mardi 18 août 2009

Pourquoi je n'ai jamais voulu vieillir

Parce que des gars comme les Melvins ont gardé la tête suffisamment froide pour continuer à jouer pour des gamins, comme des gamins. A leur âge, j’aurais adoré être là (et j’aurais filé un coup de latte au mouton au passage).

A regarder : The Melvins visit Pancake Mountain




vendredi 14 août 2009

L'album : in memoriam


Thom Yorke l’a annoncé : Radiohead ne devrait plus sortir d’album. Le groupe d’Oxford se contentera désormais de sortir des singles et des EP qui seront téléchargeables sur le net. On imagine que les œuvres seront toujours disponibles sur format physique pour les nostalgiques et les vieux réacs comme moi. Néanmoins, la démarche de Radiohead, si elle ne s’en prend pas directement au support cd en tant que tel, a le mérite de consacrer ce qu’on avait déjà tous constaté depuis la fin du siècle dernier sans oser le reconnaître : la mort du format album.

Depuis des années, je me gratte la tête en me demandant ce qui pousse encore tous ces groupes à ajouter trois morceaux médiocres composés entre la poire et le dessert pour atteindre péniblement les 40 ou 45 minutes communément acceptées pour baptiser l’objet « album ». En tant que lecteur fidèle, tu connais désormais par cœur cette formule que je répète tous les soirs en m’endormant : « Mieux vaut un bon EP qu’un album moyen. »

A les réécouter de plus près, je dois avouer que même mes albums préférés possèdent tous ce petit creux, cet essoufflement passager, ce coup de mou à mi-parcours qui aurait mérité un travail d’élagage plus radical. Condenser son talent créatif sur une petite vingtaine de minutes et sortir des cd plus compacts [avoue qu’elle est belle, celle-là], voilà la recette qui sauvera la musique. On peut même écrémer Ziggy Stardust, alléger Doolittle, couper aux ciseaux dans le dernier Tool et lâcher du mou sur Raw Power. Au final, on obtiendrait du concentré de disque, de l’adrénaline sous pression. Le format EP présente en plus l’avantage de permettre des sorties plus rapprochées, d’autoriser les dérapages incontrôlés, de pardonner le pas de travers. A l’heure où les albums se téléchargent plus rapidement qu’ils ne s’écoutent, le disque de 20 minutes max s’impose chez ceux qui veulent vivre avec leur temps.

Mesdames, messieurs, je vous le dis une dernière fois : mort au LP, que vive l’EP !

D’ailleurs, d’où vient l’album ? Pourquoi la musique populaire doit-elle forcément sortir sur un format aussi balisé ? L’album (ou LP ou Long Play pour les incultes) durait à la base 40 minutes parce que les vinyles étaient pressés sur deux faces de 20 minutes. Pourquoi ce format ? Tout simplement parce qu’à l’époque (fin des années 40), on pressait surtout de la musique classique, des pièces traditionnellement plus longues et répondant à une certaine cohérence (Vivaldi n’a pas dû ajouter de 5e saison pour remplir son disque). Même contrainte pour les musiques qui accompagnaient les spectacles de Broadway.

Avec l’apparition de la musique pop, personne ne s’est posé la question du format le plus adapté : on a tout simplement repris le LP et on y a entassé autant de chansons qu’on pouvait y caser. Simple LP ou double LP : ça donnait des albums de 40 ou 80 minutes. Avec l’apparition du cd, on a bêtement transposé la même philosophie sur un disque laser. Et la cohérence dans tout ça ? Certains rétorqueront qu’il y a toujours les « albums concepts », mais si même sur Ziggy Stardust, on peut débroussailler au bulldozer…

Le format album a surtout permis à l’industrie du disque de s’en mettre plein les poches : on sortait un ou deux singles valables, on les emballait entre une dizaine de bouses et l’album se vendait par camions entiers au megastore du coin de la rue principale. Faut-il brûler les albums pour ce qu’ils sont ? Sûrement pas ! Il existe des centaines d’albums qui sont des perles de la première à la dernière seconde (réécoutez Washing Machine ou Closer, messieurs dames). Mais pour un chef-d’œuvre, combien de disques tirés en longueurs et lestés à la levure ?

Se concentrer sur des formats plus flexibles comme l’EP ou le single, c’est admettre que le monde change, c’est montrer qu’on a compris que les habitudes évoluaient. On se dirigera peut-être ensuite vers la mise à mort du support cd, ni plus ni moins. Finalement, est-ce si dérangeant ? Le vrai amoureux du microsillon n’abandonnera jamais ses fouilles dominicales dans les cartons poussiéreux d’un vide grenier. L’industrie musicale perdra des millions ? On s’en fout ! Ça va tuer les artistes ? Mon cul ! Mozart n’a jamais eu besoin de vendre des disques.

dimanche 2 août 2009

Claude-Henri Chouard – L’oreille musicienne


Cette fois, je ne vais pas te parler d’un roman, ni d’un recueil de nouvelles, ni même d’une BD, mais bien d’un ouvrage scientifique, tout ce qu’il y a de plus sérieux. Ce livre m’est littéralement tombé dessus alors que je parcourais les rayons de mon magasin préféré. En lisant le 4e de couverture, j’ai tout de suite su qu’entre nous, ce serait une histoire qui durerait.

Claude-Henri Chouard est membre de l’Académie nationale française de Médecine, et accessoirement ancien chef du service ORL d’un hôpital paraît-il très connu outre-Quiévrain. Avec L’oreille musicienne, il entreprend le pari (réussi, autant cramer la fin tout de suite) d’expliquer de long en large le cheminement que suit une note de musique, entre le moment où elle quitte les doigts du musicien jusqu’à ce qu’elle résonne dans nos petits cerveaux. Pour ce faire, l’auteur compile un impressionnant travail de recherche qui fait appel à la physique (comment se forme un son), à l’anatomie (comment fonctionnent nos oreilles), à la psychologie cognitive (quelles zones de notre cerveau interviennent dans la perception de la musique), à la sociologie culturelle et l’ethnologie (pourquoi le diapason diffère-t-il d’une culture à l’autre), mais également à la linguistique et, forcément, à la musicologie.

Je dois reconnaître que c’est parfois assez pointu, avec quelques formules mathématiques pas toujours piquées de vers, et qu’il y a des passages où j’ai carrément décroché. A mi-chemin (annexes comprises, le bouquin tire quand même dans les 400 pages), je l’ai même laissé de côté un bon mois, histoire de reprendre quelques lectures plus légères avant d’attaquer la dernière ligne droite. Néanmoins, ce livre est passionnant pour tout amoureux de la musique un tant soit peu curieux. Personnellement, je ne connais pas le solfège et je me considère tout au plus comme un musicien du dimanche. J’y ai quand même trouvé un plaisir difficile à dissimuler car l’auteur a tout mis en œuvre pour tenir le lecteur en haleine.

Il a notamment eu l’excellente idée d’introduire son texte par 90 pages d’entretiens avec d’illustres chanteurs, musiciens, compositeurs ou chefs d’orchestre. Cette mise en bouche lui permet de poser quelques questions très concrètes auxquelles les chapitres qui suivent s’efforcent de répondre. Ce qui rend plus digestes les longues pages de démonstrations théoriques. Exemples : Pourquoi y a-t-il statistiquement beaucoup moins de gauchers parmi les pianistes que parmi les violonistes ? Un sourd peut-il chanter juste ? Pourquoi le diapason a-t-il toujours tendance à monter de quelques hertz au cours d’un opéra ? Comment a-t-on convenu de fixer le diapason sur un la-3 à 440 Hz ? Pourquoi l’oreille absolue devient-elle un handicap avec l’âge ?

L’oreille absolue est justement l’un des thèmes récurrents de ce livre : cette aptitude rarissime qui permet à certains musiciens de nommer non seulement toutes les notes de musique qu’ils entendent (ils sont capables de distinguer une douzaine de notes par seconde !), mais également de reconnaître la fréquence du diapason et même d’associer une note à chaque bruit survenant dans leur environnement.

L’auteur s’attarde également sur les différences de perception selon l’âge, le sexe, la culture, l’opposition droitiers-gauchers, etc. Dans ses conclusions, il amène une hypothèse qui nécessitera encore sans doute des années de recherche avant de pouvoir être avérée : plus qu’un simple fait social ou culturel, la musique répondrait à un véritable besoin physiologique chez l’être humain. Pourquoi ?

Pour le savoir, tu devras te plonger dans la lecture de ce livre certes parfois un peu austère, mais passionnant d’un bout à l’autre. Un must pour tous les mélomanes, de l’amateur que je suis à l’initié.

Petite cerise sur le gâteau, c’est bourré de ces petites observations étonnantes qui épateront la galerie à la prochaine réception de l’ambassadeur.

samedi 1 août 2009

Tarwater - Donne-moi la main


Il y a quelques semaines, je découvrais Glasgow, une ville où non seulement on boit du thé et où on roule les R, mais aussi où on écoute de la très bonne musique. Notamment dans un endroit un peu particulier qui s’appelle Mono : d’une part un disquaire qui dispose d’un rayonnage franchement bien fourni, d’autre part un resto végétalien où on se lèche les babines.

Après avoir fouillé les bacs de vinyles, un hamburger sans viande s’imposait. En dégustant mon plat, j’étais moins frappé par la succulente sauce au chili que par la musique hypnotique qui peu à peu tapissait la pièce. Par moments, on aurait dit les BO composées par Nick Cave et Warren Elllis (The Proposition, Jesse James), certaines improvisations bruitistes de Woven Hand (Puur), voire les abstractions du duo allemand Swod.

Je voulais en avoir le cœur net et me dirigeai vers le comptoir pour demander à un sosie écossais de Damon Albarn ce qu’était cette petite merveille.

- It’s the latest rrrrecorrrrd frrrrom Tarrrrwaterrr.

Aucune hésitation, j’ajoute l’album dans mon panier. Il s’agit en réalité de la bande originale (je m’en doutais un peu, vu l’ambiance) d’un film français : Donne-moi la main de Pascal-Alex Vincent. Encore la BO d’un film que je n’ai pas vu qui va tourner en boucle chez moi.

Retour au pays et verdict sans appel : cet album de Tarwater est une source inépuisable de surprises, passant des ambiances folk instrumentales au spoken word sur fond d’aventures électroniques. Les plus brillants d’entre nous (c’est-à-dire pas moi) auront peut-être reconnu la voix de Colette Magny, une voix dont j’ignorais le timbre troublant jusqu’à ce soir. Honte à moi.

Depuis je ne me détache plus de ce disque, une merveille, un chef-d’œuvre.

A regarder : la bande-annonce du film Donne-moi la main





Les liens :

Le site officiel : www.tarwater.de

Donne-moi la main sur MySpace : http://www.myspace.com/donnemoilamainlefilm

samedi 25 juillet 2009

The Hand - Berries From The Rubble


The Hand, c’est l’histoire d’un coup de foudre et d’une saison. D’abord la foudre. Non pas de celle qui te terrasse en un déchirement, mais bien de celle qui s’abat lentement et légèrement, d’une averse continue parsemée d’éclairs et de grondements lointains, de gouttes de plus en plus lourdes mais d'une douceur infinie, qui rafraîchissent, qui carressent, qui nettoient, qui purifient, qui rendent le sourire. D’une pluie interminable mais de plus en plus agréable. Du clapotis nocturne sur la fenêtre de la chambre, de torrents miniatures qui dévalent dans la rigole et font la course comme s’ils devaient rester à jamais de grands enfants. D’un ciel d’un gris lumineux, de nuages qu’on voudrait serrer contre soi. D’un vent rassurant, comme une brise orageuse.

Ensuite la saison. « Mais il n’y a plus de saison, ma petite dame ! » s’exclame la vieille édentée sur le marché. « La grêle sévit en juillet, j’ai servi des ribs au barbecue à mes invités pour le réveillon, j’ai acheté des fraises en janvier et mon citronnier donne des fruits plus juteux et éclatants que ceux de Sorrente. » Oui mais non. Parce qu’il reste les musiques de saison : le blues automnal, le folk hivernal, le free-jazz printanier, le punk estival.

Et puis voici The Hand, le coup de foudre d’une époque où il n’y aurait effectivement plus de saisons. Où les voix invitent à un roulé boulé dans la rosée matinale sous un soleil timide, où les notes de mandoline clairsemées s’épanchent comme autant de giboulées bancales. Un duo folk un peu minimaliste à deux voix XX et XY, duquel se dégagent, à peine perceptibles, des parfums de muguet, de fruits rouges, de nectarines, de grillades au feu de bois, de douche tiède… mais aussi de thé bouillant, de couvertures épaisses pour dompter un froid polaire, de vin chaud à la canelle. Un album caméléon, comme la météo : estival quand il pleut, hivernal quand le soleil assomme. Comme une mousson de soleil.

Il n’y a plus de saisons, ma petite dame. Mais j’écoute The Hand aujourd'hui et je m’en balance. Et j’ai même acheté une mandoline, alors…

Les liens

www.myspace.com/thehandand

www.angelsegg.jp.org

dimanche 12 juillet 2009

Plume de lapin


Après l’inoubliable Et l’âne vit l’ange, Nick Cave a ressorti sa plume pour un joli cadeau de rentrée : un deuxième livre qui sortira en septembre. Si la diffusion du premier roman de l’Australien est restée confinée à un cercle d’initiés et de fanatiques – ce qui est très compréhensible à la lecture de ce texte décapant – ce nouveau titre bénéficiera d’une distribution internationale soutenue, avec déjà une édition en français prévue chez Flammarion pour la rentrée littéraire.

The Death of Bunny Munro racontera le parcours chahuté d’un VRP en quête d’une âme après le suicide de son épouse. Alors que ses jours lui sont aussi comptés, il emmène son fils dans un dernier voyage mouvementé sur la côte sud de l’Angleterre, qui le mènera au jugement dernier.

Bon, on imagine bien les thématiques chères à Nick Cave dans ce nouveau récit : la damnation, la rédemption, l’Homme sous son jour le plus noir.

Rendez-vous en septembre, donc.

Pour les impatients, le site http://www.thedeathofbunnymunro.com contient déjà quelques extraits écrits et audio. En s’inscrivant en ligne, on peut déjà pré-commander le livre et obtenir une chance de remporter… le costume de lapin géant de la couverture. A bon entendeur…

Par contre, rien n'indique si le roman inspirera une mise en musique comme ça avait été le cas pour Et l'âne...

Les liens :

http://www.thedeathofbunnymunro.com

http://www.nickcaveandthebadseeds.com/

samedi 11 juillet 2009

HIGAMOS HOGAMOS – s/t


Un lien arrive dans ma boîte, accompagné de quelques phrases énigmatiques : « Ecoute-moi ça. On dirait BRMC darkfisté par un synthé Casio ! » L’auteur se reconnaîtra. J’en profite pour saluer son imagination : on pouvait difficilement mieux décrire la musique un peu « à l’ouest » de ce premier album éponyme du duo londonien Higamos Hogamos.

Ne te fie pas aux apparences. Oui, la plage d’ouverture commence sur une note pysché-pop 70s mille fois entendue mais la barque ne tarde pas à dériver, emportée par des flots de claviers très Kraftwerk, auxquels viennent s’ajouter quelques riffs de guitare sauvageons.

Au fil des morceaux, le côté Jesus & Mary Chain au Pays des Merveilles synthétiques s’efface pour laisser la place à un glam-rock forcément très sexuel. Les références à Bowie période Scary Monsters se font grosses comme un camion rempli de champignons hallucinogènes (The Creeper). Plus on avance, plus les claviers s’imposent également, surtout pour terminer des morceaux à rallonges dans une ambiance très « lécheurs de timbres », qu’on situerait volontiers quelque part entre Pink Floyd et Daft Punk.

Un album fantastique, un voyage intérieur qui sent la drogue à plein nez, à déconseiller fortement sur l’autoroute quand on conduit seul.

Le lien :

http://www.myspace.com/higamoshogamos