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jeudi 20 novembre 2008

Red Snapper - Pale Blue Dot


Drôle de parcours que celui de Red Snapper. Ex-meilleur espoir d’une scène britannique qui cherchait le chaînon manquant entre The Herbaliser et Roni Size, le groupe londonien n’a cessé de se métamorphoser, passant du jazz à la drum’n’bass, de la soul au hip hop, avant de se dissoudre en 2002. Au passage, plusieurs DJ, MC et chanteuses ont profité d’un album ou d’un EP pour prendre le train en marche, avant de se faire débarquer à l’arrêt suivant.

Début 2007, après une série de concerts plébiscités outre-Manche, le groupe décida de reprendre le chemin des studios, se concentrant dans un premier temps autour de la formation initiale : le batteur Richard Thair, le guitariste David Ayers et le contrebassiste Ali Friend. Au passage, ils s’adjugèrent les services du saxophoniste Tom Challenger. What’s in a name…

Le résultat vient de sortir dans les bacs : Pale Blue Dot, un album court et nerveux (6 titres + 2 remixes pour l’édition limitée), 100 % instrumental et enregistré en conditions « live ». Ça donne un disque brut et sans artifice qui met en valeur l’essence-même du son de Red Snapper. Dépouillé, débarrassé des effets bling bling, il n’en reste que la colonne vertébrale, mais quelle colonne ! Pas l’ombre d’une scoliose, pas de trace d’une éventuelle hernie discale, pas une vertèbre qui dépasse. Du « fuckoffjazz », comme le décrivent les principaux intéressés, qui tourne principalement autour des dialogues contrebasse-guitare et vire par moments vers le rock progressif de King Crimson (Wanga Doll). On est loin, mais alors là très loin, de l’étiquette trip hop qui aurait pu leur coller aux basques aux débuts.

D’où la question qui tue : à qui s’adresse ce disque ? Franchement, pas facile à dire. Une chose est certaine : celles et ceux qui, à une époque, ont écouté Red Snapper entre Hooverphonic et Neneh Cherry vont dégueuler. Mais logiquement, ceux-là devraient avoir déjà quitté le navire avec le très excentrique Our Aim Is To Satisfy Red Snapper, sorti en 2002 et au titre qui en disait déjà long sur les intentions de la bande.

Par contre, les oreilles un peu plus exigeantes, plus patientes aussi, se plairont à retracer le fil de cette discographie chahutée et à reconnaître dans ce Pale Blue Dot la suite cohérente et inéluctable de tout ce qui a précédé. On peut donc sans trop se mouiller prédire un succès qui va se limiter à quelques « initiés », dans la discrétion du cercle familial.

En ce qui me concerne, j’adhère à 100% à cette démarche que je salue d’un respect infini. Que ceux qui y perdent leurs petits ne se dispensent pas de l’écoute hautement recommandée des vieilles perles que sont Prince Blimey et Making Bones.

A regarder : Clam (extrait de Pale Blue Dot - 2008)



A regarder : Some Kind Of Kink (extrait de Our Aim Is To Satisfy Red Snapper - 2001)



A regarder : Image Of You (extrait de Making Bones - 1998)



Les liens

http://www.myspace.com/redsnapperofficial

http://www.lorecordings.com/




jeudi 13 novembre 2008

SMV - Thunder


Je vais jouer au vieil homme sérieux aujourd’hui. On disait que j’étais un peu plus âgé, la sagesse incarnée qui s’exprimerait à travers une barbe grisonnante et une paire de mules en poils de chameau. On disait que j’avais une chaîne Bose, payée par mon épargne pension, avec des enceintes trois voies disposées de chaque côté d’un fauteuil en vrai cuir (en VRAI cuir !), la raie sur le côté et une veste en tweed rapiécée au niveau des coudes. On disait que je toisais mon prochain perché sur un goitre d’autosatisfaction.

On disait que malgré mon âge certain et mes pattes d’oie d’homme mûr, j’avais conservé l’amour de ce merveilleux instrument qu’est la basse. Notamment, parce qu’un jour, alors que j’étais étudiant - souvenir en noir et blanc - un ami m’a parlé pendant de longues heures de Jaco Pastorius.

« Et Jaco ceci. Et Jaco cela. »


A l’époque, je n’étais pas encore vieux et sage, je vous le rappelle, je me moquais des bassistes comme des guerres franco-prussiennes. La bêtise typique de celui qui n’a atteint que les vingt printemps m’amenait à considérer les bassistes comme des guitaristes ratés obligés de supprimer deux cordes à leur arc pour éviter l’humiliation de la fausse note.

Pour le jeune moi, le bassiste n’était qu’un élément du décor musical, le copilote, la cinquième roue du carrosse, l’éternel deuxième, le Poulidor du rock, celui qu’on avait mis là parce qu’il n’y avait plus personne, l’Olivier Chastel de la Clé de Sol, le gardien remplaçant, le journaliste du 13h. Dans Hélène et les Garçons, Hélène se tapait le guitariste, pas le bassiste qui a d’ailleurs changé deux fois.


Et puis j’ai rencontré Jaco Pastorius et un autre monde s’est ouvert à moi. J’ai découvert des notes que je n’avais jamais entendues, un doigté (du calme, bande de cochons) que je ne connaissais pas. Pour être tout à fait honnête, je n’avais jamais entendu personne jouer de la basse avant Jaco.


Depuis, on m’a prêté une basse que j’ai rendue des étoiles plein les yeux. Ensuite j’ai acheté MA première basse que j’ai revendue un an plus tard pour m’offrir LA Fender Jazz Bass qui partage mon lit quand madame n’est pas là (du calme, bande de cochons, ce n’est qu’une façon de parler). Pas plus tard que ce week-end, j’ai même investi dans un nouvel ampli.

Aaaah la basse : tellement langoureuse, voluptueuse et sexy. Les notes sautillent et dansent dans l’oreille. On maltraite une gratte, mais on caresse une basse. Du bout des doigts. De la pulpe du doigt. Finalement, vous aviez raison, bande de cochons : la basse a vraiment une connotation sexuelle. La longueur du manche, la courbure du corps, l’épaisse rondeur des cordes, ces notes qui ronronnent quand glisse la main sur une touche de palissandre et qui giclent par saccades quand on joue en slap. Mmmmm…

Nom de Dieu : c’est carrément un instrument porno.(cool, ça va faire grimper le nombre de clics)

[silence du vieux sage qui reprend son souffle, s’éponge le front d’un mouchoir à carreaux et réajuste son pantalon de pyjama]

Hum…

Tout ça pour dire que… Pardon. Hum...


Je reprends. Tout ça pour dire que les trois dieux vivants de la basse jazz ont croisé leur instrument sur un même album. Trois générations de musiciens de légende : Stanley Clarke, Marcus Miller et Victor Wooten, ou SMV pour Stanley, Marcus et Victor. Trois approches qui ont révolutionné la pratique de la basse. Trois cv longs comme un réveillon passé aux urgences : des collaborations avec Chick Corea, Ali Di Meola, Miles Davis, Aretha Franklin, Prince, Wayne Shorter, AL Jarreau, Dave Matthews, Prince, etc.

Quand ces trois bêtes partagent un studio, ça donne un album de jazz forcément extrêmement élitiste, mais techniquement parfait. Ça sent l’onanisme à plein nez mais qu’est-ce que c’est bien foutu. Qui aurait soupçonné qu’un instrument à quatre cordes aurait pu enfanter de telles cascades ? En effet, l’art consiste chez ces virtuoses à faire sonner leur instrument comme tout… sauf une basse.

- Ben merde alors, elle peut faire ça aussi ma basse ?

- En théorie, mon petit. En théorie.

Evidemment, le petit musicien amateur qui s’écorche l’épiderme pour aligner trois notes correctes risque de revendre la belle et de se contenter de Guitar Hero en prenant la mesure du gouffre intersidéral qui le sépare des maîtres absolus. Courage les gars : Marcus Miller a mis cinq ans pour apprivoiser la technique de Jaco Pastorius et Stanley Clarke. Résultat : à 21 ans, c’était déjà le petit protégé de Miles Davis.

Qu’avons-nous fait de toutes ces années, mes enfants ? Mais qu’avons-nous fait ?

A regarder : SMV joue Thunder au Casino de Paris:



A regarder: Jaco Pastorius avec Weather Report au Festival de Montreux en 1976



Les liens

www.smvmusic.com

www.marcusmiller.com

www.stanleyclarke.com

www.victorwooten.com

www.jacopastorius.com

Le numéro d'octobre de Jazz Magazine consacrait son dossier au trio SMV et proposait une liste très intéressante des 20 meilleurs albums de basse jazz de tous les temps.

mardi 30 septembre 2008

Moulin avant


Je ne suis pas du genre à hurler au génie dès que quelqu’un passe l’arme à gauche. D’ailleurs je n’aimais pas du tout ses derniers albums trop lounge. Je ne lisais plus ses chroniques dans Télémoustique avec autant de plaisir qu’avant, depuis qu’il tirait sur tout ce qui bouge, oubliant parfois le sens de la nuance. Son côté donneur de leçons m’agaçait un peu.

Néanmoins, ça m’a fait un choc quand j’ai appris cet après-midi que Marc Moulin était décédé.

Ses premiers albums étaient divinement bien foutus (à réécouter les Placebo Sessions et le légendaire Sam’ Suffy), ses collaborations avec Aksak Maboul font l’objet d’un véritable culte, les délires de Telex sont toujours incompris trente ans après le crime et son feuilleton radiophonique « Les Tilkin » reste inégalé à ce jour.

Maintenant, on va être assailli sous les hommages, sûrement jusqu’à l’overdose. Et on nous rappellera qu'il a produit Lio ou Chamfort.

En attendant, profitons de ces grands moments.




A regarder
: Placebo (pas l’autre) en live dans les années 70










A regarder
: Telex à l'Eurovision en 1980 (ils avaient terminé bons derniers)



Les liens

Le site officiel : http://www.marcmoulin.com/
La page d'Aksak Maboul : http://crammed.greedbag.com/aksak-maboul/
Aksak Maboul sur MySpace: http://www.myspace.com/aksakmaboul