samedi 21 mars 2009

Church of Ra


Non content d’avoir sorti son quatrième album fin de l’année dernière, AmenRa revient à la charge avec la publication de Church of Ra, un petit livre qui en remet une couche (de noir) sur l’univers déjà très pesant du groupe.

Les habitués d’AmenRa se retrouveront tout de suite en terrain connu, découvrant au fil des pages photos (en noir et blanc, forcément) et illustrations qui assombrissent depuis presque dix ans déjà les pochettes de chacun de leurs disques. Au niveau des textes, on retrouve une bio (en Néerlandais) qui retrace l’histoire du groupe depuis ses débuts et lève le voile sur une partie de la mythologie et de la symbolique propres à leur musique : Dieu, la croix, les églises, la patte de corbeau, etc.

Une interview (en Anglais) vient compléter le tableau et nous éclaire (quoi que…) sur les thématiques principales de leurs compositions : le péché originel, la damnation, le sacrifice, les rites religieux. La suite se compose d’une multitude de petits poèmes ou citations lugubres (en Anglais, en Néerlandais ou en Français selon les cas), de nombreuses images plus macabres les unes que les autres et, enfin, de l’intégralité des textes des quatre albums sortis à ce jour.

Ce livre s’adresse aux fans conquis ou aux curieux avertis : comme les concerts d’AmenRa, ça ne sent pas la joie de vivre et les couleurs en sont radicalement absentes.






Les liens :


http://www.myspace.com/amenra
http://
www.ritualofra.com/
http://
www.churchofra.com/
http://kluzehellion.blogspot.com/
http://www.kluzehellion.com/
http://
www.hypertensionrecords.com/

dimanche 15 mars 2009

Des atomes, fais ce que tu veux

Dans Donnie Brasco, le personnage incarné par Al Pacino s’étouffait en apprenant la mort de John Wayne: “Comment un mec comme John Wayne a pu mourir ?”

Aujourd’hui, c’est le même sentiment qui prévaut : comment un mec comme Bashung a-t-il pu mourir ? Des mecs pareils, ça ne meurt pas. C’est censé résister aux tempêtes, tutoyer les tremblements de terre. Nick Cave ne meurt pas. David Bowie ne meurt pas. Alain Bashung ne meurt pas.

Ce n’est pas juste. S’il fallait que la faucheuse en emporte un, pourquoi pas Benabar après tout ? Un mec qui fait rimer pyjama avec mortadelle m’a l’air bien plus proche du stade terminal que celui qui interprétait encore son Résidents de la République il y a tout juste deux semaines. Et avec tellement de classe, malgré « tout ça ». La maladie dont on ne prononce pas le nom ici.

Pascal Nègre salue « un artiste atypique ». Mais je t’emmerde, Pascal Nègre. Je t’emmerde !!! Avec tous tes millions, tu ne pouvais pas trouver un subterfuge ? Regarde Iggy Pop, tout le monde sait qu’il est déjà mort trois fois. On l’a remplacé à chaque fois par un autre et personne n’a rien remarqué.

Il faudrait des lois pour interdire à certaines personnes de mourir.

En tout cas, moi, je ne suis pas d’accord. Et là je suis dans une colère noire.



Sale menteur



Il va me falloir des années pour pouvoir réécouter celles-là.


Discover Alain Bashung!

mercredi 11 mars 2009

Si tu n'as jamais vu 31knots sur scène...

... voici une très beau montage réalisé à partir d'images de leur récent concert au Café de la Danse, à Paris. Tout l'univers de 31knots en 3 minutes.


31 Knots @ Café de la Danse from Anousonne Savanchomkeo on Vimeo.

Les liens :

http://www.31knots.com
http://anousonne.free.fr

samedi 7 mars 2009

Lou Reed - Berlin : Live at St. Ann’s Warehouse


Un soir de la semaine, en rentrant du boulot dans un train bondé, je me repassais dans les écouteurs l’album de Lou Reed Berlin : Live at St. Ann’s Warehouse, soit un enregistrement en public d’un des albums les plus sombres de l’ex-leader du Velvet Underground. Enregistré en 1973 dans des conditions chaotiques (Lou est camé jusqu’au bout des tifs), l’album Berlin aura attendu près de 35 ans pour avoir droit aux plaisirs de la scène. « Plaisir » est ici un sacré euphémisme, tant l’album est miné par une chape de plomb.

Pour sa tournée Berlin, Lou Reed est passé une fois à Forest National et une autre au Palais des Beaux-Arts à Bruxelles. A chaque fois, j’ai hésité. A chaque fois, j’ai décliné. Pour deux raisons. Primo, Lou Reed n’est pas réputé pour son sens aigu du respect du public. Ne l’ayant jamais vu sur scène, je préfère entretenir avec lui des rapports distants et en conserver une image pas encore trop écornée. Tant pis pour le concert : Lou Reed, ce sera pour toujours une pile de vinyles que je pose sur la platine avec les yeux qui pétillent. Secundo, l’album Berlin est tellement intense que je ne pouvais pas l’imaginer autrement qu’avec les crachotements de l’aiguille qui râpe le microsillon. Disons que c’est une expérience qu’on préfère vivre seul chez soi avec un alcool fort, plutôt que planté au milieu d’un bon millier de conards qui ont déboursé 40 euros pour assister au spectacle.

En réécoutant ce live, un soir dans le train, j’ai réalisé que le morceau The Kids était probablement la chanson la plus déprimante que j’aie jamais entendue. Dans sa version live, elle est à peine moins insoutenable que dans sa version studio. Autour de paroles pourtant très terre-à-terre (« They took her children away ») et quelques accords de guitare qui n’ont vraiment rien d’exceptionnel, cette chanson parvient à instaurer un climat détestable et à l’étirer sur plus de… 8 minutes. En cause : ces pleurs d’enfants terrifiants qui nous gâcheraient le retour du printemps.

Si on sait aujourd’hui que les enfants en question étaient ceux du producteur Bob Erzin, deux théories subsistent quant à la manière dont leurs pleurs auraient été enregistrés. Dans le premier scénario, Lou Reed les aurait simplement enfermés dans le studio en laissant les micros branchés et se serait barré en n’oubliant pas d’éteindre avant de sortir. Quand je disais que c’était un sympa, le Lou

Dans le second scénario, c’est Bob Erzin lui-même qui aurait trouvé le subterfuge : alors que ses gosses traînaient dans le studio, il leur aurait tout simplement annoncé qu’ils ne reverraient plus jamais leur mère et aurait enregistré leurs réactions. La bonne blague.

L’histoire nous dira peut-être un jour lequel des deux est coupable de cette monstrueuse merveille (attention, un Prix Nobel s'est senti obligé de sous-titrer):



vendredi 6 mars 2009

All The Saints - Fire On Corridor X


Pour 2009, je me suis fixé un objectif: arriver à m’intéresser à un disque « normal ». Pas forcément un truc mainstream qui va passer à la radio trois fois par heure. Mais juste un album qui ne laisserait pas de débris de shrapnel entre mes neurones. Un album que je pourrais écouter la fenêtre ouverte sans que mes voisins me dénoncent à la Stasi par pur devoir civique. Un album qui me permettrait de me sentir moins extraterrestre quand un collègue, un passant, un cousin éloigné me demandera quel est le dernier disque que j’ai acheté. Un disque qui m’évitera de m’entendre dire « Tu n’es pas très rock, toi, hein ? » dans la bouche d’un nouveau collègue parce que l’idée d’aller voir AC/DC ou Metallica au Sportpaleis me laisse de marbre.

On va y aller par petites doses et on va commencer par Fire on Corridor X, premier album du trio américain All The Saints. L’idée n’est pas de m’administrer des électrochocs de pop guillerette mais bien de, progressivement, reprendre goût à des musiques moins barbares. Sans pour autant dénigrer la barbarie, entendons-nous bien.

Pour entamer ma thérapie, j’ai donc choisi ce disque un peu par hasard. En fait, j’en ai entendu un extrait (Papering Fix) sur une compile et ça m’avait plutôt mis en appétit. La curiosité a fait le reste.

Soyons francs : All The Saints n’a vraiment rien inventé. On se retrouve ici de nouveau dans un registre qui multiplie les références au répertoire des Jesus And Mary Chain, sauf que ça ne suffit pas forcément pour pondre un nouveau Psychocandy. Dans la même catégorie, on avait déjà eu l’occasion à l’époque de parler des Black Angels, de Black Rebel Motorcycle Club ou de Dead Meadow, soit tous ces groupes qui remettent au goût du jour une forme de rock psyché teinté de no-wave à lunettes noires.

Néanmoins, l’écoute de ce premier album d’All The Saints apporte son lot de bonnes surprises. Quelques titres sortent carrément du lot : Farmacia pour son break de guitares ultra bruyant, Regal Regalia pour la lourdeur de sa basse et, enfin, l’incontournable Papering Fix, véritable bombe de pop noisy baveuse.

Au rayon des ingrédients qui font mouche, on retiendra surtout le jeu de batterie, tout en audace et inventivité (c’est particulièrement le cas sur Papering Fix et Regal Regalia). La voix, par contre, passe mais à petites doses. On flirte parfois avec The Cooper Temple Clause ou pire, ces Anglais poilus qui ont spolié le nom d’une boisson non pétillante à la saveur tropicale.

[Maudit soit qui ose en prononcer le nom ici]

Quant aux ballades guitare-tambourin (Leeds, Mil Mil), je préfère ne même pas en parler, au risque de me replonger illico dans une décade d’écoute de métal bourrin.

Verdict de ce retour dans la musique civilisée : thank god I survived. Je dois admettre que je ne me promenais pas non plus en terre inconnue. Mais c’est vrai qu’il y a quelques bons morceaux sur cet album. Finalement, on en revient toujours au même débat : mieux vaut un bon EP de 5 titres qu’un album moyen de 10 titres.

A regarder : Half Red (extrait d’un premier EP éponyme sorti en 2006 qui avait l'air de bien ramoner)



Le lien

Sur MySpace : http://www.myspace.com/allthesaints

dimanche 1 mars 2009

Justine Niogret - Et toujours le bruit de l'orage


Nous y voilà : le livre qui a failli être mon dernier (et que j’ai failli ne jamais terminer). Le bouquin qui m’a presque fait passer l’arme à gauche, celui à la lecture duquel je me suis littéralement étouffé.

L’ironie dans toute cette histoire, c’est que je suis intimement persuadé que Justine Niogret elle-même aurait été flattée d’apprendre qu’on aurait retrouvé mon cadavre dans ma baignoire, tenant d’une main raidie son Et toujours le bruit de l’orage.

Il faut dire que le thème de la mort empeste tout au long des 190 pages qui composent ce premier recueil de nouvelles : le deuil, la solitude, la douleur, le sacrifice, la mélancolie, le meurtre, le chagrin, le suicide, la perte de l’être cher, l’amertume, le désespoir, le petit grain de folie qui vous fait basculer de l’autre côté.

Autour d’une quinzaine de textes courts mais enrobés, on y croise des personnages mal dans leur peau, des criminels en herbe, des apprentis cannibales, des guerriers durs comme la pierre qui tombent soudain amoureux, des enfances volées, des dédales, des labyrinthes mentaux, des fleurs fanées, des ciels lourds et sombres.

Les ambiances ne sont pas toujours faciles à cerner, mais les amateurs de décors désolés y trouveront leur compte. Le style est passionné mais assez déroutant, alternant douceur poétique et violence haineuse. Une plume lourde et radicale, sans merci. Dépressifs chroniques s’abstenir.

Trois nouvelles particulièrement éprouvantes m’ont cueilli au menton : Les autres, Le Jour de la Belladone et l’insoutenable La Grange, dont la chute m’a carrément mis les tripes à l’air. Moi qui aime en prendre plein les dents, j’ai été servi.

Extrait de « Le Jour de la Belladone » :

« Je n’ai plus de nom. Je n’ai plus de nom et je suis seule. Je regarde par ma fenêtre et je les vois passer, eux, les autres, les femmes et les hommes. Ils ont des noms, des mains sur leurs chairs, le soleil dans leurs cheveux. Moi, je suis seule, seule à en mourir et je n’ai plus de nom.

J’ai dû en avoir un, autrefois, un nom qui faisait sourire mes parents, qu’ils m’avaient donné parce que j’étais moi, unique, leur enfant, leur amour, leur espérance. Ils ont dû le chuchoter vers moi, les nuits trop sombres où j’ai eu peur, ils ont dû le crier, les jours de soleil où j’ai roulé avec eux sur les herbes, bébé brun, le nez dans l’odeur de ma mère, sa chair sur la mienne, le goût de son lait dans ma gorge.

Puis les prêtres sont venus me prendre. J’imagine que ma mère a fermé les paupières sur ses larmes, que mon père a ravalé ses sanglots. Mais ils m’ont prise tout de même. Ils ont pris leur unique, leur enfant, leur amour, leur espérance. Ils ne leur ont laissé que mon nom. »

Justine Niogret, Et toujours le bruit de l’orage, Le Calepin Jaune Editions, 2008

Les liens

Le Calepin Jaune Editions

Le blog de Justine Niogret (version 1)

Le blog de Justine Niogret (version 2)