dimanche 20 juillet 2008

Rock Herk 2008 : il est où, mon festival ?

Les festivals rock, j'en ai plein les bottes. Mon premier, c'était en 96, à Torhout. Depuis, je ne compte plus les Pukkelpop, les Dour, les quelques Werchter, les Feest in het Park, les MarktRock, les Primavera, les Main Square Festival, les Ardentes et les que sais-je encore.

Ces dernières années, la trentaine approchant à grands pas, j'ai commencé à me lasser de ces festivals où on cuve ses bières dans une tente qui n'est plus tout à fait étanche, où on dort en tout 10 heures sur 4 jours, où on bouffe des kilos d'Aïki Noodles, où on carbure à la sangria empilée par jerricans de 5 litres dans le coffre de la voiture, où on prie le seigneur Immodium pour ne pas devoir utiliser les Katty Toilettes et après lesquels on crache des trucs tout noirs pendant une semaine.

La der des der
Depuis au moins trois ans, après chaque festival, je jure qu'on ne m'y reprendra plus. Et pourtant, chaque été, je me laisse tenter par une affiche plus rock que roll.

Cette année, c'est Rock Herk qui m'a tapé dans l'oeil. Une très belle affiche et un tarif plus démocratique que ça tu meurs : zéro euro. Un petit coup de fil à mon pote M. (qui conservera l'anonymat par respect pour sa mère qui le croit toujours aussi sage que le jour de sa communion) et nous voilà partis pour Herk de Stad, petit bled paumé à une heure de route de Bruxelles.

La consigne est claire : on plante la tente, on pieutera sur place. Pas besoin de faire gaffe à la bière de trop, on ne reprendra pas le volant ce soir. Attention toutefois à la sortie de route : M. et moi, quand nous sommes lâchés dans la nature, avons une fâcheuse tendance à foirer nos festivals, emportés par un enthousiasme bibitif insatiable. A notre palmarès, on épinglera :

- la première édition des Ardentes qui s'est résumée à un stand bacardi où l'on servait les mojitos à la cruche et qui s'est terminée par un dodo collectif à un arrêt de bus ;
- un Primavera qui s'est achevé pour M. au service des urgences, avec un pied dans le plâtre et l'assurance d'être déclaré persona non grata dans tous les hôpitaux de Barcelone ;
- quelques concerts dont je n'ai plus le moindre souvenir (Bonobo, les Melvins, Sonic Youth, Jaga Jazzist, etc.) ou si peu (Jamie Lidell).

EPO
Hier, donc, à Rock Herk, on comptait passer une étape de moyenne montagne tranquille. On débarque sur le site vers 16h, on repère les lieux et on fonce à la caisse pour un achat de 20 tickets boissons. 10 bières chacun, ça nous permettra de passer un festival peinard, bien calé au milieu du peloton qui nous amènera pépère jusqu'au concert d'Amen Ra programmé à 23h45 et qui sera le clou de la soirée avant le sprint final.

2+2=5
Seulement voilà, mon néerlandais était-il particulièrement innovant hier ? Je n'en sais rien. Mais quand j'ai commandé mes 20 tickets boissons, la jeune demoiselle qui tenait la caisse s'est emmêlé les pinceaux et m'en a donné... 40. Si ça, ce n'est pas un signe du destin !

40 tickets, ça fait 20 pintes chacun, ce qui bouscule sévèrement nos plans. Nous aurions pu les échanger, boire du coca, offrir des tournées au premier quidam. Ou alors nous pouvions nous mettre directement en danseuse, passer les premières bosses sur le grand plateau et... advienne que pourra. Dont acte. C'est parti pour une étape en free style.

Future Of The Left entame son set à 16h45. C'est fort, c'est puissant, passant des guitares au clavier, du clavier à la guitare. Sur le final, on retrouve le côté déglingué de l'époque McLusky, avec une mise en scène à deux balles où un rasta avec des dreadlocks jaunes et une combinaison de garagiste démonte le matériel avant la fin du morceau.

M. et moi faisons des allers-retours jusqu'au bar. C'est de la Stella mais ça passe encore.

L'avenir de la gauche
D'un oeil distant, on verra ainsi défiler Drumcorps, Ritual, Cutting Pink with Knives, Red Sparowes, Battles et sans doute d'autres. Du bar, on ne distingue rien de vraiment foudroyant. Le tas de tickets boissons s'amenuise lentement mais sûrement, le regard se fait plus vitreux, le pas plus hésitant, la diction moins claire.

L'alccol aidant, les rencontres s'enchaînent, les conversations sans queue ni tête se multiplient. Tiens, une collègue.
Tiens son copain.
Tiens, le rasta qui démontait la scène de Future Of The Left et qui s'avère être un vrai moulin à paroles ; ça tombe bien, j'ai l'alcool polyglote. "You're a star, man!"
Tiens un autre mec qui cause anglais. Salut moi, c'est AL. T'es qui toi ? J'ai rien compris, c'est pas grave. Tu bois une bière ?

McLusky
Il m'a fallu un bon quart d'heure pour percuter que je bavardais avec le batteur de Future Of The Left, soit le batteur de feu McLusky, groupe que je situe parmi les légendes, au même rang que les Pixies, 31knots ou les Melvins. Et on était là, tranquilou, en train de taper la discute comme si de rien n'était, en se mettant des claques dans le dos. J'aurais pu lui parler de mille trucs. Mais le tas de tickets diminuait à vue d'oeil et je suis resté calé en mode Repeat : "Alors fieu, McLusky, vous vous reformez quand?" "Ok, mais vous vous reformez quand ?" "Et au fait, vous avez pensé à vous reformer ?"

La fringale
Tiens, ça fait au moins 15 minutes qu'on n'est plus allé au bar. Je n'irais pas jusqu'à dire que j'ai soif, mais bon... Allez, hop, on remet une tournée à ces messieurs. Ah merde, on les a perdus. Bon, ben tant pis, on va se boire toutes ces bières à deux. Puis on va bouffer une pizza. Puis des raviolis chinois à la sauce aigre douce. Puis une pitta. Puis une bière. Une bière, c'est deux tartines. Faut éviter la fringale.

Red Sparowes était chiant. Battles aussi. Nous, on descendait les cols sans les mains, en zigzagant entre les obstacles, le bidon aux lèvres. Et ce qui devait arriver arriva : la chute en sortie de virage. Les raviolis aigres doux repassent à contre-sens. Je perds l'équilibre. "Désolé M, je vais me pieuter, je ne tiens plus debout. Allo ? M ? T'es où ? Finalement je me sens mieux, je reviens. Désolé M, mais je suis à plat. Je vais vraiment pieuter cette fois."

Une bonne heure pour retrouver la tente. Envie de dormir là, dans la boue. Aaaaah, voilà mon sac de couchage. Je termine mon festival dans la voiture balais, contrôlé positif. Je ne peux pas jurer avoir tenu jusque 22h. Abandon après la première difficulté.

Alcotest
Réveil à 7h du mat.

- Alors M ? C'était comment Amen Ra ?
- J'en sais rien. Black out total.
- Tu les as vus ou pas ?
- Je sais que j'étais juste devant la scène 5 minutes avant le début. Puis, plus rien.
- Et Roni Size ?
- Pareil.
- On a fini tous les tickets ?
- Non. Il m'en reste deux. Et toi ?
- Aucun. Mais bon, on n'a pas tout bu tous seuls. On a payé des bières au batteur de Future Of The Left et à ses potes.
- On leur a mis une tournée, mais comme on ne les retrouvait plus, on a tout bu.
- Ah ouais, c'est vrai. J'avais oublié.

Je sors de la tente et je marche sur quelque chose de dur. Cool: mes clés de bagnole ! ça m'aurait fait chier de devoir rentrer à pattes. Il y a un dieu pour les soiffards. On remballe tout. Je souffle dans l'alcotest avant de reprendre le volant. Négatif. Tant mieux. On s'arrête au premier restoroute pour prendre un petit déj. Du pain, du fromage, du jambon, du café. Puis des oeufs, puis du bacon. Puis du pain, puis du fromage, puis du café. Sous les yeux éberlués de la serveuse qui n'a jamais vu de tels estomacs sur pattes. Il y a avait du liquide à éponger. Trois petits déjeuners en terrasse auront retapé l'ogre qui sommeillait en nous.

- C'est fini, hein M ? On va arrêter les festivals, hein ? C'était celui de trop, n'est-ce pas ?
- C'est ce qu'on dit depuis trois ans. On en reparlera. Au fait, ça ne te botte pas le Pukkelpop ? Il y aura Amen Ra.








A regarder : Future Of The Left

4 commentaires:

Polly Magoo !!! a dit…

Tss...tss...tsss...Espèce de...espèce de mâle.
;)

Mono a dit…

Dans la liste, t'as oublié un Pukkelpop où l'on a survolé dans un flou total, entre autres, Blonde Redhead, Buscemi, The Dirty Three, Grandaddy , Herbaliser, Ian Pooley, Rinôçérôse , Saint Germain et on est même pas arrivé jusqu'au concert d' Underworld... Je me demande si c'est pas cette année là qu'on a assisté à tout un concert punk en étant persuadé que c'était No Use For A Name et qu'on s'est rendu compte de notre erreur au moment ou le groupe a commencé à balancer des T-Shirts dans la foule...

AL a dit…

effectivement, j'avais oublié celui-là. J'avais même une interview programmée avec Underworld (après moult bagarres pour obtenir une accréditation) et je ne me suis jamais pointé.

Ce n'était pas Millencollin, le groupe punk qu'on pensait voir, justement ?

Mono a dit…

Hum... Je crois que t'as raison... Mais après vérifications, Millencollin n'était même pas au programme cette année là (sic)... :)