite surtout à laisser traîner vos trompes d’Eustache à l’un des événements mentionnés plus haut, à vous intéresser à ces quelques labels et à tous les autres que je n’ai pas pu mentionner. Il y en a tellement. Et ce sera avec plaisir que je lirai prochainement dans vos colonnes un article intitulé « Le rock a eu la peau de l’industrie musicale. Qui s'en plaindra ? »

Amitiés,

AL / OMSQ

PS : Contrairement à l'article du Soir qui a amené cette réaction, l'accès à notre musique est entièrement gratuit. Profitez-en : http://omsq.bandcamp.com