samedi 13 septembre 2008

31knots – Worried Well

Hasard du calendrier ou pas vraiment, au moment où je m’immerge dans le nouvel album de 31knots, c’est le bouquin 31 Songs signé Nick Hornby qui accompagne mes voyages en train. Eh oui, encore eux. Eh oui, encore lui.

Au-delà du chiffre 31, des lois des nombres, du théorème de Pythagore, des équations à deux inconnues et de la géométrie euclidienne, le parallèle est intéressant puisqu’à des milliers de kilomètres de distance, les deux œuvres convergent vers une même conception de l’idéal musical.

D’un côté, le nouvel album de 31knots (pas encore le 31e, mais ça ne tardera plus) est sans aucun doute le plus abouti depuis It Was High Time To Escape. Il aura fallu digérer les infidélités de Talk Like Blood (je soutiens toujours qu’Hearsay est une chanson reggae jouée en accéléré) et les excentricités de The Days and Nights of Everything Everywhere pour se préparer mentalement à la sortie de Worried Well.

La dialectique de Portland, Oregon

Je n’ai pas retenu grand-chose de mes années passées sur les bancs d’école, mais s’il y a un point que je me rappelle, ce sont les trois étapes du raisonnement dialectique : la thèse (je pose), l’antithèse (j’oppose) et la synthèse (je compose). Socrate ? Platon ? MC Solaar ? Pffff...

31knots a donc posé Talk Like Blood (que je ne renie pas, j’adore Chain Reaction, vraiment), a opposé (le difficile Days and Nights…, même s’il contient quelques perles comme Sanctify ou Man Becomes Me) et compose maintenant ce formidable Worried Well. Comment le décrire ? Je pourrais remplir un annuaire téléphonique rien que sur le titre Compass Commands. En fait, ce n’est pas compliqué : tu prends chaque album de 31knots, tu en retiens la qualité principale et tu la multiplies par deux. Ça donne à peu près ça : Worried Well est plus chanté que Talk Like Blood, plus imprévisible que Days and Nights, plus puissant que It Was High Time to Escape, plus direct que A Word Is A Picture Of A Word, plus sauvage que Climax/Anti-Climax. Je fais l’impasse sur les EP.

J’avais déjà mordu à pleines dents Compass Commands et ses relances à la Chantal Goya qui aurait sniffé du décap’four. Il faudra désormais penser à reconstruire les Twin Towers à la gloire d’Upping The Mandate et The Breaks, rencontres improbables entre un gimmick disco, une rengaine R’n’B et un déraillement de train. L’intro d’Opaque/All White sera de son côté à classer au patrimoine immatériel de l’humanité. Mais s’il ne fallait en retenir qu’une, je prendrais… un peu de tout. Je m’en mettrais plein les veines avec un pistolet à air comprimé, je m’en ferais exploser les tympans. Quelle belle fin pour un tympan.

Forme olympique

Les gars et les garces, prenez-en bonne note : 31knots est au meilleur de sa forme. [suggestion de titre pour Thierry Coljon s’il daigne un jour s’intéresser à la musique : « 31knots est sur son 31 »] Prends donc ton bâton de pèlerin et va. Va répandre la bonne nouvelle dans les écoles, les églises, les bureaux de poste, les gares et les hôpitaux. Les crèches, les chenils, les congrès nationalistes et les bordels du Caucase. Les hypermarchés, les foires agricoles, les fritkots et les bars à tapas. Va et reviens. N’oublie surtout pas la tournée qui passera forcément près de chez toi.

Une histoire de dépucelage

Quel rapport avec Nick Hornby ? Dans l’intro de son livre 31 Songs [conseil à Thierry Coljon : « Nick Hornby on his 31 » ne veut strictement rien dure en anglais], l’auteur explique que les vrais amateurs de musique savent reconnaître une bonne chanson sans devoir nécessairement l’associer à un souvenir. Exemple : j’adore Perfect Day mais je ne peux honnêtement pas affirmer que c’est ma chanson préférée, tout simplement parce que le souvenir qu’elle évoque (l’ouverture du bal de mon mariage) est plus fort que la chanson elle-même. C’est sans conteste un de mes souvenirs musicaux préférés et une chanson dont les cinq premières notes de piano me plongent dans un profond émoi, mais ça s’arrête là. Sorry, Lou. On a ainsi souvent tendance à classer parmi ses morceaux favoris celui sur lequel on a fait l’amour pour la première fois. C’est une grave erreur, d’autant plus qu’il s’agit souvent d’une chanson particulièrement ringarde. [D’ailleurs, la décence m’interdit de citer quelle chanson passait par là le jour où j’ai perdu mon pucelage.]

Or, de leur côté, les grandes chansons s’imposent par elles-mêmes, sans qu’on se sente obligé de les raccrocher à un instant particulier de notre vie. Ainsi, si Rollin & Scratchin me ramène irrémédiablement à ma dernière année d’école et tous les excès qui l’ont émaillée, Rock’n’Roll Suicide ne me replonge dans aucun souvenir, quel qu’il soit. J’ai beau chercher, je n’en vois pas. J’aime cette chanson parce qu’elle me fait froid dans le dos. Le succès démoniaque de Daft Punk est donc à classer sur la BO de ma vie, le dernier titre de Ziggy Stardust ira sur la compile des chansons que j’adore.

Chaque disque de 31knots, et ce dernier album en particulier, échoit* dans cette seconde catégorie : il y a là-dedans ce petit je ne sais quoi qui fait se redresser chaque poil de mon corps, ce qui n’est pas peu dire. Ce n’est pas la voix de Joe Haege, ni la précision chirurgicale de la basse, ni les dommages collatéraux causés par la batterie, ni les samples toussoteux qui me font cet effet. C’est leur combinaison. Et ça, je ne peux pas l’expliquer.

J’imagine que c’est ce qui distingue la raison de la passion. Ou un truc du genre. J’ai dit que je n’avais pas retenu grand-chose de l’école.

* qui eut cru que le verbe échoir aurait un jour sa place ici ?

A regarder : la vidéo de Compass Commands



Les liens:

Le site officiel : www.31knots.com
Sur MySpace : www.myspace.com/31knots

2 commentaires:

slim911 a dit…

Ca fait du bien de lire une critique musicale qui effectue un retour aux sources. a savoir, la première chose qui fait qu'on écoute de la musique, c'est leplaisir qu'elle nous procure. Le reste reste fondamentalement de la branlette intelectuelle.
Merci Al pour ce moment de sagesse.

AL a dit…

c'est fou, hein? Je te rappelle qu'il y a une semaine, on dissertait dans ta caisse sur la qualité d'un texte de Cabrel... en allant au concert des Melvins. Moi, la branlette intellectuelle, j'aime encore assez bien...