dimanche 26 décembre 2010

Goodbye 2010 and see you in Hell


Voilà, nous y sommes. La décennie touche (enfin) à son terme. Comme chaque année, je te gratifie d’une petite compile en guise de remerciement pour ton indulgence à lire des chroniques souvent bancales, pas toujours inspirées faute de temps (mais je m’accroche, je m’accroche) et parfois même dignes d’un séjour en centre thérapeutique (la série Bowinage est presque terminée, la fin du calvaire approche). 

Petite précision suite à un malentendu avec quelques fidèles lecteurs l’an dernier : ma compile n’est PAS un best of de l’année écoulée. Des tas d’autres sites et blogs font ça beaucoup mieux que moi. Pas la peine dès lors de me dire que j’ai oublié tel ou tel groupe à la mode. Ce que je te propose, c’est simplement un condensé purement subjectif de ce que j’ai le plus écouté en 2010. Pour cette édition, j’ai pris un soin tout particulier à éliminer les trois quarts de ce qui encombre mon disque dur, à savoir du doom pachydermique impénétrable et du vilain black metal absolument abominable. J’ai donc fait l’effort de condenser ce qui me paraissait le plus écoutable, sous la forme de 17 coups de cœur, en prenant soin de dépasser les 80 minutes, juste pour te faire chier quand même un peu si tu veux graver ça sur un CD. Il y en a à peu près pour tous les goûts cette année : pop, rock, electro, soul et quand même une petite touche de métal. 

Et comme d’hab, je me suis échiné à te fournir un bel emballage : artwork 100% maison (je reconnais avoir recouru aux banques d’images les années précédentes) qui m’a occupé de longues soirées. 

Trèves de blabla, passons à l’action. Et je le répète : si un seul titre de cette compile retient ton attention, alors j’estime avoir bien fait mon boulot.

Commençons par l'artwork...


... et maintenant, la playlist explicative :

1. Lilium – Her Man Has Run (France, USA)

Le choix des titres terminé, il fallait en déterminer l’ordre. L’exercice a été un vrai casse-tête. J’ai finalement opté pour ce titre de Lilium, afin d’assurer un décollage en douceur. La rondeur de cette composition de Pascal Humbert, bassiste de 16Horsepower et Woven Hand, n’est peut-être pas la mise en bouche à laquelle tu t’attendais. Et pourtant, avoue que cette chanson est magnifique.


2. Boris & Ian Astbury – Teeth and Claws (Japon, UK)

C’est ici que nous entrons dans le vif du sujet, avec un exemple de la chanson pop-rock parfaite. Riff brûlant, voix qui en a vu d’autres et refrain qui colle au cul. Les Japonais de Boris ont trouvé chez le chanteur de The Cult la signature vocale qui leur avait souvent manqué.



3. Lumerians – Burning Mirrors (USA) 

Sans doute LA claque de l’année. On savait que les groupes de revival psyché rock puisaient allègrement dans le répertoire des seventies. Les Lumerians remontent le temps encore un peu plus loin et vont carrément se ressourcer aux sons de la pop sixties avec, je trouve, une petite touche yéyé du meilleur effet.



4. Indian Jewelry – Excessive Moonlight (USA

Pop sexy et electro éthérée au menu de ce titre hautement hypnotique des Texans d’Indian Jewelry qui ne lésinent pas sur les quantités quand il s’agit d’injecter à leur musique une lourde dose de psychotropes.



5. Chrome Hoof – Vapourise (UK) 

Le dernier album de Chrome Hoof est un tsunami de rock-metal-disco-funk absolument indescriptible. Le comble, c’est que la meilleure plage reste à mon goût cette petite pépite électro qui alarme des armées de fourmis le long de mes jambes poilues, un titre qui tranche franchement avec le reste du disque. Pour la petite histoire, une version « vocale » est sortie en single.



6. Maserati – We got the system to fight the system (USA

Encore un titre instrumental sur cette compile. Cette fois, on navigue dans les eaux déchaînées d’un post-rock survitaminé. Remuant et dansant à la fois.



7. Sungrazer – Zero Zero (NL) 

Le premier EP de ces trois Hollandais sera certainement passé complètement inaperçu cette année. C’est pourtant un sacré concentré de stoner rock qui a le mérite de ne pas basculer dans le bourrin. 




8. Tunng – Don’t look down or back (UK

La bande d’hippies chevelus et poilus accouche sur son quatrième album de cet hymne naïf comme tout, sorte de transcription gospell de la méthode Coué.



9. Sharon Jones & The Dap Kings – Mamma don’t like my man (USA

Nouvelle diva de la soul depuis une dizaine d’années, Sharon Jones pond ici une splendide complainte dans la plus grande tradition du blues féminin d’outre-Atlantique. La chanson la plus roots de l’année.



10. Jamie Lidell – The Ring (UK) 

Malgré un nouvel album plus que discutable, Jamie Lidell parvient à placer sur ma compile ce single au beat totalement tordu. C’est justement lorsqu’il évite les grands standards de la pop FM que Lidell offre à sa voix l’écrin insolite qu’elle mérite.



11. Aucan – Rooko (ITA) 

Extrait de l’EP DNA, ce titre montre à quel point les Italiens d’Aucan se sont affranchis de l’étiquette des Battles transalpins. Après les arpèges de guitare, le break electro est tombé comme une stalactite sur mes oreilles encore toutes meurtries.



12. Keiki – Lottie Johl (BE) 

Cocorico ! Le duo bruxellois de « satanic pop » embrase mes sens avec cette méchante rengaine imparable. Toute ressemblance avec PJ Harvey ne serait que purement fortuite.

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13. Cathedral – Ghost Galleon (UK) 

J’ai longtemps hésité à mettre ce titre sur la compile. Un peu lourd, un peu rêche, un peu brut de décoffrage et puis cette violente descente du coude où les guitares vomissent leur apathie. Et puis merde ! J’ai craqué. 



14. The Progerians – The Value of my Star Wars Figures (BE) 

Deuxième cocorico! Je n’ai même pas chroniqué les Progerians cette année, parce que ce disque n’a pas été commercialise à ma connaissance. C’est le bassiste qui me l’a filé à la sortie d’un concert, je l’ai immédiatement mis dans l’autoradio et ce déluge punk à mettre quelque part entre les Stooges, les Ramones et At The Drive-In m’a aussitôt cloué au siège du bolide allemand. A suivre.



15. Scorn – Taking Someones Eyes Out (UK

Je suis le premier à l’admettre : ce titre de Scorn est sans conteste le plus hermétique de la compile. Il se fait que je me suis pris au jeu et que j’y ai complètement accroché. Alors c’était difficile de ne pas l’évoquer au moment de dresser le bilan.



16. The High Confessions – Dead Tenements (USA-UK) 

On arrive presque au bout de l’exercice, mais on n’y est pas encore vraiment. Il faudra d’abord avaler les 11 minutes étouffantes de cet exercice de style, entre punk ralenti et spoken word.



17. Russian Circles – Malko (USA)

Je n’ai pas vérifié, mais je pense que cet album est sorti en 2009. Tant pis, il a quand même rythmé mon année. Et en guise de petit coup de pied au cul pour sortir de la torpeur des Hautes Confessions, je trouvais que ce titre méritait son poids en cacahuètes. A l’année prochaine…




Envie d'obtenir cette compilation (musique à télécharger et pochettes à imprimer soi-même) ? Connecte-toi via la page Facebook du blog ou envoie-moi directement un email

samedi 18 décembre 2010

Bowinage - épisode 4 sur 5 : Always Crashing in The Same Car (1977)

Bowinage : une reconstitution historique inédite d'un pan totalement oublié de la biographie de David Bowie. Un travail documentaire rigoureux pour rétablir la vérité sur l'influence des terrils du Borinage sur l'oeuvre du Thin White Duke.

Eté 1976: l’Europe est assommée par une vague de chaleur sans précédent. C’est également l’été qui voit mes parents s’unir pour la vie. Cérémonie modeste, certes, mais ma maman tenait absolument à y inviter David Bowie, « ce petit charmeur aux grandes dents » qui l’avait tant intriguée. C’est l’époque où la rock star commence à s’aventurer à Berlin, bras dessus, bras dessous avec Iggy Pop et Lou Reed. Contre toute attente, c’est avec une autre étoile montante de la musique populaire qu’il se rend aux épousailles. Bien connu des kermesses et autres fêtes au boudin de la région, c’est Claude Barzotti qui l’accompagne. Bowie avait besoin d’un lift et c’est Eddie Barclay qui lui avait présenté ce jeune fils d’immigré italien « dont le talent n’a d’égal que l’éclat de ses boucles couleur corbeau ».

Musicalement, les deux chanteurs n’ont que très peu d’atomes crochus. Ils trouvent toutefois un terrain d’entente dans le Cabernet Sauvignon bulgare qui arrose le repas et les Mon Chéri tombés à point au moment du pousse-café. Pour une fois, la chanson Always Crashing In The Same Car, sortie en 1977 sur l’album Low, ne fait pas directement référence à l’un ou l’autre membre de ma famille. Pas directement, mais un peu quand même, puisque ce titre relate comment, après avoir redéposé Bowie à la gare de Jemappes après la soirée, Barzotti, complètement bourré, alla encastrer son Opel Manta flambant neuve dans l’un des feux des Quatre Pavés de Quaregnon. C’est de cet accident que Claude conserva les graves séquelles cérébrales qui le mèneront en 1981 à commettre l’album Madame.






La première pochette du 45 tours "Le Rital",
retirée du commerce après 2 semaines suite 
au procès qui opposa Barzotti à EMI.

A regarder : Always Crashing in The Same Car (live)

mardi 14 décembre 2010

Maserati : Pyramid of the Sun

Après Chrome Hoof, Cave, Aucan ou Higamos Hogamos, Maserati constitue une nouvelle surprise venue tout droit d’une autre galaxie. Enchaînant les plages instrumentales comme d’autres leurs pneus d’hiver, ce combo qui gravite autour d’un membre* de !!! rafle la mise avec une recette bourrée d’anti-oxydants: nappes synthétiques, rivières de guitares, beats mécaniques contribuent à épaissir une mayonnaise qui, ô surprise, ne tache pas. Les références à Pink Floyd sont à peine voilées (ne serait-ce que le titre de l’album) et la pochette ne laisse plâner aucun doute sur la nature intrinsèquement psychédélique d’un menu 8 services décliné en autant d’exemples que le rock peut aussi être une musique dansante.

A l’écoute de ce nouvel album de Maserati, je me plais à redécouvrir un cocktail profondément hybride, qui puise ses racines dans des terres rock, electro et funk. Un album ambitieux qui, dans son esprit plus que dans sa forme finale, me rappelle par moments les émotions ressenties à l’écoute des premiers disques de "rinôcérôse", il y a plus de 10 ans déjà. 

En cette période de froid sibérien, quand la tentation est immense de s’enfermer, à la lueur d’une bougie d’Amnesty International, dans une suicidaire écoute répétitive de l’intégrale de Nick Drake, Pyramid of The Sun pourrait bien ramener un peu de chaleur naturelle dans nos foyers. Et retarder ainsi un peu plus le jour où Gazprom dominera officiellement le monde. Conclusion hâtive (mais peut-être pas) : et si l’écoute de l’album de Maserati était tout simplement un geste civique ?

* De l’intérêt d’une petite vérification sur Google avant de publier: Jerry Fuchs, batteur de !!! et Maserati est décédé l’an dernier dans un sordide accident d’ascenseur. Il n’en demeure qu’il avait déjà enregistré toutes ses parties de batterie avant l’enregistrement de ce disque.

A regarder : Pyramid of the Sun (live)



vendredi 3 décembre 2010

Bowinage - épisode 3 sur 5 : Station To Station (1976)

Bowinage : une reconstitution historique inédite d'un pan totalement oublié de la biographie de David Bowie. Un travail documentaire rigoureux pour rétablir la vérité sur l'influence des terrils du Borinage sur l'oeuvre du Thin White Duke.

En 1975, ma mère n’a toujours pas la moindre idée de qui était ce bellâtre qui l’avait abordée sur la berge quelques années plus tôt. Pire, elle s’en souvient à peine. Dans le Borinage, le choc pétrolier se fait ressentir plus qu’ailleurs. Et dans sa petite bicoque de fille de mineur, cette splendide demoiselle de 20 printemps n’a toujours pas les moyens de s’offrir le tourne-disque qui lui ouvrirait les portes de la musique pop anglaise. Pour occuper ses soirées, elle traîne donc dans les cabarets fréquentés par des mineurs ivres morts qui dépensent leur paie pour oublier la couleur du trou. 

Bowie en gare de Flénu
De l’autre côté de la Manche, Bowie poursuit son bonhomme de chemin. Les années de galère sont maintenant derrière lui et il peut commencer à tapisser ses murs de disques d’or, même si le succès commercial n’est pas toujours à la hauteur des critiques élogieuses qu’il suscite. En tournée continentale pour défendre l’album Young Americans, il décide de faire un crochet rapide par le Borinage et croit dur comme fer qu’il pourra cette fois revoir sa bien-aimée. Cette nouvelle tentative s’avère fructueuse puisque, sur le quai de la gare de Flénu, il tombe nez à nez avec la petite rouquine, visiblement seule. Après quelques minutes d’une conversation bancale, la mémoire de ma future maman se rafraîchit et les deux tourtereaux commencent à se raconter leurs vies respectives. Bowie peut difficilement cacher sa frustration : comment est-il possible que cette jeune et belle femme n’ait jamais entendu parler de lui ? La discussion se rompt subitement lorsqu’entre en gare le train omnibus en provenance de Bruxelles. Du deuxième wagon descend un jeune homme en uniforme, mince, pâle au regard droit et portant une petite mallette. Bowie voit son interlocutrice se jeter littéralement dans les bras de ce militaire en permission, qui deviendra plus tard mon père. 

Vexé, l’artiste tourne les talons mais ma mère l’attrape par l’épaule et lui propose de se joindre à eux pour la soirée. L’un de ses cabarets préférés a été récemment ravagé par un terrible incendie et mon futur papa participe ce soir-là à un concours de fléchettes, dont les bénéfices serviront à reconstruire le bistrot. Flatté, Bowie passera ainsi la soirée incognito dans la fumée et les effluves de bière d’un cabaret borain, au milieu des joueurs de manille et des crosseurs en plaine. Mais la joie et la bonne humeur de l’instant ne sont rien en comparaison de la douleur qui le mange de l’intérieur. Le lendemain aux aurores, il prend le train pour Paris et rejoint ses musiciens pour la suite de la tournée. Pendant son voyage, il écrit les premières lignes de l’album Station To Station: « The return of the Thin White Duke / Throwing darts in lovers’ eyes ».

A regarder : Station To Station (live)



("It's not the side-effect of the cocaine"? Bof...)

samedi 20 novembre 2010

Petite détente post-Halloween avec Candlemass

Le principe, c'est de tenir jusqu'à 5'50. Ensuite, c'est l'extase...

Scorn - Refuse: Start Fires

Si mes calculs sont bons, Refuse: Start Fires serait déjà le 14e album de Scorn, pour à peu près autant d’EP. Production à la chaîne pour ce projet fondé en 1991 par deux membres déçus du tournant pris à l’époque par Napalm Death. Oscillant entre duo et trio sur ses premiers albums, Scorn est vite devenu le projet d’un seul homme, Mick Harris. Réputé comme l’un des batteurs les plus brutaux du monde, Mick Harris est également reconnu comme le “père du blast beat”, ce style de batterie hyperkinétique qui fait des ravages dans le milieu du heavy metal.

D’abord d’obédience metal indus, Scorn a rapidement viré à l’electro dark, au dub lugubre et profond, mélangeant machines et ambiances métalliques. Confirmation avec la livraison 2010 d’une musique radicalement abstraite et imperméable à toute forme de sensibilité. Refuse: Start Fires consacre une dubstep qui n’a rien à faire sur un dancefloor et qui, au mieux, pourrait éventuellement revendiquer une place sur la bande son d’un obscur jeu vidéo de science fiction. A retenir, le titre Take Someones Eyes Out, sorte de transcription sonore d’une asphyxie dans un sous-marin russe.

Prenons également le temps de nous attarder sur la splendide pochette de cet album, oeuvre de l’artiste néerlandais Karol Lasia, alias Khomatech. Mêlant photographie, infographie et peinture, son travail lui a déjà permis de réaliser nombre de pochettes pour des groupes drum’n’bass, une affiche pour Radiohead et également une série de photos pour Playboy. A découvrir de toute urgence ! Et ce mec n’a que 24 ans…

A écouter : Take Someones Eyes Out

mercredi 3 novembre 2010

Bowinage / épisode 2 sur 5 : Rock'n'Roll Suicide (1972)

Bowinage : une reconstitution historique inédite d'un pan totalement oublié de la biographie de David Bowie. Un travail documentaire rigoureux pour rétablir la vérité sur l'influence des terrils du Borinage sur l'oeuvre du Thin White Duke.

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Résumé de l'épisode précédent : Bowie, en plein questionnement, erre dans le Borinage en quête de l'inspiration et y rencontre une jeune adolescente rousse qui deviendra plus tard ma maman. 

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1971 : Peu à l’aise dans son rôle d’amant éconduit, Bowie se console en se jetant dans les bras d’Angela Barnett, une actrice de seconde zone, dont la ressemblance avec ma mère est frappante. De cette union avec Angie, naîtra un an plus tard Duncan Jones qui deviendra par la suite le réalisateur que l’on sait.

Néanmoins, Bowie peine à se remettre de ce revers sentimental et reste obnubilé par le portrait de cette adolescente qui était parvenue à l’émouvoir par sa fraîcheur. Dépression, alcool, drogue. Bowie craque et part sans laisser de trace. En réalité, il prend le ferry sur un coup de tête, traverse la Manche et sillonne trois jours et trois nuits durant les rues du Borinage à bord de son bolide… à la recherche de celle qui lui a brisé le cœur. Un soir, au coin d’une rue, il croit apercevoir la belle, perd le contrôle de sa voiture et frôle l’accident sur ce qui n’était qu’une énième hallucination.

Désespéré, aux abois, un genou à terre, Bowie rentre à Londres et couche sa douleur sur Rock’n’Roll Suicide, qui reste à ce jour la meilleure chanson rock que quiconque ait jamais écrite sur ma maman : Chev brakes are snarling / As you stumble accross the road / But the day breaks instead / So you hurry home. C’est à cette époque que l’auteur meurtri, au bord du gouffre, trouve alors un subterfuge pour échapper au mal qui le ronge. Il se réfugie derrière les traits de Ziggy Stardust et sa chevelure couleur de feu. Comme par hasard.

A regarder : Rock'n'Roll Suicide (live) 

mardi 2 novembre 2010

Boris & Ian Astbury - BXI


Depuis bientôt 15 ans, le groupe punk-noizy japonais Boris propose une discographie boulimique, avec déjà une quinzaine d’albums au compteur. Au-delà de ses produits maison, le trio multiplie les collaborations, notamment avec Merzbow et Sunn O))).  Cette année, ils ont croisé leurs guitares fumantes avec la voix 24 carats de Ian Astbury, chanteur de The Cult et accessoirement nouveau Jim Morrison proclamé au sein de The Doors of the 21st Century, la tentative de reformation des Doors autour de Ray Manzarek. Dans les bacs, ça donne un EP de 4 titres sur une bonne vingtaine de minutes.

Boris et Astbury, c’est un peu l’association du feu et du feu. D’un côté, des Nippons qui manient leurs instruments comme des lance-flammes et crament tout ce qui se bouge dans un rayon de cent lieues. De l’autre, des cordes vocales made in UK qui crépitent comme un feu ouvert un dimanche de janvier. La symbiose fonctionne à merveille sur la plage d’ouverture, un Teeth and Claws riche en couleurs et contrastes qui fait immédiatement songer aux Screaming Trees, autre groupe qui alliait à merveille guitares tranchantes et refrains pop désespérés.

Sur We Are Witches, Boris rajoute une couche de guitares et fait monter la température de quelques centaines de degrés. Et c’est le volcan Astbury qui se réveille, dans toute sa splendeur. Moins retenu, plus brut de décoffrage, ce titre ouvre également un appel d’air dans lequel s’engouffrent des solos de guitare en fusion. Attention, ça brûle.

Sur Rain, c’est la voix féminine de Boris (dont j’ai oublié le nom – Borissette ?) qui reprend le relai et mène à la baguette ce qui reste la chanson la plus anecdotique de ce disque. La fureur s’estompe, la symbiose se dillue (mais où est Astbury? Parti pisser?) et Boris semble ainsi réussir l’exploit de placer une chanson de trop sur un 4 titres. Un comble…

Heureusement, tout le monde reprend ses esprits et signe un final grandiose avec Magickal Child, hymne de fin d’un monde en pleine décadence, qui s’épanche plus qu’il ne rugit.

Ni collector pour les fans de la première heure, ni vraiment disque grand public, ce petit EP tient tout à fait sa place parmi les sorties les plus intéressantes du moment. Il fera également merveille en guise d’amuse-bouche en attendant le prochain album de Boris, qui ne devrait plus tarder puisqu’en moyenne, c’est un disque par an au pays du soleil levant.

A écouter : Teeth and Claws 




Le lien : 
Sur MySpace


lundi 1 novembre 2010

Sinner's Day "Festival"

Vendredi, Al me passe un coup de fil: "ça te dit d'aller voir les Psychedelic Furs, j'ai deux places?"
Le temps de s'arranger sur les détails du trajet, le même Al me précise: " De toutes façons, ils jouent pas avant 21h, c'est un festival, y'a d'autres groupes qui jouent, je t'enverrai le lien".

Le lien, le voilà. Avec un line-up pareil, je ne m'attendais pas à passer une soirée ordinaire. J'ai pas été déçu.




Acte 1: Here come cow-boys
 
Après les quelques détours imposés par un GPS un peu jouette, nous arrivons à l'Ethias Arena.
D'emblée l'endroit dégage une drôle d'atmosphère. Le bâtiment est une espèce de Tours et Taxis moderne, dans lequel on a disposé tous les éléments-clés d'un festival rock: stand merchandising, stand tickets, bars, volontaires de la Croix-Rouge...On dirait le festival de Dour mis sous cloche. En plus propre. En mieux  organisé. En moins rock'n'roll.

Du côté du public c'est moitié Halloween, avec les goths en impers type cape de vampire, futal en cuir et bottes kitsch; moitié Has-Been Park, avec les fans véritables de Marc Almond et Nina Hagen qui ont ressorti leurs vieilles fringues de concert pour l'occasion.

Sans perdre une seconde, Al et moi nous dirigeons vers le Club stage pour notre premier concert: The Fall

Acte 2: Like a Stranger

A voir le chanteur bourré comme Michel Daerden un soir de victoire du Standard, nous quittons The Fall avant la chute annoncée dans le titre, et nous rendons au Main Stage où nous sirotons une pinte devant un Marc Almond dont le lifting cache mal les mauvaises dents.

Soyons honnêtes: jusqu'ici, le côté kitsch un peu rigolo nous fait bien marrer, mais avec les Furs qui ne jouent que dans deux heures, si ça continue comme ça, on va finir par se faire chier.

Dans toutes les bonnes histoires, le héros tombe sur un allié inattendu. Nous croisons donc deux potes à Al, qui ont eu l'idée saugrenue d'arriver dès l'après-midi et s'empressent de nous délivrer quelques précieuses mises en garde.

Par exemple, il vaut mieux ne fumer qu'à l'endroit prévu à cet effet. Tu as envie de sourire? Tu as tort: sache qu'au Sinner's Day Festival, des flics en civil se baladent sur le site et flanquent une amende de 150 (cent-cinquante!) biftons au malheureux chopé en train de fumer en-dehors des clous. Petite consolation: la contredanse porte le logo du festival...

Les artistes ne sont pas épargnés: pour eux, pas d'alcool sur scène, rien que de la bonne eau minérale. J'en déduis que si le mec des Fall était à ce point plein mort, c'est qu'il a dû s'en déchirer la tête deux fois plus en prévision d'un set à l'eau plate...

Et ce n'est pas tout, Al et moi avions remarqué que des panneaux marqués "Club In" et "Club Out" marquaient les accès à la Club Stage. Nos deux comparses nous racontent avoir vu des types qui essayaient de sortir par une porte "Club In" se faire remballer et prier de sortir par la porte adéquate.Visiblement au Sinner's Day, la transgression c'est plutôt mal vu...


Acte 3: Alice's House

Le demi-tour n'étant pas une option, entrer et sortir d'un concert de ska, nous a pris 5 bonnes minutes...ce qui nous a permis d'arriver juste à temps pour voir Marc Almond reprendre Walk on the wild side à sa façon avant de conclure sur l'inévitable Tainted Love [Helmut Lotti Mix].

N'ayant rien d'autre  à faire, nous trouvons une place assise pour siroter une pinte en attendant Nina Hagen.

Heureusement que j'avais fini mon verre quand le concert a commencé, je crois que j'aurais tout recraché sur le mec devant moi quand la Hagen est montée sur scène. Pareil pour mes comparses: on est restés tous les quatre la machoire béante pendant au moins 15 secondes.

J'étais prêt pour le maquillage, j'étais prêt pour la coiffure, j'étais prêt pour une performance kitsch un peu vulgos. Par contre, voir une quincagénaire sortie de Buffy contre les Vampires loucher et faire des grimaces en massacrant Personal Jesus, visiblement, j'étais pas prêt.

On est restés là un moment, à la regarder brailler et tirer la langue, en se demandant si c'était comique, ou simplement pitoyable. Vint le deuxième morceau.  Au moment où Nina et ses yeux qui louchent ont entamé Riders On The Storm, le voisin de mon voisin s'est levé sans un mot et a quitté la salle.

Pour récupérer d'un choc pareil, on avait bien besoin d'une clope (dans la zone autorisée).

Acte 4: Imitation of Jesus

Le moment tant attendu. On a fumé dehors, on a été pisser avant, on est rentrés par la bonne porte. Tout est prêt.

Evidemment, les Psychedelic Furs d'aujourd'hui ne sont plus les beaux gosses en blouson noir de Midnight to Midnight. Le bassiste est devenu franchement laid, mais le chanteur a conservé un air de Bowie, auquel les années ont ajouté quelque chose de Pon-Pon.

Pretty in Pink arrive dès le deuxième morceau, ce qui est trop tôt à mon goût, la voix de Butler n'étant pas encore chaude. Petite déception. La performance musicale est tout à fait correcte. La playlist aussi, même si je regrette ne pas avoir eu droit à My Time.

Par contre, Butler aurait dû s'abstenir de prendre un ecsta par-dessus son café sucré à la coke. Outre le fait qu'il ne tenait pas en place, il nous a sorti la panoplie complète des pitreries du vieux pilier de bar-karaoké bourré: il a mimé les paroles des chansons, il a fait l'ange qui bat des ailes à côté du rythme et surtout, il s'est pris pour une toupie pendant la moitié du concert, tournant sur lui-même au ralenti, l'index pointé vers le ciel.

Dommage, car au final, le jeu de scène m'a empêché de bien rentrer dans le concert.

Acte 5: No Easy Street

Face à Echo & The Bunnymen qui commençait sur les chapeaux de roues, mais est vite devenu chiant, nous décidons de prendre la route.

Soulagement: la porte de sortie de l'Ethias Arena se trouve à côté de la porte d'entrée, ce qui nous évite de nous perdre dans le parking, ou de risquer 100 euros d'amende en sortant par la porte d'entrée. Nous sortons donc, en même temps qu'un quidam qui avait décidé de manger sa brochette dehors. Enfin pas tout à fait. Au Sinner's Day, pas de clopes à l'intérieur... et pas de brochettes à l'extérieur: le type s'est  fait remballer, prié de bouffer son saté bien au chaud. Ici, on n'aime pas trop les mecs qui bouffent dehors.

Eberlués, Al et moi nous rendons à la voiture et nous apprêtons à quitter cette maison de dingues. Affamés, nous engloutissons la réserve de vivres qui trainait sur le siège arrière, non sans jeter des regards anxieux aux alentours, de peur de se choper 1000 euros d'amende (mais avec le logo du festival) pour mangeage hors du site. Tout se passe bien, on se décide à mettre les voiles.

Evidemment, c'est devant la barrière du parking qu'on se rend compte qu'il fallait payer. S'ensuit le dialogue suivant:

- Al: "Où est-ce qu'on paie pour sortir?"
- Gardien de parking: "A l'entrée".

Ainsi s'achève l'histoire de notre soirée au Sinner's Day Festival. C'était absurde, voire sous-réaliste, mais putain, on a vu les Furs!

A regarder pour la postérité : Nina Hagen reprenant Personal Jesus

samedi 9 octobre 2010

Bowinage / épisode 1 sur 5 : Cygnett Committee (1969)

Bowinage : une reconstitution historique inédite d'un pan totalement oublié de la biographie de David Bowie. Un travail documentaire rigoureux pour rétablir la vérité sur l'influence des terrils du Borinage sur l'oeuvre du Thin White Duke.

Juin 1968 : un certain David Bowie cherche son second souffle. Son premier album sorti sous le nom de David Jones & The King Bees n'a pas rencontré le succès escompté. Quant aux singles sortis sur le label Deram (Rubber Band, The London Boys), ils peinent à trouver un écho auprès des pontes de la FM. C'est la première grosse déprime de celui qui est en train de composer l'album Space Oddity.

En plein questionnement existentiel, Bowie rencontre dans un pub de la banlieue sud de Londres l'écrivain Constant Malva, qui l'invite alors à venir passer quelques jours de villégiature chez lui, en Belgique, plus précisément à Flénu, une petite bourgade de la région de Mons. Malva était persuadé que la noirceur des terrils du Borinage offrirait à la future pop star la source d'inspiration qui avait manqué jusque là à des chansons trop naïves et enjouées.

Ce pan totalement oublié de la biographie officielle de Bowie l'a donc amené un samedi de l'été 68 à errer sur les berges de la Trouille, la rivière qui irrigue la région des charbonnages. Il y rencontre, assise sur un banc en train de réviser ses déclinaisons latines, une adolescente aux longues boucles rousses, qui n'est autre que ma mère alors âgée de 13 ans seulement. Dans un français plus qu'approximatif, il engage la conversation avec cette jeune fille dont il tombe immédiatement sous le charme mais qui repousse ses avances, encore toute farouche derrière ses épaisses lunettes de lycéenne. A l'époque, ma mère n'avait que faire des pseudo rock stars. Entre ses révisions, elle passait son temps à apprendre par cœur les écrits de Karl Marx et Rosa Luxemburg et ne jurait que par le "grand soir", celui qui quelques semaines plus tôt avait soulevé les Universités de France. Du matin au soir, elle chantait les louanges des prophètes armés et rêvait du jour où elle battrait le record du monde du lancé de pavé.

En cette belle après-midi estivale, elle tente donc d'initier le jeune Bowie aux joies de la révolution permanente. Voilà comment quelques semaines plus tard, de retour à Londres, Bowie composait son hymne Cygnet Committee, véritable appel au soulèvement des masses, qui s'étire sur plus de 9 minutes sur l'album Space Oddity. Morceau d'anthologie, Cygnet Committee dévoile un Bowie sous son meilleur jour. Si le titre s'ouvre sur un phrasé tout en retenue, il évolue vers un final dramatique aux accents gospell, qui traduit à la fois la détresse et la détermination de Bowie qui clame : I will fight for the Right to be Right / I will kill for the Good of the Fight for the Right to be Right.

On sent bien évidemment l'influence de ma mère dans ces quelques lignes : la révolution permanente. L'allusion à la révolution est moins évidente sur la pochette de l'album Space Oddity. Par contre, il est impossible de passer à côté de la permanente.


A écouter : Cygnett Committee

mardi 28 septembre 2010

The High Confessions – Turning Lead into Gold with the High Confessions


The High Confessions, c’est un super groupe. Encore un super groupe. Cette fois-ci, on retrouve au générique des noms comme Chris Connelly (Ministry, Killing Joke), Steve Shelley (Sonic Youth), Sanford Parker (Buried At Sea, Minsk) et Jeremy Lemos (que je ne ferai pas semblant de connaître, je n’ai pas la moindre idée de qui est ce type).

En vrai super groupe, The High Confessions a confectionné un premier super album. Le disque se compose de 5 morceaux, d’une durée qui varie entre 4 et 17 minutes, histoire de montrer qu’en tant que super groupe, on ne fait pas les choses à moitié.

L’album s’ouvre sur Mistaken For Cops, qui frappe directement au menton malgré une structure étrangement linéaire. Le ton est donné, ça sonne comme une version punk du Velvet Underground. Chris Connelly y déclame ses rimes tel un Lou Reed qui aurait découvert la touche Fast Forward. Sanford Parker séquestre sa guitare et lui inflige le supplice chinois à force de lui mattraquer les quatre mêmes notes, encore, encore et encore.

Après cette mise en bouche presque joyeuse, c’est la plongée au sous-sol avec Along Came The Dogs, morceau même pas épique qui dépasse allègrement le quart d’heure. Cette fois, Connelly s’y exprime tel un condamné à mort rampant dans la boue vers le poteau d’exécution, poussé dans le dos par le canon de son bourreau. Les voix se mêlent et s’entrechoquent, répètent et répépètent ce qui ressemble furieusement à une dernière volonté. Et ce ne sera pas un chocotoff. Musicalement, la partition joue la carte bruitiste, croisant Neubauten avec une relecture pleine de larsens de l’intro du Station To Station de Bowie. Ça sent la gare, les aiguillages qui grincent, les portes rouillées qui ne ferment plus très bien, le chien mouillé, la pisse sèche. Une chanson composée à la disqueuse pour des pécheurs qui ne cherchent pas à se repentir. Hautes confessions peut-être, mais ici on revendique ses actes. Alors pour la rédemption, on repassera.

Sur The Listener, c’est l’apaisement après le déluge. Du moins, en surface. Chris Connelly s’agenouille et va chercher au fond de ses tripes une voix plus posée, en ligne avec un tempo plus respectueux de nos muqueuses. Steve Shelley effleure ses peaux, les caresse avec doigté et contribue ainsi à créer cette ambiance de jazz sibérien. Du givre apparaît sur l’écran de mon lecteur mp3 et quand je veux me moucher, je m’arrache des stalagtites au bout du nez. 11 minutes quand même, autant se couvrir d’une petite laine et des bottes fourrées en peau de phoque synthétique. Parce que tuer les phoques, ce n’est pas chrétien.

Avant-dernière étape de ce bad trip annoncé, Dead Tenements tue dans l’oeuf le dernier espoir d’être encore traversé par une onde positive aujourd’hui. Et tant pis pour le grand pardon. Parker a définitivement achevé sa guitare dans un désert noisy et c’est Shelley qui reprend les reines de cette longue agonie qui dépasse de nouveau les 11 minutes bien tassées. Connelly s’époumone sur ce titre, en dialogue avec une batterie qui résonne de loin, de si loin qu’on peine à l’imaginer sur la terre ferme. Shelley y atteint des sommets du genre, faisant surgir ses fûts derrière une couche de crasse opaque, noire, poisseuse.  Le batteur de Sonic Youth rappelle au passage que son style est reconnaissable entre tous et qu’il serait bien imprudent de s’arrêter à sa gueule d’ange sorti d’un épisode de Huit ça suffit.

Ultime fait d’arme de cette pièce en cinq actes, Chlorine and Crystal ferait pratiquement figure de happy end si l’asphyxie des quatre plages précédentes n’avait laissé autant de victimes consentantes sur le carreau. Pour la forme, Shelley en revient à un jeu plus métronomique. Parker ressuscite quelques accords et ramène ainsi à la vie ses 6 cordes oxydées jusqu’à l’os.  Quant à Connelly, il enfonce le clou une dernière fois sur ce titre épileptique : I would like to crash/If crash is an option. Rien que ça. Ballade cold-wave funéraire, phrasé pastoral, cette chanson se termine sur une descente d’organes en roue libre. Comme si l’expérience en studio avait complètement annihilé toute forme d’humanité chez ces quatre musiciens. Pour les deux dernières minutes de l’album, les instruments reprennent les commandes, s’éteignent lentement et laissent la place à un silence assourdissant.

Tu l’auras compris, l’écoute de cet album m’a laissé quelques profonds stigmates. Je serais bien allé confesser mes péchés. Mais je préfère appuyer de nouveau sur Play et m’enfoncer dans le vice. On se retrouvera en enfer, baby.

A écouter : Mistaken For Cops








      

28 septembre 2010, ça se passe à Bruxelles

samedi 25 septembre 2010

Cathedral - The Guessing Game


Ma vie, mon talent, ma popularité grimpante, tout cela n’est pas toujours facile à gérer. Certes, on me reconnaît dans la rue, les chauffeurs de taxi ont plus souvent l’œil rivé sur le rétroviseur que sur la route et je collectionne les couvertures de magazines de mode à mon effigie. Je suis beau et riche, je suis né comme ça, ne m’en voulez pas. Et pourtant, pourtant, certains païens semblent encore tout ignorer de ma brillante personne. Je me retrouve donc à devoir souvent répéter inlassablement la même rengaine au moment de faire connaissance avec un indigène. Qui je suis, comment je suis arrivé aussi rapidement au sommet, oui c’est ma couleur naturelle, non je ne me suis pas fait refaire le nez, etc. Le blabla habituel quand on passe la moitié de sa vie en classe business entre Londres et Los Angeles.  

Pour éviter de parler de la pluie et du beau temps avec le premier quidam ébloui par mon aura, la question des hobbies arrive forcément sur la table, question que je redoute comme une variante sexuellement transmissible de la peste bubonique. Evidemment, la réponse qui me sort de la bouche est toujours la même : la musique. Et en prononçant ce mot, déjà, je sais que les emmerdes vont commencer. Parce qu’il va falloir expliquer quel genre de musique, le dernier album que j’ai acheté, les salles de concert que je fréquente. C’est toujours la galère. Surtout quand mon interlocuteur est persuadé d’être lui-même un grand amateur de rock. 

Morceaux choisis, au bar du Georges V :

- Ah oui, mais moi aussi, je vais à plein de concerts rock. Le dernier, c’était Indochine à Bercy. C’était super. Et toi ?
- Non, moi je n’y étais pas.
- Dommage !!! Mais c’était quoi, ton dernier concert ?
- Ecoute… heu… je ne sais plus très bien… heu… laisse-moi réfléchir.
- Calogero à Forest ? Muse au Sportpaleis ? Placebo au Cirque Royal ?
- Non, pas vraiment.
- C’est con. J’adoooooooooore Brian Molko. Mais allez, dis-moi…
- Je crois que c’était Neurosis.
- Oasis ? A Werchter ? Cool, j’y étais aussi.
- Non, c’était Neurosis. A Amsterdam.
- Ah… connais pas. Et… heu… c’est quel genre ?
- Disons que c’est un peu spécial et que ça n’a pas grand-chose à voir avec Oasis.
- C’est du R’n’B ?
- Non, pas vraiment. C’est un peu plus lourd. Et lent. Voilà, c’est ça : du rock lourd et lent.
- Ah ok, je vois. Donc tu écoutes plutôt du…

(A cet instant, je plisse déjà les yeux parce que je sais à l’avance quel est le mot qui va sortir. Comment résumer 30 années d’influences musicales, de Miles Davis à 31knots, de David Bowie à Black Sabbath, de Wire à Mark Lanegan, de Bashung à Suzanne Vega, des Melvins à Nick Cave, d’Iggy Pop à Curtis Mayfield, des Beastie Boys à Michel Magne, de REM à Sonic Youth, des Jesus Lizard à Amon Tobin ? Mais voilà, je le sais, ce mot hideux va sortir. Je l’entends déjà poindre…)

- Donc, tu écoutes plutôt du… hard rock !

Misérable, je suis obligé d’hocher la tête, sachant pertinemment bien que m’obstiner à contredire mon admirateur du jour n’est que pure perte de temps. Rendons-nous à l’évidence : au 21e siècle, la nuance n’existe toujours pas en ce bas monde.

Donc il paraît que j’écoute du hard rock. Bordel de Dieu. Pour moi, le hard rock canalise justement tout ce que je déteste : des franges bouclées taillées à la règle juste au-dessus des sourcils, des pantalons en cuir avec des lacets de gladiateur sur le côté, des solos de guitare interminables exécutés entre les cuissardes écartées, des batteurs perdus derrière une bonne vingtaine de fûts, des refrains pour stades, des guitares Jackson fluorescentes aux lignes escarpées, de chorégraphies dignes de Véronique et Davina, etc.. Les groupes que j’associe au hard rock, ce sont des bandes de tignasses innommables comme Def Leppard, Aerosmith, Megadeth et même Bon Jovi

Pour moi, le hard rock, c’est quelque chose qui ressemble à ça : 



Mais voilà, pour l’ignare de service, j’écoute du hard rock. Je n’arriverai jamais à me débarrasser de cette encombrante étiquette. Etiquette qui va s’avérer encore plus coriace après t’avoir parlé du dernier album de Cathedral, qui après 20 ans de carrière, vient de faire son entrée fracassante dans mon univers musical. The Guessing Game, double album massif et sinueux, qui s’en prend à tous les clichés du genre, m’a presque donné l’envie de me laisser repousser les tifs.

Cathedral y livre sa lecture très personnelle de 20 années de rock, traversant sans gilet de sauvetage les courants doom, stoner, rock prog, heavy metal et même acid folk. Une approche de la musique qui ne craint pas le kitsch, ni les gros refrains FM qui tachent, la guitare faisant office de locomotive tirant derrière elle une flopée de wagons pas toujours très bien assortis. The Guessing Game réussit ainsi une audacieuse synthèse de tout ce qui a été produit pour animer les bars à motards, les rassemblements de lécheurs de timbres et les grands messes à la gloire du Mal. 

Mais je suppose que c’est plus facile de dire que Cathedral vient de nous livrer un grand album de hard rock. Bande d’incultes.

A écouter : le teaser officiel




A écouter : Ghost Galleon (le meilleur morceau de l’album, de loin)



Les liens :




mardi 21 septembre 2010

Leçon de cinéma avec Steve McQueen


Le cinéma, ce n’est quand même pas compliqué. Il suffit de réunir les bons ingrédients et de laisser la sauce prendre d’elle-même. Pour réussir une scène culte, il faut prendre un grand saladier et y mélanger:     


  • un acteur avec une gueule de serial lover et si possible un pull à col roulé (pour la métaphore phallique);
  • un coupé sport sous le capot duquel les chevaux ronronnent (s’ils hénissent, c’est foutu);
  • une musique qui ajoute l’envie de se dandiner en plein climax (s’il faut poursuivre des truands, autant le faire en swingant derrière le volant);
  • un méchant luisant qui a la bouche à l’envers et qui porte les mêmes lunettes que celles de Moby (et qui ressemble très fort au méchant Américain dans Les Barbouzes);
  • un assistant du méchant avec un défaut physique majeur pour ne pas oublier dans quel camp il joue (une calvitie, un oeil de verre, une jambe de bois) et, surtout, des gants en cuir noir (là, je suis plus perplexe sur l'efficacité de l'accessoire parce que, ok, c’est classe, mais si les assistants des méchants enlevaient leurs gants au moment de flinguer le gentil héros, ils viseraient peut-être un peu plus juste);
  • la scène doit se terminer par quelques échanges de tir, une explosion et un crissement de pneus.

Et voilà le travail. Même pas besoin de dialogue. 


lundi 20 septembre 2010

Chrome Hoof - Crush Depth

Quand approcheront les fêtes de fin d’année, quand chaque rédaction y ira de son traditionnel top des meilleurs albums des 12 mois écoulés, entre deux pelletées de neige pour dégager l’entrée du garage, on jugera la qualité du canard musical à la place qu’y occupera le dernier album de Chrome Hoof. Car rien ne sert d’y aller par quatre chemins : ce Crush Depth est tout bonnement exceptionnel.

La première écoute s’avère pourtant un poil déstabilisante et laisse l’impression d’un album foutraque, sur lequel s’entassent influences rock, metal, disco, funk et electro. Mais une fois passé le cap de ce beau bordel, on découvre un univers dense, riche… et incroyablement barré. Chez Chrome Hoof, l’indéniable maîtrise technique sert avant tout de prétexte aux explorations des plus téméraires en terres inconnues. Et les associations d’idées pour le moins farfelues me traversent alors l’esprit : Grace Jones accompagnant Tool, les Village People qui signeraient la musique d’un Star Trek réalisé par David Lynch, Mötorhead reprenant les Bee Gees, Jaga Jazzist qui remixe Amanda Lear. J’en passe et des meilleures…

La musique de Chrome Hoof, c’est un peu tout ça à la fois et bien plus encore. Comme me le soufflait encore l’autre jour Jean-Luc Delarue : On dirait des reprises de King Crimson qui datent de 2025. Que dire alors des prestations scéniques de cette dizaine d’Anglais encapuchonnés dans leurs bures à paillettes ? Un vrai régal, tant pour les yeux que les oreilles. Je le dis et je le répète : ces gars-là ont tout pour me plaire. Et cet album mérite cent fois plutôt qu’une le titre de la galette la plus bouillante d'un été qui s'achève dans quelques heures.

Chaudement recommandé.

A regarder : une vidéo de lancement de l'album



A regarder : Vapourise - Vocal Mix (seule la version instrumentale est reprise sur l'album)


A regarder : Chrome Hoof live à Londres l'année dernière.


Les liens :
Sur MySpace
Commander l'album sur Southern Records


jeudi 12 août 2010

Letter From Belgium - LFB002

Chère maman,

La Belgique est un pays triste. Un pays gris. Plat et humide.

La Belgique est une terre déprimante. Une terre sale. Moite et glissante.

Les Belges sont mous. Un peu lents aussi. Pas très souriants. Ils tirent toujours la gueule. Parfois, quand même, ils rient un peu. Quand ils rient de leurs malheurs.

Ici, l’air est poussiéreux. Les oiseaux ne chantent pas, ils sanglotent, s’étranglent. De toute manière, on ne les entendrait pas. Ici, les avions volent trop bas. Tout ce que j’y vois est en noir et blanc, et souvent même un peu flou. Ici, la couleur n’existe plus.

Tout se perd derrière un voile de brume. Tout s’efface au fond d’un verre de bière. Tout se dilue dans une odeur de marée pas très fraîche. L’hiver n’est pas froid, l’été n’est pas chaud. Au mieux, c’est un pays tiède. Tiède en permanence.

En Belgique, rien n’est sérieux, mais rien n’est vraiment drôle non plus. C’est juste un peu moche, à la limite du pathétique. Presque risible.

En fait, je ne comprends rien. Et je m’emmerde.

Viens me chercher.

Alan

Si on prenait la musique de Letter From Belgium au pied de la lettre (jo-li !), voilà à quoi pourrait ressembler la missive. Un pli rédigé du bout de la plume d’Alan Healy, ou plutôt de son clavier, lui qui, comme son nom ne l’indique pas, sévit retranché quelque part au fond de l’Irlande. Ses albums, il les met en téléchargement gratuit sur le net : des compilations de longues plages atmosphériques, de violentes collisions d’ambiances désolées et des collages délavés qui, mis ensemble, constituent des pièces à écouter de toute urgence.

LFB002 est le deuxième album d’Alan Healy, aka Letter From Belgium. S’il faut absolument y coller une étiquette, on parlera d’ambient dépressif. Et s’il faut absolument établir une comparaison avec un autre artiste, alors on citera The Album Leaf.

Les liens :

http://letterfrombelgium.blogspot.com/

http://www.myspace.com/letterfrombelgium