Initialement consacré aux chroniques musicales, ce blog a muté pour devenir mon carnet de route de musicien au sein de OMSQ.
mardi 9 février 2010
Shrinebuilder : s/t
mardi 18 août 2009
Pourquoi je n'ai jamais voulu vieillir
Parce que des gars comme les Melvins ont gardé la tête suffisamment froide pour continuer à jouer pour des gamins, comme des gamins. A leur âge, j’aurais adoré être là (et j’aurais filé un coup de latte au mouton au passage).
A regarder : The Melvins visit Pancake Mountain
jeudi 18 décembre 2008
Crisis Hits 2008

C’est la cérémonie traditionnelle au moment où on monte le sapin. Cette année, plutôt que de donner dans le sempiternel top 10 des albums, j’ai préféré compiler les titres qui me semblaient les plus emblématiques pour figurer sur la BO d’un monde qui part en looping.
Ecoute, apprécie et n’oublie pas d’acheter tout ce qui te plaît. Puis fais-en ta compile. Tu peux imprimer la jacket en cliquant sur l'image ci-dessous, et l'arrière en cliquant sur l'image tout en bas de ce post.
1. Portishead - Silence (extrait de l’album Third)
Rarement un titre se sera dégagé avec une telle aisance du peloton annuel, rarement il aura maintenu avec une telle puissance une avance confortable et indiscutable. Third n’est pas que l’album de l’année. C’est aussi le disque qui indique avec autorité que le XXIe siècle vient de commencer. Le titre Silence est au rock ce que le 11 septembre aura été à la géopolitique : une claque monumentale.
La vidéo
2. Alain Bashung - Résidents de la République (extrait de l’album Bleu Pétrole)
Pour des raisons ultra-personnelles, la phrase « Chérie des atomes fais ce que tu veux » hérisse chaque poil de mon corps, ce qui n’est pas peu dire. L’effet est immédiat à chaque écoute : une torture lente et hautement addictive.
La vidéo
3. Dead Meadow - Between Me And The Ground (extrait de l’album Old Growth)
Sombre et poussiéreuse, la musique de Dead Meadow nous ramène à l’essentiel du rock : un ampli qui sature, une voix qui traîne les pattes et même un solo de guitare pour terminer. Dieu que ça fait du bien.
La vidéo
4. Dub Trio - Not For Nothing (extrait de l’album Another Sound Is Dying)
Le coup de boule de l’année. Une puissance phénoménale alliée aux ambiances enfumées du dub. Le mariage du loup et de l’agneau, mais un agneau avec des dreadlocks.
La vidéo
5. Diebold - USaid (extrait de l’album Listen To My Heartbeast)
Un duo basse-batterie en ébullition, formé par deux membres d’A Silver Mt Zion qui crachent leur rage à coups de décibels bestiaux. USaid est le seul morceau « chanté » de l’album.
Ecouter USaid
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Pas de vidéo dispo
6. Red Snapper - Wanga Doll (extrait de l’album Pale Blue Dot)
Le retour en fanfare inespéré des anciens maîtres du trip hop jazz ou Dieu sait comment il fallait les qualifier. Un comeback qui se traduit une nouvelle fois par un virage inattendu : cette fois, on explore les voies du rock psyché british avec un Wanga Doll totalement hallucinant.
La vidéo
7. Grails - Doomsdayer’s Holiday (extrait de l’album Doomsdayer’s Holiday)
Même quand Grails s’attaque aux codes du doom, il conçoit sa musique comme un voyage tripant, ce qui donne un des morceaux les plus hypnotiques de l’année. Des extraterrestres, ces gars-là…
La vidéo de promo
8.
Le grand Nick donne parfois l’impression de toiser le monde, haut perché derrière sa nouvelle moustache resplendissante. Pourtant, quand il se donne corps et âme dans un hymne pop rock, l’Australien sait faire preuve d’une sensibilité touchante qui va droit au but.
La vidéo
9. Tindersticks – The Hungry Saw (extrait de l’album The Hungry Saw)
Malgré les airs de chansonnette un peu niaise qui émanent de ses premiers accords de guitare, The Hungry Saw te prend à la gorge dès que Stuart Staples récite son texte aiguisé, la voix pleine de trémolo. Elle est fâchée, la scie…
La vidéo
10. Tu Fawning – Out Like Bats (extrait de l’EP Secession)
La rencontre de Corrina Repp et de Joe Haege de 31knots donne cette ballade d’un matin brumeux, qui semble avoir été composée pour n’être jouée que sur un vieux gramophone rouillé.
La vidéo d'I'm Gone (le titre Out Like Bats est à écouter sur la page MySpace)
11.
En fermant les yeux, j’avais l’impression de réentendre Quickspace en écoutant ce premier album des Bruxellois de Guernica : mêmes guitares entêtantes, même chant étouffé et monotone, même sabotage organisé des mélodies.
Pas de vidéo dispo mais la chanson est téléchargeable ici.
12. The Melvins – Suicide In Progress (extrait de l’album Nude With Boots)
Les Melvins au sommet de leur art: le morceau commence par une interminable intro instrumentale (guitare ravageuse, claps claps, rythmique infernale) avant de virer totalement de bord et de passer à un blues joué les tripes à l’air.
La vidéo (en live)
13. 16 Horsepower – Haw (live) (extrait de l’album Live March 2001)
Difficile de ne pas mentionner la sortie de ce live mythique, qui balaie en deux CD le répertoire époustouflant d’un des groupes majeurs des 15 dernières années. Des litres de sueur, des invocations mystiques, un riff de guitare qui me fend comme une bûche : Haw est un des meilleurs titres de 16HP, même si le choix est impossible. Ce sont les paroles qui se rapportaient le mieux à la situation : « Baby don’t look down. Keep your arms around me. »
La vidéo (au tout début de 16HP)
14. John Greenwood - Prospectors Arrive (extrait de la bande originale de There Will Be Blood)
Pour conclure de la plus belle manière qui soit: le guitariste de Radiohead a composé une BO somptueuse pour en film coup de poing. Le visage fermé de Daniel Day Lewis apparaît subrepticement derrière chaque note.
vendredi 19 septembre 2008
The Melvins : toute première fois, tou-toute première fois...
On garde toujours un souvenir impérissable d’une bonne première fois. La première fois que j’ai écouté les Melvins, c’était il y a plus de 10 ans. C’était même il y a presque 15 ans, mais je préfère ne pas y penser et continuer à me sentir insulté quand j’entends un journaliste parler de la jeune délinquance.
Mon premier Melvins, je m’en souviens comme si c’était hier. Je venais de m’offrir ma première chaîne hi-fi (une Protech, avec lecteur de cassette unique et lecteur de CD, achetée pour 2500 francs chez Makro en offre super étoile). Forts de cette nouvelle acquisition, mes mercredis après-midi se passaient entre copains, à la Médiathèque de Mons, où on louait tout ce qu’il fallait avoir entendu pour pouvoir prétendre être rock’n’roll.
A l’époque, il fallait écouter tout ce qui venait de Seattle. Voilà comment trois chevelus s’empiffraient d’albums de Mudhoney, Alice In Chains, Tad, Supersuckers, 7 Year Bitch, Gashuffer, Pearl Jam, Green River, Screaming Trees, etc. Chaque mercredi, chacun de nous empruntait un ou deux CD et en faisait des copies pour les deux autres, ce qui nous a obligés à réenregistrer sur les cassettes de Goldman de nos parents.
Voilà comment je suis rentré chez moi un mercredi avec dans mon sac l’album Houdini des Melvins. Je n’oublierai jamais le séisme qui ébranla ma chambre sur les premières notes de Hooch, la plage d’intro. Je n’avais jamais rien entendu de pareil : le riff de guitare était lourd comme l’Atomium sous l’orage du 21 juillet, le batteur devait au moins tenir une poutrelle d’acier dans chaque main pour malmener ses fûts de la sorte et la voix de Buzz Osbourne vibrait comme s’il avait un essaim d’abeilles tueuses à la place des amygdales.
30 secondes passent. Je fronce les sourcils, je serre les dents. Puis je me détends, tel le puceau qui vient de se vider pour la première fois dans sa camarade de classe que tout le monde surnommait Gérard Jugnot en raison d’une sur-pilosité faciale, je réalise ce qui m’arrive et je souris bêtement.
« Merde alors, je crois que je suis en train d’écouter du métal. Et en plus j’aime ça. »
Aujourd’hui, cette réflexion peut attirer les moqueries mais je te rappelle qu’à l’époque, mes oreilles étaient allergiques à tout ce qui avait tendance à gonfler le torse de manière un peu trop affirmée. Ainsi, les Sepultura, les Metallica, les Pantera et plein d’autres groupes dont le nom rime avec Judas (qui a dit Bananarama ?) n’avaient pas le droit d’entrer dans ma chambre.
J’ai rapidement réalisé mon erreur en m’intéressant à d’autres albums des Melvins (ou simplement en écoutant la suite de l’album Houdini) : ces messieurs ne sont pas assez sérieux pour être des métalleux. Il n’empêche que des chansons comme Hooch, Night Goat ou l’incroyable Honey Bucket (j’ai des frissons rien que d’en écrire le titre) ont fait sauter un verrou qui tenait depuis longtemps et gardait éloignés de mon fief des terroristes du décibel tels que Napalm Death ou Anthrax.
Pourquoi tant de nostalgie ? Tout simplement pour te faire comprendre mon excitation à l’idée d’aller voir les Melvins pour la première fois, vendredi dernier au Vooruit. Pour être tout à fait honnête, il s’agissait de mon deuxième concert des Melvins. Mais étant donné que je n’ai aucun souvenir du premier pour cause d’excès de sangria (cf. l’épisode de Rock Herk), on peut décemment considérer le spectacle du 12 septembre 2008 comme ma première rencontre avec ces quatre gros nounours.
Je peux dire sans trop me mouiller que j’en ai pris plein la tronche ce vendredi. Le concert était impeccable. Costaud mais sans esbroufe, qui frappe directement au menton, enchaîne sur l’estomac, balance l’adversaire dans les cordes et ne le lâche plus de la soirée. Combien de temps ça a duré ? 45 minutes ? Une heure ? Deux heures ? A vrai dire, je n’en sais rien (et je n’étais même pas bourré). C’était tellement prenant que j’en ai perdu complètement la notion du temps.
Sur scène, les Melvins assument leur statut de légendes vivantes avec un naturel incroyable. Au niveau du répertoire, ils puisent essentiellement dans les deux derniers albums Nude With Boots et A Senile Animal. Il aura d’ailleurs fallu que j’attende ce concert pour réaliser que la chanson A History Of Bad Men (tirée de Senile Animal) était une réinterprétation du bouillant Night Goat sorti en 93. Le tout est joué dans une formation de la délicatesse d’une colonne de panzers : Buzz Osbourne au chant et à la guitare, Jared Warren à la basse et au chant, l'ex-Nirvana Dale Crover à la première batterie, Coady Bills à l’autre batterie. Deux batteries, il fallait bien ça pour donner la réplique aux riffs acérés des deux autres révoltés.
Pour la petite histoire, les Melvins ont eu le goût de proposer en première partie deux de leurs side projects : le très hardcore Big Business et le plus noisy Porn. (Porn, Porn, Porn, voilà qui va ramener des clics…)
Depuis que je suis papa, je vais voir moins de concerts qu’auparavant. Ce qui est génial avec un concert comme celui des Melvins, c’est que je ne regrette absolument pas l’époque où j’allais trois fois par semaine au Bota. Avec un tel niveau de qualité, je me contenterais d’une seule sortie par an.
Demain : 31knots. Youhou…
PS : madame me fait remarquer que Buzz Osbourne ressemble à un croisement entre Pedro Almodovar et Tahiti Bob. Y a du vrai…
A regarder :
la vidéo de The Talking Horse
la vidéo de Honey Bucket (ça date...)
Les liens
Le site officiel : www.themelvins.net
Sur MySpace : http://www.myspace.com/themelvins
lundi 11 août 2008
Doré à souhait à Mallemort – épisode 2 de 3
Moi partir sans musique = fumeur partir sans clopes. Pas possible.
Les écouteurs maladroitement calés dans le creux d’un conduit auditif transpirant un élixir de crème solaire et de thym, je passe en revue ce qui gît depuis si longtemps sur un disque dur au bord de l’apoplexie.
Les valeurs sûres : Mudhoney et les Melvins
N’aurait-on pas voulu envoyer Mudhoney un peu trop vite à la maison de retraite ? Finalement, avoir loupé le train de la hype qui a entouré le grunge et Seattle dans les années 90, n’était-ce pas la meilleure chose qui pouvait arriver au groupe de Mark Arm ? Certes celui-ci ne vit pas de sa musique et a décroché un boulot à mi-temps dans les entrepôts de Sub Pop pour boucler ses fins de mois. Certes le guitariste Steve Turner est devenu jardinier. Mais que reste-t-il de Soundgarden ou Alice In Chains aujourd’hui ? Et qui va se charger de retirer les piles du lapin Dave Grohl ?
Loin de ces considérations mercantiles, Mudhoney continue à sortir ses « petits » albums de rock garage, selon cette bonne vieille recette du couplet-refrain-couplet-refrain-pont-refrain. Les guitares fuzz conservent leurs lettres de noblesse, même si les décharges punk de Piece of Cake et My Brother The Cow font désormais partie de l’histoire. Pour être tout à fait honnête, j’ai eu un peu de mal à passer le cap des trois premiers morceaux de ce nouvel album, un peu trop prévisibles à mon goût. Avec les années, le blues rock s’est invité à la table de Mudhoney, ce qui n’était pas forcément pour me plaire. Mais à force d’insister, j’ai retrouvé un peu de cette colère d’antan subtilement distillée dans des titres tels que The Open Mind, Next Time, The Lucky Ones, Tales of Terror.
Dans la même catégorie des vétérans de Seattle, les Melvins n’ont jamais non plus vendu leur âme au diable. Trop tordue pour être punk, pas assez sérieuse pour être classée dans le métal, mais trop lourde pour n’être que du rock, leur musique continue à me fasciner. Ce phrasé, ces riffs, ce jeu de batterie, souvent imités, jamais approchés. Mention spéciale pour l’instrumental Suicide In Progress. Je ne connais que les Melvins pour placer des claps claps dans la rythmique d’un morceau aussi racé.
Les écorchés vifs : Buried at Sea
L’EP Ghost est sorti il y a un an. L’accouchement fut tellement douloureux que le groupe n’y a pas survécu et s’est séparé avant sa parution officielle. Ne cherchez pas : Buried at Sea n’est plus. Pour comprendre les raisons de ce split prématuré, il suffit de se plonger dans cet unique morceau de 29’58’’. Epreuve douloureuse comme une opération des dents de sagesse sans anesthésie, j’en ressors systématiquement avec un mal de mâchoire. On ne peut pas s’empêcher de serrer les molaires à l’écoute de ces longues digressions, jouées à la masse, au burin, au bélier, au canon anti-char. Quand ne surgissent pas soudain des hurlements étouffés, c’est la basse qui joue la même note pendant 5 minutes. Curiosité musicale, Ghost ne semble se libérer qu’à 29’40’’, soit… 18 secondes avant la fin de cette pièce unique. Hypnotique, avilissant, nerveusement épuisant, mais totalement indispensable.
Les extraterrestres : Sigur Ros
Extrait d’une conversation imaginaire au café de la gare.
Elle : Tu connais Sigur Ros ?
Lui : Ouais, bien sûr. Les bonbons à l’ananas quand on était petit.
Elle : Tu confonds avec les Sugus, conard.
Il y a dix ans, j’appréciais un peu Sigur Ros. Juste un peu. Je les tolérais. Je pouvais écouter leurs albums sans attraper des boutons. Ça passait par une oreille, ça ressortait par l’autre. C’était comme regarder le bleu Klein. Ben ouais, c’est bleu. Et alors ? Mais c’est vrai que c’est un beau bleu.
Puis, j’ai vu Sigur Ros cet été à Arras. Et je suis resté sur le cul. Je m’attendais de nouveau aux chants des baleines islandaises. Et ben non. Maintenant, Sigur Ros fait de la musique (pop). Et chante (!) en mandarin, en lingala, en luxo, en martien, en ch’ti, en anversois ou en islandais. En tout cas, une langue que je ne comprends pas. Avec des guitares, des cuivres, des pianos, des refrains, des mélodies, des choristes et même des fanfares. Des chansons, quoi ! Comme ça vient du grand nord, de surcroît, ça ramène un vent frais pas désagréable du tout. Résultat immédiat : une folle envie de se foutre à poil et de courir dans l’herbe. Tiens, c’est marrant, c’est justement ce que suggère la pochette. Et puisque ça t’intéresse, mon morceau préféré, c’est Inní mér syngur vitleysingur. Pas facile à chanter, mais sifflé, ça passe tout seul.
Les intouchables : Tindersticks
Il suffit de parler d’une seule chanson pour résumer ce dernier album de Tindersticks. Le titre The Hungry Saw est tout simplement une des plus belles chansons entendues dernièrement. Troublante, diabolique, vénéneuse, sadique. Tellement sage a priori et pourtant terriblement vicieuse. Ne te fie pas à cette guitare virevoltante, ces gars-là sont des tueurs, des tortionnaires. Intouchables, les Tindersticks. Et un texte…. Mais un texte…
The first cut is the skin
The second is the muscle
And then a crack of bone
And he’s at your heart

