mardi 15 avril 2008

Sixteen Horsepower – Live March 2001


Cheval noir en blues blanc

On pourra toujours se demander quelle folie a poussé David Eugene Edwards à dissoudre Sixteen Horsepower en 2005. Les «divergences philosophiques et politiques» évoquées laissent la porte ouverte à toutes les interprétations. Mais au moins, on peut se réjouir d’avoir hérité d’une discographie irréprochable, une chevauchée de plus de 10 ans, emmenée par un leader charismatique, bien qu’un poil tyrannique.

Pour moi, 16HP restera à jamais ce groupe inclassable, hors du temps, qui puisait son inspiration et ses sonorités dans les racines de la musique US : le rock, bien sûr, mais aussi le blues, la country, le gospel et le folk. Pas le folk hippie « cheveux longs, idées courtes » façon Joan Baez, mais bien le folk originel au sens de « musique folklorique ». Folklore est d’ailleurs le titre du dernier album studio du groupe. Cette recette mêlait guitares slides, contrebasses, banjos, accordéons et violons, associés à la voix inimitable d’un David Eugene Edwards possédé, qui truffait ses textes de références bibliques.

Tous les éléments étaient rassemblés pour que je déteste profondément cette musique (Dieu, les banjos, les accordéons) et pourtant, j’y suis devenu totalement accro. Pourquoi ?

D’abord parce que 16 HP est avant tout un groupe de rock : énergique, puissant, indomptable, imprévisible. Certaines parenthèses purement country (sur l’album Folklore par exemple) sont d’ailleurs carrément risibles. Mais fondamentalement, 16 HP, c’est du rock. Electrique et velu.

Ensuite et surtout parce que 16 HP sur scène, c’était une tornade. J’ai le souvenir d’un concert qui avait atomisé la plaine de Dour : David Eugene Edwards, implorant le Tout Puissant les yeux révulsés, passant de la guitare au banjo, du banjo à l’accordéon, et de l’accordéon à la guitare, suant comme le Mississipi, et envoûtant tout le Borinage en terminant son set par une reprise de Heart and Soul de Joy Division. Le paysage désolé des anciens charbonnages de Dour n’avait jamais été aussi bien mis en musique. Les concerts de 16 HP, c’était une grande communion mystique, une expérience spirituelle autant que musicale.

Mais voilà, même les scènes les plus vastes du monde sont parfois trop étroites pour accueillir les égos des purs sangs.

Aujourd’hui, trois ans après avoir jeté l’éponge, 16 HP publie son testament sous la forme d’un double album live. Le groupe avait déjà sorti une première collection d’enregistrements live avec Hoarse. Ici, il s’agit bien d’un concert capté dans son intégralité, soit 18 titres. Il fallait voir à l’époque avec quelle virulence David Eugene Edwards engueulait sur son site officiel les fans qui enregistraient des concerts sur minidisc pour comprendre le soin qui a été porté à la production de ce double album. Ces deux disques balaient toute la carrière du groupe, en commençant évidemment par American Wheeze, le titre le plus emblématique de leur répertoire, avec sa farandole funèbre jouée à l'accordéon. Difficile pourtant de sortir du lot l’une ou l’autre chanson, tant l’ensemble du concert frise la perfection. Forcément subjectif, je retiens toutefois Burning Bush, une de mes chansons préférées avec son refrain rouillé et son piano avare, les explosifs I seen what I saw et Haw, la montée en puissance de Splinters. Mais comment ne pas évoquer non plus les reprises : 24 Hours de Joy Division et The Partisan de Leonard Cohen. La première est jouée à la cravache, la seconde au petit trot. C'est d'ailleurs The Partisan qui me plait le moins : le texte est trop évident, trop carré, pour vraiment coller à l'univers du groupe.

Enfin, et c’est mon seul regret, j’aurais tant voulu y retrouver Horse Head, morceau qui figure sur le premier album Sackcloth & Ashes et qui avait été complètement disséqué pour le live Hoarse. Pour le reste, ce double live est une pure merveille, un don du ciel pour ceux qui, comme moi, n'ont toujours pas digéré la séparation de 16 Horsepower. Les groupes qui nous marquent le plus sont ceux qui sont parvenus à faire tomber certaines cloisons qui empêchaient nos esprits étroits de fonctionner à plein régime. 16HP est de ceux-là, pour m'avoir fait comprendre qu'on pouvait intégrer des éléments de country (musique que je déteste autant que le foie de veau) dans le rock, sans tomber dans le mauvais goût.

Pour les autres, ce double live est la meilleure entrée en matière qu'on puisse imaginer pour aborder la musique de 16 Horsepower.

A noter aussi que David Eugene Edwards se consacre désormais à Woven Hand, projet qui utilise les mêmes ingrédients, mais au profit cette fois d'une approche un peu plus conceptuelle. Le bassiste Pascal Humbert et le batteur Jean-Yves Tola ont fondé de leur côté Lilium. Les passerelles entre les deux groupes sont courantes, les uns invitant les autres à collaborer à l'occasion. Mais l'esprit 16 HP, celui qui fait s'hérisser les poils abondamment dispersés sur mon bras tatoué à chaque écoute, cet esprit-là a disparu en ce jour de 2005. Quel bonheur de le retrouver sur un double live. Quel bonheur.

A regarder : American Wheeze (live)





A regarder : Heart and Soul (live)


A regarder : Haw (live à Nulle Part Ailleurs)


Les liens intéressants:

Un site de fan : www.16horsepower.com
Wovan Hand : www.wovenhand.com
Lilium : www.myspace.com/liliummusic
Et sans oublier, une évocation fanatique, fondamentaliste, hormonale, presque clitorienne, de 16 Horsepower : http://lecridupapillon.blogspot.com/


7 commentaires:

Polly Magoo !!! a dit…

Clitorienne? Clitorienne ???????
Non mais oh, là, enfin, voyons : ce mot n'existe pas!!!
Je suppute que tu as voulu dire "clitoridienne"...eh là pareil : Non mais enfin, oh, quand même...Si je voulais rester dans tes propos je te dirais que ça se situerai plus en profondeur...mon amour pour Sixteen Horsepower (que j'écris en entier car fondamentaliste ;).
Donc il est bien. A partir de maintenant je sonne les cloches à genoux pour rameuter le chalan en terre sainte. Quand tu penses que je suis même pas baptisée et hyper agnostique et anticléricale, c'est une folie cette dévotion pour ce groupe.
Tu l'expliques beaucoup mieux que moi.
merci.

nkotb a dit…

j'avais pensé à d'autres termes : clitoresque, clitorageuse, clitomane. Clitorien(ne) est dans mon dico, tout comme fulgurochien, bacardiesque ou gyprocable. C'est pour ça qu'il y a plein d'espaces vides dans les dicos, c'est pour les remplir avec les mots qu'ils ont oubliés. Ou plutôt "censurés". C'est la grande conspiration silencieuse des effaceurs de mémoire. D'ailleurs, apparemment, même le mot effaceur a été censuré du dico. Le jour où les écriveurs de dicos organiseront les jeux olympiques, je les boycotterai. Ha ha ha (rire diabolique du Dr. Mad)

Polly Magoo !!! a dit…

Ah oui, donc, ce n'était pas un mythe, l'histoire de l'opération du cerveau...MMmm. Bien. Nous allons sagement rentrer à la maison, maintenant, hein, on a des pilules à prendre.


Psst, psst : on est dans la blogothèque, on est dans la blogothèque !!! (rire hystérique).

slim911 a dit…

Dites, là où je travaille y a des médecins très compétents pour s'occuper des gens comme vous :-)
Devinez ce que j'étais en train d'écouter quand j'ai commencer à lire l'article? Allez un p'tit effort...Sackcloth & Ashes comme quoi y a pas de hasard. Et je dois dire que je n'ai jamais retrouvé la magie de ce premier opus dans les albums suivants. J'ai un ami qui a dit ) propos de 16hp : "Nick Cave qui ferait du folk" A quand une reprise des 16 par le grand nick? Tiens si on ose on lui demandera demain.

Allez, c'est l'heure du traitement

You don't understand dear man
The little angel held out her hand
Sayin' father, father i love you
O praise jesus i got her

Anonyme a dit…

adorer 16 horspower n'a rien d'incompatible avec le fait d'aimer joan baez.
on à également le droit de ne pas aimer joan baez.par contre dire qu'elle fait de la folk pourrie pour hippie du dimanche on peut pas. à moins évidement de ne jamais l'avoir écoutée,de ne pas comprendre ce qu'elle chante et surtout d'être infoutu reconnaitre une grande voie.

Anonyme a dit…

putain la taloche !

Anonyme a dit…

'love You Emilie-Rose ;-)