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mercredi 13 janvier 2016

Kabbale, fusion nucléaire et immortalité: l'étrange message laissé par Bowie

En quittant ce bas monde, Bowie boucle l'oeuvre de toute une vie. Au passage, il en profite pour livrer une partie des clés qui aident à résoudre une énigme qu'il nous avait soumise il y a 40 ans. Si Bowie est une oeuvre d'art à lui tout seul, son décès en est l'ultime chapitre. Mais les oeuvres d'art sont-elles mortelles? 


Ce n'est un secret pour personne: je suis profondément bouleversé par le décès de David Bowie, sans doute l'artiste que j'apprécie le plus, toutes disciplines confondues, et ce depuis une grosse vingtaine d'années. Depuis l'annonce de sa mort ce lundi matin, je reste incrédule et me repasse en boucle cette réplique d'Al Pacino dans le film "Donnie Brasco", apprenant la mort de John Wayne, et qui donne à peu près ceci :

"Il y a des choses que je ne comprends pas. 
Comment quelqu'un comme John Wayne peut-il mourrir?"

Je ressens la même chose à propos de Bowie.

Evidemment, je ne vais pas refaire toute l'analyse de l'oeuvre de Bowie, traversée de part en part par son obsession de l'éternité, de l'immortalité et du surhomme. Que ce soit dans ses chansons, sur les pochettes de ses albums, dans ses rôles au cinéma, et même dans la publicité, Bowie a toujours martelé l'idée d'une entité supérieure qui lui survivrait. Même dans "Labyrinthe", malgré son accoutrement et une bande son plus que discutables, Bowie dérobe un bébé pour s'assurer une vie éternelle. "The Man Who Fell To Earth", "Merry Christmas Mr. Lawrence", "The Hunger" ressassent cette thématique de l'immortalité, du surhomme.

Pour revenir au décès de Bowie, ce qui impressionne immédiatement, c'est la mise en scène de sa propre mort. Bowie a toujours donné l'impression qu'il maîtrisait la destinée de son oeuvre. Son décès en fait également partie. C'est le dernier chapitre d'une oeuvre globale, magistrale, dont il est à la fois l'auteur et l'acteur principal. Comme le résume le producteur Tony Visconti:

"La vie de Bowie est une oeuvre d'art."


Il ne faut pas être Madame Irma pour comprendre que le clip de Lazarus doit se lire comme un message d'adieu. Pourtant, certains détails entourant Blackstar et Lazarus méritent vraiment qu'on s'y attarde, car ils dévoilent une énigme que l'artiste a subtilement dissimulée.





Le premier élément frappant, c'est le costume que porte Bowie dans le clip de Lazarus. Pas dans son lit, mais bien ce costume rayé noir et blanc dans lequel il apparaît à partir de 2'00. Cette tenue vestimentaire est exactement la même que celle que Bowie portait sur la photo qui illustre le verso de l'album "Station To Station", sorti en 1976. Et accessoirement selon moi son meilleur album, loin devant tous les autres.

Les images de "Station To Station" sont issues de sessions avec l'immense photographe américain Steve Schapiro, qui réalisa notamment la pochette de l'album, mais également celle de "Low" l'année suivante.




Evidemment, chez Bowie, le hasard et la coïncidence n'ont aucune place. Tout est savamment calculé.

Revenons donc à cette photo de 1976. On y voit un Bowie agenouillé, occupé à tracer des diagrammes sur le sol. Plusieurs rééditions de l'album présentent la même photo avec un cadrage plus large, voire d'autres images de cette session.



Comme l'explique ce site, les diagrammes dessinés par Bowie sur cette image représentent l'Arbre de la Vie ou Arbre des Sephiroth. Il s'agit de symboles kabbalistiques que l'on retrouve également dans les paroles de la chanson Station To Station:

Here are we 
One magical movement 
from Kether to Malkuth

Je ne connais pas grand chose en Kabbale, mais Kether (la couronne) et Malkuth (le Royaume) semblent être la première et dernière vertus de l'Arbre de Vie, comme l'explique ce site.

Sur d'autres photos de cette session de 1976, on découvre un Bowie toujours occupé à tracer ses diagrammes, mais dans un carnet cette fois. Son regard se perd à l'infini, songeur. Le plan plus large découvre un point d'interrogation sur le mur. On peut donc en déduire que Bowie s'interroge sur le sens de la vie. Ses gribouillages sont une quête, un point de départ.



Retour en 2016. Nous retrouvons donc Bowie qui danse autour de son lit de mort, dans son costume de 1976, et s'assied ensuite à son bureau où il réfléchit, prend note dans un carnet, presque en transe, quitte à déborder du support. Il semble avoir enfin trouvé le sens qu'il cherchait. Le rapprochement entre les deux images, à 40 années d'intervalle, est frappant. Il boucle ici le dernier chapitre, termine ses notes, s'en va à reculons. Le rideau peut tomber, Bowie a résolu son énigme.

C'est difficile d'être catégorique, mais un zoom sur les notes du carnet semble en tout cas montrer qu'il ne s'agit pas d'un texte continu, mais bien d'une suite de traits géométriques. S'agit-il de nouveaux symboles kabbalistiques? Lui seul le sait.




Une autre image pourrait toutefois apporter un élément de réponse. Bowie a donc semé dans le clip de Lazarus des graines qui nous ramènent à une image de 1976 et d'étranges diagrammes. Ce n'est pas la seule. Il est en effet très difficile de ne pas rapprocher ces diagrammes à d'autres symboles entourant la sortie de Blackstar.

Lorsque j'ai commandé mon vinyle, j'ai opté pour le super "bundle" contenant également trois lithographies. Bien que j'attende toujours mon disque, les trois lithos m'ont été livrées la veille de Noël. L'un d'elles est également ornée d'une série de symboles qui ressemblent à s'y méprendre à ceux des photos de 1976.




Après vérification auprès d'un ami (coucou Bruno!), il s'agit en réalité de formules chimiques. Les dessins représentent les différentes étapes du processus de fusion nucléaire qui mène à la création d'un soleil, comme l'explique très bien ce site qui reprend également la même formule. Je suis aussi nul en chimie qu'en kabbale, mais nous nous trouvons bien ici face à un processus qui fusionne des atomes d'hydrogène et d'hélium, libérant une énergie colossale qui mène à la formation d'une étoile.

I'm a blackstar...

Voilà qui nous permet de revenir au clip de Blackstar, la première étape annonçant la sortie de ce disque de Bowie, dont plus personne ne doute qu'il s'agit d'un testament rédigé en toute connaissance de cause.




Dans la vidéo de Blackstar, les symboles sont également nombreux. Personne n'oserait remettre en cause l'identité du cadavre d'astronaute qui apparait sur le premier plan. Si ce n'est pas le Major Tom de Space Oddity, perdu dans l'espace et qu'on aurait enfin retrouvé, alors il faudra vraiment que je révise mes classiques ! Major Tom fait donc dans ce film l'objet d'un rite mortuaire, qui constitue la trame de toute la vidéo.

Comment dès lors interpréter toute cette imbrication de symboles? Voici ma version, qui vaut ce qu'elle vaut:

Dans le clip de Lazarus, Bowie résout l'énigme de la vie sur laquelle il s'interrogeait depuis 1976. Son existence, indissociable de son oeuvre, l'a amené à transiter par de nombreux personnages qu'il a créés. Sa vie est une oeuvre d'art à elle seule. Bowie en a maintenant terminé, il peut refermer ce livre. Cet ultime chapitre ne se termine toutefois pas avec le décès de l'artiste, ce serait trop simple. Bowie n'est pas du genre à s'éteindre du jour au lendemain. Il nous renvoie donc à ces symboles chimiques, accompagnant Blackstar. Le propre de la fusion nucléaire, c'est l'interpénétration de deux éléments qui libère une énergie suffisante pour créer un soleil.

Dans le clip de Blackstar, ces deux éléments qui fusionnent nous sont livrés sur un plateau d'argent : il s'agit d'une part de Major Tom, qui incarne à lui seul les dédoublements de personnalités de Bowie (Major Tom, Ziggy Stardust, Aladdin Sane, Halloween Jack, Thin White Duke, Nathan Adler) et Bowie lui-même. L'acteur et son créateur. L'homme et son personnage fusionnent enfin. Ensemble, ils libèrent une énergie capable de créer un soleil, source de lumière éternelle. I'm a blackstar. Bowie est apaisé, il a enfin réalisé son voeu: celui de l'immortalité de son oeuvre. Et comme son oeuvre, c'est sa vie, Bowie est désormais éternel.

La fusion de l'acteur et du créateur vient ainsi boucler la boucle. From Kether to Malkuth, Bowie a désormais atteint le Royaume, dont voici la description kabbalistique:

"La dixième séphire est intelligence resplendissante. Elle est le réceptacle de toutes les influences. Malkuth incarne le stade ultime de la forme, dense et palpable, incapable d'exister plus concrètement. Elle est notre univers, notre planète, notre corps et toutes choses animées et inanimées qui nous entourent. Malkuth est le Royaume des formes imaginées enfin réalisées. Malkuth est aussi le lieu où les liens entre force et forme se dégradent et se rompent, le seuil où l'on "rend l'âme", où ce qui ne peut être assimilé devient déjection. Le défi de l'homme est sans doute de pouvoir maîtriser un jour la myriade d'énergies et d'influences qui s'agitent dans son royaume." (source)

J'ai toujours su que Bowie était un Dieu. Maintenant, j'en ai la preuve.
Je peux enfin commencer mon deuil.




Note : toutes les photos de l'époque Station To Station dans cet article sont l'oeuvre du photographe américain Steve Schapiro    

mardi 8 janvier 2013

Bowie sortira un nouvel album en mars : "The Next Day"


David Bowie est de retour. Il sortira un nouvel album en mars, intitulé "The Next Day". Ce trentième album sera une nouvelle fois produit par Tony Visconti, son vieux compagnon de route. Un premier single est d'ores et déjà en écoute sur le site officiel de David Bowie : "Where are we now?" Celui-ci fait ouvertement référence à la période berlinoise de Bowie, qui l'avait amené à enregistrer trois albums légendaires à la fin des années 70 : Low, Heroes et Lodger.



Cette annonce ne tombe pas par hasard : c'est aujourd'hui le 66e anniversaire de David Bowie. La sortie de ce nouvel album coïncide d'ailleurs avec l'ouverture de la grande rétrospective "David Bowie is" que le Victoria and Albert Museum de Londres consacrera à l'artiste du 25 mars au 28 juillet prochain.

Alors ? 2013, l'année Bowie ? Pourquoi pas...

On se souviendra en tout cas que l'auteur de Ziggy Stardust entretenait le plus grand mystère autour de sa personne depuis déjà de longues années. Son dernier album studio ("Reality") datait de 2003. Depuis lors, hormis quelques contributions en guest star avec TV On The Radio, Scarlett Johansson ou Kashmir, il était resté particulièrement discret. Il n'était plus remonté sur scène depuis une intervention chirurgicale au coeur qui l'avait contraint à annuler la fin de sa tournée en 2004, mis à part une furtive apparition aux côtés de David Gilmour et Alicia Keys en 2006. Sa dernière véritable apparition en public remontait à 2009, lors de l'avant-première de "Moon", le premier film réalisé par son fils Duncan Jones.

Et depuis... silence radio. Les rumeurs laissaient présager d'un état de santé préoccupant. Son biographe avait confié il y a quelques mois encore à la presse que Bowie profitait désormais d'une retraite paisible à New York et prenait le temps de s'occuper de sa plus jeune fille. On le disait désormais absorbé par son autre passion : la peinture. Bowie avait d'ailleurs poliment refusé l'invitation de Danny Boyle à prendre part aux cérémonies d'ouverture des JO de Londres. Et il s'était même fendu d'un démenti plutôt ferme, lorsque la presse britannique avait cru bon d'annoncer sa présence à la fameuse exposition "David Bowie is" qui lui sera dédiée cette année à Londres. Les fans semblaient résignés : Bowie avait-il définitivement tourné la page ? Apparemment, nous avions tout faux. Bowie démontre une nouvelle fois sa maîtrise ultime des canaux de communication : qu'un artiste de son calibre parvienne à maintenir le secret le plus total sur l'enregistrement d'un nouvel album tant attendu impose tout simplement un respect infini. Bowie est définitivement toujours maître de son image. Un artiste qui maîtrise tous les codes d'un environnement en mouvement perpétuel.

Et musicalement, qu'en penser ? "Where are we now?" rappelle les compositions de l'album "Hours" sorti en 1999, qui voyait Bowie revenir à un songwriting plus classique et épuré. La chanson et le clip évoquent d'ailleurs le temps qui passe, un thème omniprésent sur "Hours" jusque sur cette étrange pochette qui mettait en scène un Bowie chevelu et grisonnant, tenant dans les bras son propre double, dans sa version hirsute des deux albums précédents : "Outside" et "Earthling". Certains y avaient vu le symbole du passage de témoin, entre le Bowie fougueux des années 90 et son successeur désormais devenu plus mature.



Personnellement, je prends le pari d'un nouvel album posé, apaisé et centré sur l'écriture, sans grands artifices technologiques. Un album qui constituera à n'en point douter l'ultime chapitre de la carrière de Bowie. Une sorte de testament en guise de point final à plus de 45 années d'une carrière brillamment chahutée. Bref, l'album que j'attendais en vain depuis au moins 15 ans...

Et soudain, je me remets à rêver d'une tournée. Mais on n'y est pas encore.

"The Next Day" sortira le 8 mars en Australie, le 10 mars partout dans le monde, sauf aux Etats-Unis qui devront patienter jusqu'au 11 mars. 

Les liens pour précommander l'album sur www.davidbowie.com.

Le tracklisting complet de "The Next Day".
 

samedi 18 décembre 2010

Bowinage - épisode 4 sur 5 : Always Crashing in The Same Car (1977)

Bowinage : une reconstitution historique inédite d'un pan totalement oublié de la biographie de David Bowie. Un travail documentaire rigoureux pour rétablir la vérité sur l'influence des terrils du Borinage sur l'oeuvre du Thin White Duke.

Eté 1976: l’Europe est assommée par une vague de chaleur sans précédent. C’est également l’été qui voit mes parents s’unir pour la vie. Cérémonie modeste, certes, mais ma maman tenait absolument à y inviter David Bowie, « ce petit charmeur aux grandes dents » qui l’avait tant intriguée. C’est l’époque où la rock star commence à s’aventurer à Berlin, bras dessus, bras dessous avec Iggy Pop et Lou Reed. Contre toute attente, c’est avec une autre étoile montante de la musique populaire qu’il se rend aux épousailles. Bien connu des kermesses et autres fêtes au boudin de la région, c’est Claude Barzotti qui l’accompagne. Bowie avait besoin d’un lift et c’est Eddie Barclay qui lui avait présenté ce jeune fils d’immigré italien « dont le talent n’a d’égal que l’éclat de ses boucles couleur corbeau ».

Musicalement, les deux chanteurs n’ont que très peu d’atomes crochus. Ils trouvent toutefois un terrain d’entente dans le Cabernet Sauvignon bulgare qui arrose le repas et les Mon Chéri tombés à point au moment du pousse-café. Pour une fois, la chanson Always Crashing In The Same Car, sortie en 1977 sur l’album Low, ne fait pas directement référence à l’un ou l’autre membre de ma famille. Pas directement, mais un peu quand même, puisque ce titre relate comment, après avoir redéposé Bowie à la gare de Jemappes après la soirée, Barzotti, complètement bourré, alla encastrer son Opel Manta flambant neuve dans l’un des feux des Quatre Pavés de Quaregnon. C’est de cet accident que Claude conserva les graves séquelles cérébrales qui le mèneront en 1981 à commettre l’album Madame.






La première pochette du 45 tours "Le Rital",
retirée du commerce après 2 semaines suite 
au procès qui opposa Barzotti à EMI.

A regarder : Always Crashing in The Same Car (live)

vendredi 3 décembre 2010

Bowinage - épisode 3 sur 5 : Station To Station (1976)

Bowinage : une reconstitution historique inédite d'un pan totalement oublié de la biographie de David Bowie. Un travail documentaire rigoureux pour rétablir la vérité sur l'influence des terrils du Borinage sur l'oeuvre du Thin White Duke.

En 1975, ma mère n’a toujours pas la moindre idée de qui était ce bellâtre qui l’avait abordée sur la berge quelques années plus tôt. Pire, elle s’en souvient à peine. Dans le Borinage, le choc pétrolier se fait ressentir plus qu’ailleurs. Et dans sa petite bicoque de fille de mineur, cette splendide demoiselle de 20 printemps n’a toujours pas les moyens de s’offrir le tourne-disque qui lui ouvrirait les portes de la musique pop anglaise. Pour occuper ses soirées, elle traîne donc dans les cabarets fréquentés par des mineurs ivres morts qui dépensent leur paie pour oublier la couleur du trou. 

Bowie en gare de Flénu
De l’autre côté de la Manche, Bowie poursuit son bonhomme de chemin. Les années de galère sont maintenant derrière lui et il peut commencer à tapisser ses murs de disques d’or, même si le succès commercial n’est pas toujours à la hauteur des critiques élogieuses qu’il suscite. En tournée continentale pour défendre l’album Young Americans, il décide de faire un crochet rapide par le Borinage et croit dur comme fer qu’il pourra cette fois revoir sa bien-aimée. Cette nouvelle tentative s’avère fructueuse puisque, sur le quai de la gare de Flénu, il tombe nez à nez avec la petite rouquine, visiblement seule. Après quelques minutes d’une conversation bancale, la mémoire de ma future maman se rafraîchit et les deux tourtereaux commencent à se raconter leurs vies respectives. Bowie peut difficilement cacher sa frustration : comment est-il possible que cette jeune et belle femme n’ait jamais entendu parler de lui ? La discussion se rompt subitement lorsqu’entre en gare le train omnibus en provenance de Bruxelles. Du deuxième wagon descend un jeune homme en uniforme, mince, pâle au regard droit et portant une petite mallette. Bowie voit son interlocutrice se jeter littéralement dans les bras de ce militaire en permission, qui deviendra plus tard mon père. 

Vexé, l’artiste tourne les talons mais ma mère l’attrape par l’épaule et lui propose de se joindre à eux pour la soirée. L’un de ses cabarets préférés a été récemment ravagé par un terrible incendie et mon futur papa participe ce soir-là à un concours de fléchettes, dont les bénéfices serviront à reconstruire le bistrot. Flatté, Bowie passera ainsi la soirée incognito dans la fumée et les effluves de bière d’un cabaret borain, au milieu des joueurs de manille et des crosseurs en plaine. Mais la joie et la bonne humeur de l’instant ne sont rien en comparaison de la douleur qui le mange de l’intérieur. Le lendemain aux aurores, il prend le train pour Paris et rejoint ses musiciens pour la suite de la tournée. Pendant son voyage, il écrit les premières lignes de l’album Station To Station: « The return of the Thin White Duke / Throwing darts in lovers’ eyes ».

A regarder : Station To Station (live)



("It's not the side-effect of the cocaine"? Bof...)

mercredi 3 novembre 2010

Bowinage / épisode 2 sur 5 : Rock'n'Roll Suicide (1972)

Bowinage : une reconstitution historique inédite d'un pan totalement oublié de la biographie de David Bowie. Un travail documentaire rigoureux pour rétablir la vérité sur l'influence des terrils du Borinage sur l'oeuvre du Thin White Duke.

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Résumé de l'épisode précédent : Bowie, en plein questionnement, erre dans le Borinage en quête de l'inspiration et y rencontre une jeune adolescente rousse qui deviendra plus tard ma maman. 

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1971 : Peu à l’aise dans son rôle d’amant éconduit, Bowie se console en se jetant dans les bras d’Angela Barnett, une actrice de seconde zone, dont la ressemblance avec ma mère est frappante. De cette union avec Angie, naîtra un an plus tard Duncan Jones qui deviendra par la suite le réalisateur que l’on sait.

Néanmoins, Bowie peine à se remettre de ce revers sentimental et reste obnubilé par le portrait de cette adolescente qui était parvenue à l’émouvoir par sa fraîcheur. Dépression, alcool, drogue. Bowie craque et part sans laisser de trace. En réalité, il prend le ferry sur un coup de tête, traverse la Manche et sillonne trois jours et trois nuits durant les rues du Borinage à bord de son bolide… à la recherche de celle qui lui a brisé le cœur. Un soir, au coin d’une rue, il croit apercevoir la belle, perd le contrôle de sa voiture et frôle l’accident sur ce qui n’était qu’une énième hallucination.

Désespéré, aux abois, un genou à terre, Bowie rentre à Londres et couche sa douleur sur Rock’n’Roll Suicide, qui reste à ce jour la meilleure chanson rock que quiconque ait jamais écrite sur ma maman : Chev brakes are snarling / As you stumble accross the road / But the day breaks instead / So you hurry home. C’est à cette époque que l’auteur meurtri, au bord du gouffre, trouve alors un subterfuge pour échapper au mal qui le ronge. Il se réfugie derrière les traits de Ziggy Stardust et sa chevelure couleur de feu. Comme par hasard.

A regarder : Rock'n'Roll Suicide (live) 

samedi 9 octobre 2010

Bowinage / épisode 1 sur 5 : Cygnett Committee (1969)

Bowinage : une reconstitution historique inédite d'un pan totalement oublié de la biographie de David Bowie. Un travail documentaire rigoureux pour rétablir la vérité sur l'influence des terrils du Borinage sur l'oeuvre du Thin White Duke.

Juin 1968 : un certain David Bowie cherche son second souffle. Son premier album sorti sous le nom de David Jones & The King Bees n'a pas rencontré le succès escompté. Quant aux singles sortis sur le label Deram (Rubber Band, The London Boys), ils peinent à trouver un écho auprès des pontes de la FM. C'est la première grosse déprime de celui qui est en train de composer l'album Space Oddity.

En plein questionnement existentiel, Bowie rencontre dans un pub de la banlieue sud de Londres l'écrivain Constant Malva, qui l'invite alors à venir passer quelques jours de villégiature chez lui, en Belgique, plus précisément à Flénu, une petite bourgade de la région de Mons. Malva était persuadé que la noirceur des terrils du Borinage offrirait à la future pop star la source d'inspiration qui avait manqué jusque là à des chansons trop naïves et enjouées.

Ce pan totalement oublié de la biographie officielle de Bowie l'a donc amené un samedi de l'été 68 à errer sur les berges de la Trouille, la rivière qui irrigue la région des charbonnages. Il y rencontre, assise sur un banc en train de réviser ses déclinaisons latines, une adolescente aux longues boucles rousses, qui n'est autre que ma mère alors âgée de 13 ans seulement. Dans un français plus qu'approximatif, il engage la conversation avec cette jeune fille dont il tombe immédiatement sous le charme mais qui repousse ses avances, encore toute farouche derrière ses épaisses lunettes de lycéenne. A l'époque, ma mère n'avait que faire des pseudo rock stars. Entre ses révisions, elle passait son temps à apprendre par cœur les écrits de Karl Marx et Rosa Luxemburg et ne jurait que par le "grand soir", celui qui quelques semaines plus tôt avait soulevé les Universités de France. Du matin au soir, elle chantait les louanges des prophètes armés et rêvait du jour où elle battrait le record du monde du lancé de pavé.

En cette belle après-midi estivale, elle tente donc d'initier le jeune Bowie aux joies de la révolution permanente. Voilà comment quelques semaines plus tard, de retour à Londres, Bowie composait son hymne Cygnet Committee, véritable appel au soulèvement des masses, qui s'étire sur plus de 9 minutes sur l'album Space Oddity. Morceau d'anthologie, Cygnet Committee dévoile un Bowie sous son meilleur jour. Si le titre s'ouvre sur un phrasé tout en retenue, il évolue vers un final dramatique aux accents gospell, qui traduit à la fois la détresse et la détermination de Bowie qui clame : I will fight for the Right to be Right / I will kill for the Good of the Fight for the Right to be Right.

On sent bien évidemment l'influence de ma mère dans ces quelques lignes : la révolution permanente. L'allusion à la révolution est moins évidente sur la pochette de l'album Space Oddity. Par contre, il est impossible de passer à côté de la permanente.


A écouter : Cygnett Committee

jeudi 26 novembre 2009

Vide et haut : quelqu’un a dit à David Bowie


Les progrès technologiques, ça a du bon. Paraît-il. Ainsi, en 2009, si on se pose la question Tiens, mais que devient donc ce bon vieux David Bowie ?, il suffit d’aller faire un tour sur le site de Google News et de taper les 10 lettres de ses nom et prénom dans la fenêtre. Comme par magie apparaissent alors les articles les plus récents sur le Thin White Duke.

C’est ce que j’ai fait hier. Bonne nouvelle : le papa de Ziggy a l’air de bien se porter. Tellement bien que les dernières photos de paparazzi le montrent élégant, déambulant les rues de New York au bras de madame, tout droit sorti d’une affiche pour H&M. Mais tout ça ne nous dit pas si David Bowie est bel et bien en train d’enregistrer un nouvel album à Berlin, comme le prétendaient les rumeurs.

On affine donc la recherche, en ajoutant le mot album. Et là, horreur ! Je tombe sur un article sur elle, celle dont je ne prononcerai pas le nom. Et cette phrase cruelle, douloureuse comme un pieu en plein cœur :

Selon le magazine Le Point, David Bowie lui aurait également passé commande d'un texte pour une nouvelle chanson.

Si tu veux savoir de qui il s’agit, clique ici. Mais crois-moi : tu ne veux pas savoir. Je décline toute responsabilité si tu fais un choc anaphylactique.

Finalement, les progrès technologiques, ça n’a pas que du bon. Alors je préfère me replonger dans cette vidéo, datant de 1979 et tirée d’un DVD japonais. On y voit un Bowie fantomatique, spectral, à peine humain, livrer une prestation magistrale de ce qui selon moi reste l’un de ses plus grands chefs-d’œuvre : Station To Station. On ne sous-estimera pas non plus la guitare d’Adrian Belew, dont émanent des sons d’une autre galaxie.





Et pour l’autre, elle, on se contentera de la parodie, tellement mieux que l’original.



Le lien, quand même

www.davidbowie.com

lundi 14 juillet 2008

Life Beyond Mars

Voilà un beau cadeau pour l'été. Après les albums de reprises de Prince (Controversy) et de Radiohead (Exit Music), le label Rapster Records s'attaque cette fois à l'oeuvre monumentale du dieu Bowie.

Tout comme pour la pochette, ce disque fait preuve d'un bon goût particulier dans la sélection des artistes et des titres couverts. Au générique forcément très éclectique, on retrouve ainsi Au Revoir Simone, Susumu Yokota ou encore Carl Craig. On fait difficilement plus varié.

En ce qui concerne la playlist, peu de "tubes" au sens pur et dur, hormis Ashes to Ashes et une version dépouillée à la contrebasse de Life On Mars? Pour le reste, ça puise pas mal dans la trilogie berlinoise (même les instrumentaux), la BO de Labyrinth et même les albums plus récents (Looking For Water).

Tout l'intérêt de ce genre de disque, c'est évidemment d'offrir une lecture différente du répertoire de Bowie, sans véritable formatage dans un style ou dans l'autre. Du coup, ça flingue dans tous les sens et chaque morceau est une agréable surprise, passant de l'électro-folk, à l'ambient, du free-jazz à la pop doucerette.

En tant que fan absolu du Thin White Duke, je ne peux que me prosterner. Mais il ne faut pas nécessairement être conquis d'avance pour y trouver son compte : tous les amoureux d'aventures musicales culottées devraient déguster ce disque avec un réel plaisir.

La bonne nouvelle de l'été.

A regarder : Oh! You Pretty Thing par Au Revoir Simone



Les liens intéressants :
Le site officel : http://www.lifebeyondmars.com/ (avec un morceau bonus à télécharger gratuitement)
Rapster Records : http://www.rapsterrecords.com/
Le site de David Bowie : http://www.davidbowie.com/