mardi 23 mars 2010

Pterodactyl live à L'Escalier (Liège, le 21 mars)

Pterodactyl, je crois que ça fait au moins deux ans que j’en parle ici. Dès la première écoute de l’album Blue Jay, j’ai su que je voulais les voir sur scène. J’étais tellement désespéré que j’étais prêt à traverser l’Atlantique pour aller me frotter en frontal à leurs crachats de guitares.

Et puis, une première tournée hors USA qui se dessine. Et miracle, comme pour me remercier, une première escale à Liège en guise d’ouverture de cette escapade européenne. Merci les gars.

Alors autant se la jouer franco : ce n’était pas tout à fait LA claque que j’espérais. J’aurais voulu me faire décrocher la mâchoire, en perdre l’usage d’une oreille et contracter une érection telle que j’aurais été incapable de reprendre le volant pour rentrer, faute de recul nécessaire sur le siège coulissant de ma Volkswagen. J'ai toujours été trop exigeant.

Néanmoins, il faut être honnête : ces petits gars savent se donner sur scène. Je dis « petits gars » parce que les Pterodactyl, c’est vraiment encore des gamins. Je ne suis pas sûr qu’ils atteignent les 70 balais à eux trois. Quand ils passent en revue l’album Worldwild (seuls les emblématiques Polio et Esses seront puisés du premier album), c’est avec un tel acharnement qu’on pardonne les yeux fermés les quelques « errements » d’une guitare qui a du mal à tenir l’accordage sous des assauts d’une telle sauvagerie.

Sur scène, Pterodactyl reproduit à la virgule près la dualité qui m’a tout de suite fait craquer : d’un côté un bordel sonique sans nom, de l’autre une certaine naïveté pop soulignée par des refrains haut perchés. Certains leur reprocheront une rigueur assez approximative. Personnellement, j’y ai surtout décelé une fraîcheur revigorante et toute bienvenue pour souligner l’arrivée du printemps.

Pour ne rien gâcher, Pterodactyl a profité de l’occasion pour annoncer la sortie imminente d’un nouvel album sur le label suédois Deleted Art. La bête intitulée Arnold’s Park devrait être disponible d’ici quelques jours. Et comme les bonnes nouvelles n’arrivent jamais seules, The Green Corridor, un split EP avec Oneida, est également prévu dans les jours qui viennent, cette fois sur le label allemand Altin Village.

Les trois New Yorkais nous en ont offert un premier aperçu dimanche soir. Ceux qui espéraient qu’ils fassent enfin preuve de retenue risquent d’être déçus…

A regarder : First Daze



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Sur le label Deleted Art
Sur le label Altin Village
Sur le label Brah Records
Sur le label Cardboard Records

New Quizz On The Blog # 01 : les incohérences du système métrique


Toi aussi, tu te poses des questions existentielles ? Toi aussi, tu veux percer des mystères restés hermétiques aux cerveaux des plus grands philosophes ? Toi aussi, tu penses que l’internaute moderne t’apportera les réponses que tu cherches ?

Pourquoi les dobermans n’ont-ils qu’une couille ?
Punky Brewster couchait-elle vraiment avec Henry Varnimont ?
Que reste-t-il de la 7e Compagnie ?
Comment se brosser les dents avec un chien mort ?
Que signifie l’expression « faire tenir quatre jambons avec un clou » ?

Alors rejoins sans plus tarder la communauté New Quizz On The Blog et partage avec tes petits amis le distillat de ton abondante matière grise. Toi aussi, aide-nous à faire avancer l’humanité là où la physique quantique a montré ses limites.

Toi aussi, exprime-toi chaque semaine sur une nouvelle question qui turlupine l’internaute moderne.

Cette semaine : ce que le système métrique nous a toujours caché.

Note pour les aveugles : la question de la semaine se trouve en haut de la colonne de gauche.  

samedi 20 mars 2010

The Slew - 100%


Pour commencer le printemps sur une bonne note, et si on remuait un peu du popotin ? Le mercure remonte, les journées s’allongent, le bleu du ciel commence à percer… tout ça sent les barbecues, les apéros, les fêtes en tout genre et surtout la musique à fond, la fenêtre ouverte.

A chaque fois que la belle saison revient, un phénomène étrange me pousse à accompagner les premiers rayons de soleil d’une musique plus dansante. Va savoir pourquoi. Cette année, l’heureux élu s’appelle The Slew. Sorti sur Ninja Tune, ce « super groupe » (encore un !) rassemble Kid Koala, Dynomite D (bien connu dans l’entourage des Beastie Boys) et une partie des musicos de Wolfmother. Oui, oui, tu lis bien : des légendes de hip hop qui côtoient ceux qui se voudraient les Led Zep de l’hémisphère sud.

L’idée de la collaboration est partie d’un projet de musique de film avorté, sur lequel les chevelus australiens sont venus poser leurs batteries et guitares très 70’s. Le concept aurait pu accoucher d’une soupe indigeste, façon boulettes faisandées et légumes radioactifs. Que nenni.

On se retrouve bien ici dans la catégorie des toutes grosses cylindrées et l’esprit des Beastie Boys n’est d’ailleurs jamais bien loin. Les samples et les références pleuvent sous un beat toujours soutenu, les scratches débarquent par camions entiers, les bouclés se chargeant du côté vintage. C’est du hip hop / rock bien ficelé, le truc qui t’oblige à frapper le volant de la bagnole en agitant la tête en rythme en regardant les piétons avec ce regard qui dit « Elles sont nazes, tes baskets ».

Bien évidemment, c’est bourré de clichés. Ce n’est même qu’un seul et gros cliché de la première à la dernière note. Mais bon dieu, que c’est bien torché, cette affaire-là.

A regarder : la vidéo de It's all over



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Acheter l'album sur Ninja Tune.
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dimanche 7 mars 2010

Russian Circles - Geneva


Les enfants, on sort une feuille de papier et un stylo. Et on note le sujet de dissertation de ce soir : « Si le rock est mort, le post-rock est-il post-mort ? »

A juger le nouvel album de Russian Circles, j’aurais tendance à répondre par la négative. Non, parce que ce post-rock-là peut encore se montrer imaginatif et redoutable, surtout quand il nous épargne les interminables coulées d’arpèges plaintifs et dégoulinants. Voilà donc un album de post-rock varié et pimenté, qui s’écoute à rebrousse-poil.

Le trio de Chicago balance la sauce, négocie ses virages au frein à main, fait monter la température au-delà du raisonnable et a la bonne idée de confiner ses compositions sur des durées mentalement acceptables pour une oreille normalement constituée. A écouter à fond les ballons, l’album se révèle d’une grande richesse : influences punk, grosses montées dans les tours, présence de cuivres ou de cordes pour calmer le traumatisme après la tempête, samples finement disséminés, etc.

Ça sent le classique du genre… et pourtant c’est diablement bien torché. Moi qui ai tant de mal avec les violons, je les trouve ici presque agréables.

Un album qui ne déplaira pas aux fans des Japonais de Mono ou des regrettés Anglais de Bossk.

A regarder : Geneva (live)




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dimanche 21 février 2010

She's chosen darkness

Il y a quelques mois, j’expliquais comment, confronté à la mort soudaine de mon grand-père, je m’étais retrouvé totalement désemparé au moment de choisir le cd qui m’accompagnerait dans la voiture, sur la route du funérarium.

Comme souvent dans ces cas-là, ma grand-mère n’a pas tardé à lui emboîter le pas. Difficile en effet de trouver un sens au veuvage après 65 ans de mariage.

Vendredi après-midi, celle qui laisse derrière elle une encyclopédie de souvenirs et d’anecdotes usées à force d’être resservies à chaque fête de famille s’en est allée dans un ultime soupir, long et froid. Cette fois-ci, point de réelle surprise : la grande dame était alitée depuis une semaine, rongée de partout par cette saloperie de crabe qui nous emportera tous, à la dérive quelque part entre la mort et un état qui n’était déjà plus tout à fait la vie.

C’était donc le dernier voyage d’une grand-mère assez rock’n’roll en réalité. Même si elle n’a sans doute jamais écouté le moindre accord de guitare. Une grand-mère avec un cœur énorme mais affaibli, un caractère en acier trempé, un sens inné pour raconter des histoires interminables. Une grand-mère qui, il y a quelques années seulement, me prenait à contre-pied en relatant ces deux épisodes incroyables qui l’avaient à chaque fois amenée derrière les barreaux… même si ce n’était que quelques heures en garde à vue.

Eh ouais les mecs, ma mémère, elle a fait de la taule. Qui n’a jamais rêvé d’avoir une grand-mère aussi cool ? Si j’avais su ça quand j’avais 10 ans, j’aurais été le roi de la cour de récré.

Ce vendredi, quand le téléphone a sonné vers 16 heures, quand mon cousin était à l’autre bout du fil pour m’annoncer « C’est fini, elle n’a pas souffert », mon pc était en train de passer une chanson du groupe I Love You But I’ve Chosen Darkness : The Ghost. Je ne suis pas très pratiquant des superstitions et autres sciences des coïncidences, mais j’aime bien l’idée qu’il pourrait y avoir là-derrière un dernier clin d’œil. Elle m’aimait mais a préféré les ténèbres. Comme je la comprends. A sa place, j’aurais fait pareil.

A trente ans, me voilà donc sans grands-parents. Mais la tête pleine de souvenirs en technicolor, le ventre plein de fierté et les yeux éblouis par des modèles du genre. Quand je serai grand-père à mon tour, j’aurai de qui m’inspirer.



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dimanche 14 février 2010

Depuis que je n'aime plus le gris

Je n’aurais jamais cru devoir en arriver là. Mais c’est un fait, la réalité m’est violemment apparue ce matin : je n’aime plus le gris. Pourtant, jusque là, le gris était ma couleur préférée. Au même titre que le vert, le bleu et le noir. En mélangeant ces quatre couleurs, on obtenait ma couleur préférée.

Plus maintenant.

Plus depuis cette espèce de chape grise qui nous écrase depuis deux mois. Le ciel est gris, le sol est gris, la neige est grise. J’en ai marre de tout ce gris. Ce voile épais m’exaspère. Ce brouillard à moitié opaque m’assomme de jour en jour. Je lève la tête et une sorte de fumée de cigarette lourde et grasse s’abat sur moi, m’écrase la tête et les épaules.

Le gris, je l’aimais bien parce qu’il contrastait avec les autres couleurs. Au milieu d’un monde dominé par le rouge, le vert, le jaune et le bleu, le gris permettait de marquer une rupture, d’affirmer son originalité, de réfuter un discours chromocentrique majoritaire. Mais à quoi bon sortir ses gants gris, son écharpe grise, son manteau gris si, dehors, tout est déjà gris ? Ce ton sur ton de gris est insupportable. C’est comme se faire avaler tout cru par un monstrueux pachyderme bouffeur de planètes. Même les carrés d’asphalte qui apparaissent ça et là entre deux plaques de neige ont un plus bel éclat que cet air ambiant, triste et pesant. L’élément le plus coloré du décor aujourd’hui, c’était un chat écrasé sur le bord de la route.

Le gris, avant, c’était comme une paire de lunettes de soleil, un moyen de se protéger contre les agressions de l’extérieur. Et voilà que le gris devient à son tour agresseur. En plus, le gris, si on en abuse, ça déteint, c’est contagieux. Les mines deviennent grises, les pupilles, les joues, les cheveux, les dents. C’est l’impérialisme du gris. Une pandémie bien plus dangereuse que la grippe mexicaine. Pire que le retour de la lèpre. Qui peut encore prétendre ne pas avoir été contaminé ?

Je n’aurais jamais cru devoir en arriver là, mais la vérité a fait son chemin : j’ai besoin de soleil. Ça me crève de l’avouer, mais la lumière me manque. Le noir et blanc, je n’en peux plus : j’ai envie de couleurs chatoyantes. Il me faut un bout de ciel bleu de toute urgence. Et plus vite que ça, bordel ! Des rouges vifs, des jaunes aveuglants, des verts éclatants et des bleus pétillants. La température, je m’en tape. J’exige juste de la clarté à la place de la brume délavée. Le premier rayon de soleil sera le meilleur, nous débarquerons en masse sur les terrasses et tant pis si nous devrons garder nos moufles pour déguster un Ricard ou une sangria. Mais on le fera, les gars. On célèbrera le retour du printemps comme jamais. On brûlera nos pelles à neige, on recommencera à mettre plus de sel dans nos pâtes que sur nos trottoirs gelés.

On fêtera Ra, le dieu soleil. Quand il daignera revenir.
L’euphorie durera quelques temps. Le temps de s’habituer à ce nouvel environnement coloré.

Ensuite, je le sais, je recommencerai à apprécier le gris, parce qu’on ne se débarrasse pas aussi facilement d’un caractère aussi profondément ancré. Mais là, aujourd’hui, en cet instant précis, le gris, je n’en veux plus. Casse-toi, le gris.

mardi 9 février 2010

Shrinebuilder : s/t


Shrinebuilder, c’est ce qu’on appelle un super groupe. Une sorte de dream team du metal. Le Real de Madrid du doom. C’est un peu comme une brigade canine qui rassemblerait Milou, Idefix et Rantanplan. Shrinebuilder est au gros rock ce que 1 2 3 Soleil est au raï. La Ligue des Justiciers en version tatouages et guitares qui tachent.

Annoncée en fanfare depuis bientôt un an, la super formation se compose de Scott Kelly (Neurosis), Al Cisneros (Om, Sleep), Dale Crover (Melvins, Nirvana) et Scott "Wino" Weinrich (Saint Vitus, The Hidden Hand). Que du lourd, que du lourd.

Il y a deux façons d’écouter ce premier super album.

Primo, faire le malin parce qu’on a un (aussi) un beau diplôme universitaire qui ne sert à rien sur lequel apparaît le mot « sociologie ». Et se souvenir que, par définition, le propre d’un groupe, c’est de dépasser la somme de ses composantes. Dans ce cas, Shrinebuilder sent le pétard mouillé à plein nez. Ce n’est pas forcément donné de faire taire des personnalités comme celles de ces quatre gaillards. Du coup, en fonction des morceaux, Shrinebuilder sonne tantôt comme du Neurosis, tantôt comme du Om, tantôt comme du Saint Vitus, tantôt comme du Melvins. Mais rarement comme une entité supérieure, censée représenter Shrinebuilder. De ce point du vue, l’alchimie ne prend pas vraiment.

[Heureusement, il existe une autre façon d’écouter ce disque. Une façon qui commence par le mot Secundo. Attention, c’est parti…]

… Secundo, tu peux simplement mettre un cd dans ton autoradio et te dire que tu vas écouter un putain d’album de rock. Un truc dense, compact, qui balance la sauce à chaque coup de mediator sur les six cordes d’une guitare un peu trop saturée. Un album qui, du début à la fin, lorgne du côté de Black Sabbath parce que, finalement, c’est la bande à Tony Iommi qui a tout inventé il y a plus de 30 ans déjà. Tu peux simplement te mettre derrière le volant et ramasser une baffe à te décrocher la mâchoire. Et te dire que tu passes un super moment.

Ouais, les super groupes, c’est ça aussi.

J’ai hâte de vérifier ce que ça donne sur scène. Le 19 avril à Courtrai.

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