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dimanche 18 janvier 2009

Kazuo Koike / Kazuo Kamimura - Lady Snowblood

« Ne jamais dire jamais. » Jusqu’à très récemment, j’avais une sainte horreur des mangas. D’un côté, les dessins animés japonais m’énervaient au possible (épisodes tirés en longueur, recyclage d’images dans des plans fixes interminables, intrigues montées en épingles, etc.) Tous les Dragon Ball et compagnie, ce n’était vraiment pas pour moi.

D’un autre côté, je trouvais les BD particulièrement repoussantes, avec leurs couleurs criardes et ce mode de lecture de droite à gauche totalement contre nature. On avait pourtant essayé de me sensibiliser à Akira, mais rien n’y fit : je n’aime pas les dessins, je n’aime pas les animations, je n’aime pas les intrigues, je n’aime pas cet univers ultra-codifié.

Et puis, un jour, je vois dans un catalogue que sort la traduction en français de Lady Snowblood, "le manga qui inspira Kill Bill à Tarantino". La curiosité étant le plus vilain de mes défauts, je ne pouvais que jeter mon dévolu sur ce triptyque imposant (3 tomes d’environ 500 planches chacun), mais relativement sobre dans sa présentation. De surcroît, la signalétique « Pour public averti » sur les couvertures des trois volumes reste un argument infaillible quand je cherche de nouvelles lectures.

L’intrigue de Lady Snowblood est assez simple à résumer : sous l’ère Meiji (fin du XIXe siècle), Osayo est condamnée à la prison à perpétuité. Son crime : avoir tué l’un des quatre bourreaux qui ont assassiné son mari et son fils et n’ont pas hésité à la violer au passage. Sa vie dans sa cellule se réduit à une seule obsession : enfanter celle qui la vengera. Après avoir séduit l’un des gardiens, Osayo décède en mettant au monde sa fille Yuki, celle dont la destinée est toute tracée : retrouver les trois lâches qui ont ruiné la vie de sa mère et les faire payer pour leurs crimes ignobles.

Pour parvenir à ses fins, Yuki, aka Lady Snowblood, dispose de deux armes redoutables. Primo, un sabre dissimulé dans un parapluie qu’elle manipule à la perfection grâce aux techniques martiales que lui ont inculquées les plus grands maîtres. Secundo, une beauté pure et fatale qui met à genoux toutes celles et ceux devant qui elle tombe le kimono.

Voilà pour le « pitch ». Après le western spaghetti, bienvenue dans l'univers fleuri et parfumé du western sushi. Les trois tomes de Lady Snowblood relatent donc le parcours de Yuki pour laver l’honneur de sa mère, dans un Japon miné par la corruption et un nationalisme galopant. Tout au long de sa quête s’entassent les cadavres par camions entiers. Des têtes tombent, des membres se disloquent, des corps s’ouvrent en deux comme on fendrait une bûche. C’est d’une violence extrême (on pourrait en faire, du boudin, avec toute cette hémoglobine !) et, quand Yuki range enfin son sabre, c’est pour user de son autre arme, encore plus efficace, celle qu’elle dissimule (à peine) entre ses jambes parfaites. Du sang et du cul, pour peu on se croirait sur TF1… sauf que, malgré les apparences, il flotte sur ce récit un étrange voile de pudeur. Je crois que c’est ce qu’on appelle une sobre beauté.

Après avoir refermé le troisième et dernier tome de Lady Snowblood, j’ai pu revoir mon jugement peut-être un peu hâtif sur les mangas en général. J’y ai adoré une narration qui ne respecte aucune chronologie (tiens, tiens, Tarantino…), une certaine forme de poésie dans les dialogues, la froideur polaire d’une héroïne qui me rappelait par moments le V d’Alan Moore, la violence politique du propos nuancée par des chorégraphies martiales superbement dessinées.

Je ne sais pas si Lady Snowblood est un titre représentatif de ce qu’on peut trouver d’habitude dans un manga. Mais en tout cas, j’ai vraiment accroché.