dimanche 26 juin 2011

Amon Tobin - Isam

L’an prochain, Amon Tobin fêtera ses quarante balais. Au-delà du fait que ça ne nous rajeunit pas (oh putain…), cette information sans aucun intérêt aurait pu nous faire douter de la capacité du DJ brésilien à continuer à assumer son rôle de précurseur dans le domaine des musiques électroniques.

Débarqué en 96 sur le label Ninja Tune (where else?), voici qu’il nous livre cette année un 8e album qui se présente sous la forme d’un point d’interrogation : après avoir botté nombre de culs sur les dance floors en mélangeant allègrement drum’n’bass, rythmes latinos, hip hop et jazz, serait-il encore en mesure de pondre un album qui serait un peu plus qu’un « simple 8e album d’Amon Tobin » ?

La question était d’autant plus pertinente que son dernier disque, l’incroyable Foley Room sorti en 2007, faisait déjà office de testament sonore. Amon Tobin ne précédait-il pas ses sets de la tournée qui suivit de documentaires (fort peu intéressants) sur les techniques de capture sonore d’… Amon Tobin ? Pourtant, déjà à l’époque, si Foley Room était plus intimiste et absolument indansable, je garde le souvenir d’un concert épique à l’Ancienne Belgique, non pour la prestation elle-même mais bien pour l’installation acoustique qui lui servait d’écrin : le premier concert en 7.1 jamais donné dans le plat pays. Pour le coup, ça partait littéralement dans tous les sens. Le son rebondissait sur les murs de la salle.

Avant de sortir ce nouvel album, Amon Tobin nous avait d’abord servi en guise de mise en bouche un single inédit paru en 2009 : Eight Sum, sorte de rengaine électro-tribale qui aurait pu marquer un retour à des rythmes invitant au déhanché.

A écouter : Eight Sum



Autre apéritif, l’hallucinante vidéo du single Esthers, sortie de nulle part en 2010, ou comment donner un second souffle à un titre sorti il y a quatre ans.

A regarder : Esthers



Pourtant, à sa sortie, Isam, le nouvel album, laisse dubitatif. On sent que l’artiste s’est amusé à le composer. On sent qu’il s’est fait plaisir. On sent l’énorme travail qu’a dû représenter la fabrication de ces douze ovnis sonores. On sent la difficulté de l’exercice. Mais malheureusement, l’écoute se révèle également tout aussi difficile. Très downtempo, façon Scorn. Très déstructuré façon Aphex Twin. Très abstrait façon Autechre. Aucun des morceaux de cet album n’a quoi que ce soit à faire sur un dance floor.  Au mieux, le titre Goto10 recèle un semblant de mélodie dubstep qui pourrait encore réveiller une foule. Mais pour le reste… Amon Tobin s’enfonce encore plus profondément dans une démarche qu’il avait initiée avec Foley Room : composer une musique électronique qui refuse obstinément toute forme d’étiquette. A fortiori celle de musique dansante.

La chronique se serait arrêtée ici si, le 10 juin dernier, Amon Tobin n’avait fait un passage ultra remarqué à l’Ancienne Belgique. En fans suspicieux mais inconditionnels, nous nous ruons sur les tickets comme des Tunisiens sur l’illusion démocratique. Et là, c’est la claque monumentale. Certes, si tu t’attendais à danser toute la nuit, le set live d’Amon Tobin recèle aussi peu d’intérêt que l’album. Mais côté visuel, Jésus, Marie, Joseph…

L’effort est monstrueux et impossible à décrire avec des mots. En s’y risquant tout de même, on pourrait résumer en disant qu’Amon Tobin joue cloîtré dans un cube, lui même perdu au milieu d’une construction géométrique faite d’autres cubes blancs, tous alignés et orientés à 45° par rapport à la scène. Sur cette structure, plusieurs machines projettent l’image de… la structure elle-même. Et, au rythme de la musique, cette image bouge, fond, mute, s’écroule, se reconstruit, se transforme, évolue, avance, recule, gonfle, se liquéfie, part en fumée, etc.

Bref, pour faire simple : Amon Tobin joue dans une structure rigide, mais en mouvement. L’illusion est parfaite, les réglages s’opèrent au millimètre et relèvent de la haute voltige. Pour la première fois de ma vie, j’ai VU LA MUSIQUE (et pourtant je n’avais rien avalé d’illégal). D’autres musiciens électroniques se sont souvent efforcés de s’accompagner de projections visuelles pour densifier leurs prestations. Mais jamais la musique et l’image n’avaient fait corps à ce point. Au mieux, j’avais déjà pris des claques à des concerts de Chris Cunningham. Etienne De Crécy avait déjà exploité l’idée des cubes en trois dimensions l’année dernière, mais avec beaucoup moins de succès. Ici, c’était tout simplement incroyable.

Conclusion : en sortant du concert, j’ai bien évidemment réécouté attentivement cet album. Et c’est un incontournable. Maintenant que j’ai VU cet album, je l’entends tellement différemment. Ce constat est d’une terrible cruauté : Isam est l’album le plus élitiste que j’ai jamais entendu, tout simplement parce qu’il s’adresse à une poignée d’élus, ceux qui ont eu la chance d’assister à un concert de cette tournée. Cet album, c’est un souvenir du concert, comme une photo de classe qui nous rappelle la belle époque ou une bouteille de gnôle qu’on ramène de vacances pour en conserver l’arrière-goût. L’écouter, c’est se repasser des tas d’images. Et donc par extension, j’en suis navré, Isam restera un objet inclassable, difficile à appréhender et d’une complexité inutile pour la plupart des paires d’oreilles qui peuplent cette planète.

A regarder : un documentaire (court) sur le premier concert de la tournée Isam Live.



A regarder : un documentaire (un poil plus long) sur les coulisses de la tournée Isam Live.



Les liens :

mercredi 1 juin 2011

Aucan - Black Rainbow


Difficile de passer à côté du phénomène Aucan. Hystérie passagère ou réelle valeur sûre ? A chacun de se faire son opinion. Il faudrait en tout cas faire preuve d’une sacrée mauvaise foi pour ne pas saluer le parcours atypique de ces trois Italiens.

Récapitulons. Un premier album éponyme sorti en 2009 et unanimement salué comme une version moins chiante de Battles. Les mots « version moins chiante » n’engagent que moi, mais la comparaison est là : instrumentaux au beat froid et mécanique, murs de guitares et légères touches de synthé. L’année dernière, Aucan ouvre une première brèche avec l’EP DNA (dont un morceau figure d'ailleurs sur ma vénérable compilation 2010). Le disque s’ouvre certes sur un riff de guitare agressif au possible, mais c’est pour mieux s’écarter du carcan et dévier rapidement vers des arrangements electro dansants.

Surprise du chef : le trio de Brescia s’y essaie même au chant (certains diront aux chœurs) avec un succès plus que relatif. L’EP s’avère toutefois d’une redoutable efficacité, synthèse dense et compacte de deux mondes finalement pas si éloignés : le math-rock et l’electro.

Avec Black Rainbow, Aucan devait confirmer cette belle impression et montrer que l’exercice de style pouvait également tenir la longueur sur tout un album. Deux options semblaient envisageables : continuer sur la voie d’un style hybride prometteur mais hasardeux ou revenir à des compositions plus classiques. Et c’est là qu’Aucan marque des points en prenant le monde à contre-pied : sur Black Rainbow, bien malin qui pourra encore déceler le moindre son de guitare. Ce sont désormais les machines qui prennent le relais pour une aventure electro-pop qui ne renie aucune de ses influences : rock, dubstep et même hip hop.

Les friands d’étiquettes en prendront pour leur grade : Aucan devient l’incarnation même du groupe inclassable. Celui qui, sur scène, pourrait se contenter de lire ses emails tranquillement retranché derrière ses laptops. Ou qui, au contraire, pourrait enflammer la foule en bondissant d’un instrument à l’autre. Je n’ai jamais eu la chance de les voir, mais il paraît que c’est plutôt cette deuxième option qui a été retenue. Pour poursuivre quand même dans la tradition rock, il paraît aussi que ça joue très fort.

Ce deuxième album d’Aucan, assez difficile à appréhender, est en tout cas à mettre au rayon des toutes bonnes sorties de cette année. La plage d’ouverture est catastrophique, mais le reste est d’excellente tenue. Retenons par exemple Red Minoga (comme si Amon Tobin se mettait tout à coup au rock progressif) et les bouillants Sound Pressure Level et Away! qui rappellent par moments certaines touches des Beastie Boys.

A regarder : Heartless (official video)



A regarder : Away! + Sound Level Pressure (live @ Le Klub à Paris)



Les liens :
Aucan sur MySpace
(l'album est en écoute libre)
Commander l'album sur AfricanTape

mardi 31 mai 2011

Liturgy - Aesthethica


La musique s’écoute souvent à travers ses codes. A partir de ces codes sont déterminées les étiquettes qu’on collera sur tel ou tel groupe. Ainsi, il est de bon ton de considérer qu’un chanteur country doit porter un chapeau de cowboy, un rappeur une casquette et un métalleux une chevelure fournie. Les dreadlocks sont vivement conseillées aux musiciens de reggae et on imaginerait mal un guitariste hardcore dont les bras musclés ne seraient pas couverts de tatouages. Si on pousse l’analyse au niveau des sous-genres, le black metal reste sans conteste le style musical le plus codifié, tant au niveau auditif que vestimentaire : maquillages, accoutrements en cuir garnis de pointes et autres clous, râles profonds, rythmiques médiévales supersoniques et références à la grandeur du passé viking. Codes largement partagés et répandus par ses représentants, ses fans, ses journalistes. 

Dès lors, pratiquer un black metal qui s’écarterait de la ligne directrice reviendrait presque à se bannir à vie d’une scène musicale aussi homogène que radicale. C’est pourtant ce que font les 4 gamins new-yorkais de Liturgy, avec un culot qui frise le crime de lèse-majesté. Du haut de leurs 20 ans à peine consommés, ils digèrent l’influence de trois décennies de vacarme métallique scandinave, qu’ils vomissent avec la dose d’inventivité qu’on est en droit d’attendre de la part d’un groupe de Brooklyn.  Chez eux, on ne trouvera ni frocs en cuir, ni maquillages de démons, ni cottes de mailles. Pour l’aspect visuel, il faudra se contenter de quatre gringalets entre deux âges, plus proches des infâmes Hanson que des papys d’Immortal. Jeans, baskets, t-shirts délavés ou fluo et cheveux en bataille. Si la moitié du groupe n’était imberbe, on jurerait avoir affaire à une bande de hippies.   

Mais une fois le bouton play enfoncé, les a priori vestimentaires cèdent rapidement sous les assauts d’un métal profondément noir, mélodique, bruyant, déstructuré et pourtant d’une limpidité rare dans ce courant musical. La production est parfaite, le son cristallin, le jeu de batterie, puissant et incroyablement nuancé, atteint des sommets du genre. C’est que, justement, Liturgy n’est pas du genre à se laisser emprisonner dans des cases réductrices. Bien au contraire. 

Black metal,  les Liturgy ? Sans doute. La voix caractéristique du chanteur Hunter Hunt-Hendrix (what’s in a name?) et certaines harmonisations plaident en tout cas en faveur de cette thèse. Mais ce serait dommage de s’arrêter là. Et ce serait encore plus dommage que ceux qui sont allergiques aux hurlements norvégiens passent à côté de ce disque incendiaire qui se profile déjà comme le meilleur album métal de l’année. N’ayons pas peur des mots, car Liturgy joue clairement un cran au-dessus du lot et balaie sur son passage tous les codes énumérés plus haut. Une avalanche de guitares, certes. Des cris à se dérouiller les cordes vocales aussi. Mais surtout un savant mélange de genres, entre métal, rock et noise. Des compositions d’une complexité telle qu’elles ne se révèlent qu’à la dixième écoute. Liturgy ose le pari des chœurs primitifs sur les introductions de True Will ou Glass Earth. Liturgy ose les bizarreries rythmiques comme le break (en sept temps, s’il vous plait) de Sun of Light. Liturgy ose les 7 minutes et 7 secondes sur pratiquement un seul et même accord (Generation), laissant la batterie construire elle-même sa propre partition. Et Liturgy ose également la blitzkrieg stoner doom, façon Karma To Burn, sur l’inévitable Veins of God

Cerise sur le gâteau : sur scène, Liturgy fait l’effet d’un tsunami sonore, contraste saisissant entre la déferlante de décibels et l’apparente nonchalance de ces quatre post-ados parmi lesquels certains attendent encore les premiers signes d’une pilosité adulte. Pas grand chose à jeter, même pas cet artwork minimaliste et terriblement… blanc. Comme un poing sur la gueule de toute la scène black. Ou tout au moins sur ses codes.     

A regarder : la vidéo de Returner


LITURGY // RETURNER from Thrill Jockey Records on Vimeo.



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lundi 2 mai 2011

David Eugene Edwards live au Roots & Roses Festival

Hier, vers 18h, David Eugene Edwards montait sur scène, au Roots and Roses Festival. Cet événement, je l’attendais depuis des années. Depuis 2005, pour être précis, et la séparation de ce qui reste un de mes groupes préférés toutes périodes et tous styles confondus : Sixteen Horsepower.

Ce concert devait avoir une saveur particulière pour au moins deux raisons.
La première, c’est que depuis 2005, même si j’ai vu son nouveau groupe Wovenhand à 4 reprises, plus jamais je n’ai eu la chance d’entendre le moindre titre de Sixteen Horsepower sur scène. Il en jouait encore de ci de là, mais pour quelques heureux élus dont je n’ai – hélas – jamais fait partie.
La seconde, c’est qu’il y a à peine deux semaines, nous avions assisté au Roadburn Festival à un concert bouleversant de Wovenhand, justement. Puissant, racé, violent, agressif. Mais surtout, un David Eugene Edwards physiquement très accablé. Rachitique, méconnaissable, la barbe épaisse, les paupières tuméfiées, il nous surprit à prendre le public à partie, lançant des onomatopées spasmodiques entre chaque morceau… et parfois même au beau milieu d’une chanson. Inquiétant.



Avec les copains du Roadburn, on a tout de suite su qu’on irait au Roots and Roses deux semaines plus tard. Pas seulement parce qu’il y jouerait en solo. Mais aussi par crainte que ce fût l’une des dernières représentations d’un homme visiblement très accablé, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur.

Hier, vers 18h, David Eugene Edwards montait donc sur scène.

Même regard vide que deux semaines plus tôt, l’idole n’a manifestement pas profité de la gastronomie locale pour se remplumer. Accompagné de son claviériste, il s’assied, s’empare de son fameux banjo monté sur un corps de mandoline (j’en profite pour rappeler que c’est bientôt mon anniversaire) et entame les premiers arpèges de Whistling Girl. Impeccable.

Sur les quatre ou cinq premiers titres de son concert, David Eugene Edwards se contente de parcourir le répertoire de Wovenhand, lui offrant une interprétation dépouillée mais sans grande surprise pour les habitués. C’est vrai qu’en l’espace d’un an, je les avais déjà vus trois fois…

Mais c’est vers la moitié du set que la machine s’emballe. Sur le manche de sa petite guitare modèle parlour, le classique de la musique folk américaine des années 30, l’artiste esquisse les premières notes de Hutterite Mile, titre qui ouvre l’album Folklore, le dernier album studio de Sixteen Horsepower, alors que l’assistance se plonge dans un silence glacial. Soutenu par un clavier mortuaire, les yeux mi-clos, David scande ses textes comme s’il s’arrachait une dent à chaque mot. Nous y voilà. Il est revenu. En transe – éthylique ou pas, on s’en fout – il se lève à la fin du morceau et se perd, claudiquant entre gloussements primaires et pas de danse maladroits. Consternation et admiration.


Pas vraiment le temps de mesurer l’ampleur du drame qui est en train de se jouer sur scène. Lorsqu’il repose son cul sur sa chaise, c’est pour se lancer dans une version chamanique de Splinters, histoire d’enfoncer le clou encore plus profondément. Plus personne n’ose en douter : nous sommes bien en train de vivre un grand moment de musique. Même si l’homme dans les santiags semble sévèrement atteint. Même si ses mouvements semblent parfois lui échapper. Même si son visage meurtri, gris, transparent, n’inspire que crainte, tristesse et pitié. L’essentiel  - le son qui sort de son mètre carré de scène – est tout simplement brillant. D’une justesse redoutable. D’une sincérité incontestable.


Jamais ses textes ne m’ont paru aussi douloureux. Pourtant Dieu sait si je les ai décortiqués. Jamais ils n’avaient été interprétés avec une telle profondeur. Et c’est bien là toute l’ambiguïté de l’événement : nous sommes forcément tous mitigés. Partagés entre le pur bonheur de réentendre ces chefs-d’œuvre dans leur plus simple expression et la tristesse d’assister sur scène au déclin de celui qui les a enfantés.

Car finalement, voilà toute la contradiction intrinsèque à la musique de Sixteen Horsepower. Les thèmes abordés (la rédemption, l’homme seul face à Dieu, le dogme dans toute sa violence, le péché, la douleur, le châtiment, le jugement, etc.) retrouvent toute leur splendeur dans une interprétation tellement pure qu’elle en devient décadente. C’est avec un genou à terre, au bord du gouffre, les épaules courbées et le visage gonflé par d’invisibles gifles que David Eugene Edwards leur offre leur plus bel écrin. Une forme de performance artistique ultime. Après lui, le déluge.

Difficile de ne pas risquer le rapprochement – toutes proportions gardées - avec les albums de la série America de Johnny Cash, quand celui-ci s’époumonait pour encore chanter trois notes justes… et s’avérait pourtant au sommet de son art.

Alors oui, ça me choque. Oui, je suis triste. Oui, j’ai dû retenir quelques larmes. Et oui, j’en ai bien peur, mais si la déchéance poursuit son travail, David Eugene Edwards risque de ne plus tourner très longtemps.

Mais je reste persuadé que j’ai assisté là à l’un des plus beaux concerts de ma courte existence. J’en suis d’autant plus marqué que, dans mes bras, ma fille de 3 ans et demi assistait pour sa part à son tout premier concert. Quelle chance.

L’histoire aurait pu s’arrêter ici. Juste après les conclusions. Sauf que le public ne s’y est pas trompé. Tonnerre d’applaudissements interminables à la fin du set. La bête revient dans l’arène après s’être fait désirer. Le pas peu assuré, il se retourne vers le claviériste et je lis sur ses lèvres le titre qui ouvrira le rappel. Celui que j’attends depuis toujours. Celui qu’on passera à mes funérailles. Celui que je chantais à ma gamine sur ma guitare, alors qu’elle était encore dans le ventre de sa mère. Celui qui m’a accompagné dans mes grandes tournées en rollercaster émotionnel depuis lors. Celui dont les paroles sont capables de me déchirer dans le sens de la longueur. Celui qui est gravé en moi depuis ce premier album, c’était au milieu des années 90.

Ça a commencé comme ça :

Et puis, ça s’est terminé comme ça :
     

 Prosternation. Merci, mec.

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Wovenhand, le site officiel
Wovenhand sur MySpace

dimanche 20 mars 2011

David Eugene Edwards - The Preacher


Peut-être que, comme moi, tu n'as pas la télé. Peut-être que, comme moi, tu manifestes une étrange attirance pour la musique de David Eugene Edwards. Peut-être que, comme moi, tu regardes parfois des documentaires sur le net pendant que d'autres s'extasient devant trois connards qui apprennent à faire la bouffe devant des caméras. Peut-être que, comme moi, tu viens de découvrir qu'il était possible de foutre un cd en l'air uniquement en l'écoutant trop souvent. Et peut-être que, comme moi, tu n'es pas étonné de constater que c'est justement un cd de 16 Horsepower que tu vas devoir aller racheter parce qu'il saute tout le temps.

Peut-être que tu te demandes d'où vient cette mystérieuse fascination pour cette musique de cow-boys du Colorado, toi qui, comme moi, n'as aucune sympathie particulière pour la musique country.
Peut-être que tu te demandes si tu n'es pas en train de virer catho, à force d'entendre ces prières à longueur de journée.
Et peut-être que, comme moi, tu n'as toujours pas digéré la dissolution de 16 Horsepower, tournant majeur, pour toi aussi, dans l'histoire du rock. Tournant que tu peines également à expliquer.

Mon ami(e), aujourd'hui ce blog se transforme en télé pour toi.
Je te propose de découvrir un documentaire unique, tourné en 2000 par une chaîne néerlandaise, entièrement dédié à David Eugene Edwards : The Preacher.

A un moment, on le voit bouffer. Mais ne t'inquiète pas. Personne ne lui attribuera de cote pour sa tambouille à la fin de l'émission. Je me suis quand même permis de noter sa musique : je lui ai mis un 10/10 pour l'authenticité.











Les liens

David Eugene Edwards entame bientôt une tournée européenne en solo. Il passera notamment au festival Roots & Roses de Lessines le 1er mai prochain et à la Toneelhuis à Anvers le 30 avril.

http://www.wovenhand.com/

http://www.myspace.com/wovenhand

dimanche 6 mars 2011

Lumerians - Transmalinnia


Il y a quelques mois, une mystérieuse vidéo s’est mise à circuler d’email en email. “Mate un peu ça et ose dire que ce n’est pas de la balle.” Le clip en question montrait une bande d’allumés, fringués comme les bourrins de Sunn O))) invités à une soirée déguisée sur le thème de Fantomas. Une présentatrice, les cuisses à l’air, y introduisait les Lumerians, sombres inconnus venus interpréter deux titres dans un play-back outrancier. Mais bon dieu, ce premier morceau, quelle putain de claque ! Voici ce que ça donnait :


Depuis lors, les Lumerians ont sorti un single, Burning Mirrors, qui trônait d’ailleurs bien fièrement sur ma compile 2010 et a scuscité quelque enthousiasme parmi mes proches. Début mars, ils ont enfin publié leur premier album. Album sur lequel figure le fameux titre entêtant de la vidéo, avec sa ligne de basse galopante : Black Tusk.

Les Lumerians, c’est bien plus qu’un énième groupe de revival psyché. Si tu lis ce blog depuis quelques temps, tu en as déjà vu défiler à la pelle. Non, les Lumerians, c’est THE groupe psyché, celui qui domine tous les autres d’une bonne tête (encapuchonnée). C’est THE groupe qui fusionne à merveille 40 années de tout ce qui a influencé la musique pop de près ou de loin : rock, glam, disco, soul, electro, kraut, new wave. Et même un petit côté yéyé. Un petit côté BO de film avec Jean Yanne dans un col roulé. Un petit côté “Tiens, c’est marrant, ça sonne moins bizarre quand je prends plein de drogues.” Un petit côté “Je n’arrive pas à expliquer pourquoi je remue du cul en agitant les bras en l’air, mais au ralenti. Et je n’arrive pas non plus à expliquer pourquoi je me sens si léger.”

Les Lumerians, c’est aussi des chansons aux titres improbables. Comme Xulux, Hashshashin ou Calalini Rises. Autant de titres sur lesquels on s’égare volontiers, aux sons d’un synthé analogique qui dévale entre des lignes de basse têtues et parfois, au loin, mais pas toujours, un chant processoral, monotone, paresseux. Pour ajouter un peu de piment, on retrouvera ici et là une guitare qui penche carrément du côté du Velvet Underground.

Les Lumerians, ce serait la bonne surprise de ce début d’année, si la vidéo de Black Tusk (de loin le meilleur morceau de l’album) n’avait pas déjà préparé le terrain. On y retrouve quelques pépites à danser (au ralenti, toujours), mais aussi des titres plus bruyants, plus nerveux, voire carrément bordéliques (Longwave), le tout, saupoudré de cette saveur de vieux film de flingues dans lequel le méchant porte des gants en cuir noir (Hashshashin et sa guitare funk qui rappelle les compilations de  musiques de polars italiens des années 70 comme Beretta 70).

(parenthèse n°1 : Goblin - Via della droga sur la compile Beretta 70) :



Comme j’aime bien ramener ma fraise et montrer que je connais des groupes que personne n’écoute, je n’hésiterai pas à citer en référence Super Numeri ou Silver Apples (en particulier sur le titre Melting Space).

(parenthèse n°2 : Silver Apples - Lovefingers - 1968)



Je conclurai par un appel du pied discret à mes amis programmateurs : les gars, il faudrait peut-être penser à inviter les Lumerians cet été. Je veux absolument voir ces mecs sur scène.     

A regarder Une petite dernière pour la route : Hashshashin (live et filmée avec les pieds)




Les liens
Sur Knitting Factory Records
Sur MySpace

(Petit détail, mais est-ce bien la peine de préciser ? L'album est commandable en vinyle édition limitée, avec code immédiat pour télécharger la version électronique.)

mercredi 2 mars 2011

L'Enfance Rouge - Bar-Bari


Il est très rare que je parle d’artistes qui chantent en français. Ce n’est pas du racisme, ce n’est pas non plus pour rappeler le caractère profondément flamand du rock, c’est juste que des groupes qui chantent en français, je n’en écoute pas beaucoup. Je me souviens, encore gamin, avoir lu une interview (de Noir Désir?) dans le TéléMoustique de mes parents, interview dans laquelle l’artiste (Bertrand Cantat?) rappelait à quel point chanter en français pouvait s’avérer pénible, à cause de toutes ces consonnes. Il n’avait pas tort.

Je ne suis pas linguiste, mais il me semble que cette avalanche de consonnes constitue précisément le coeur-même de la richesse de la langue française. Il suffit d’écouter un Américain – par exemple – risquer de perdre son dentier en voulant prononcer correctement le nom de Gérard Depardieu pour mesurer toute la difficulté à parler notre parlage. Et si c’est difficile, alors c’est beau. Règle mathématique qui vaut pour toutes les langues, sauf l’Allemand évidemment. Vous ne me surprendrez jamais à louer le verbe de l’occupant.

Si j’aime L’Enfance Rouge, c’est justement parce que c’est un des seuls groupes qui capitalisent à ce point sur la surpondération des consonnes dans la langue française. Ou tout le moins qui ne la nient pas en essayant d’imiter vaguement l’anglais en marmonant peu ou prou chaque mot du Robert qui, s’il est mâchouillé, libère une délicate saveur de rosbif.  A vrai dire, c’est peut-être le seul groupe qui chante en vrai français. Le Français, jeune homme, ça se crache, ça se déglutit et ça coince les portes.

C’est ce que François Cambuzat, guitariste chanteur de ce trio franco-italien, a bien compris. La preuve avec le merveilleux Palais Bourbon, sorti en 2005 sur l’album Krsko-Valencia.



Avec Bar-Bari, cuvée 2011 de L’Enfance Rouge, cette bande de renégats (ils en sont à leur 7e ou 8e album, on ne sait plus très bien, tous sortis en édition ultra-limitée) enfonce une nouvelle fois le clou. Bien pointu, bien profond, bien rouillé. Les premiers mots de Cambuzat annoncent la couleur sur Perquisitions.

Emasculons la bête
En urgence circonstanciée
L’acier est d’une secrète
Beauté

Pour la dentelle, les frou-frou et l’intro en douceur, on repassera. C’est une entrée en matière version bélier qui cède la parole à la bassiste Chiara Locardi pour la deuxième salve de l’album: l’introverti Grande – Survie. Réplique italienne de Kim Gordon, elle y déclame, raide et figée, une complainte à la voix tellement écaillée qu’elle convaincrait Jeanne Moreau de doubler Alvin et les Chipmunks.

La suite reprend le chemin d’un rock sanguinaire et militant. Avec en invité surprise, un certain Bertrand Cantat venu psalmodier les vers de Tostaky sur Vengadores. Contraste éloquent, entre d’une part, celui qui fut adulé avant de chuter et, de l’autre, une formation dont le succès reste confiné à quelques cercles d’intellos punk privilégiés. Cantat semble y retrouver la spontanéité perdue sur des plateaux TV ou les scènes des grands festivals. On n’y croyait plus. On le sent presque ému.

Le reste de l’album poursuit sur les voies impénétrables d’un rock crasseux, d’une poésie noire et d’arrangements teintés d’influences orientales. Une bonne moitié de ces titres se trouvait déjà sur l’album précédent, mais sont livrés ici dans un emballage épuré, une sorte de retour à la nature profondément électrique de L’Enfance Rouge.

Du vrai bonheur pour les oreilles.
Je l’écoute en boucle, encore et encore.

Les liens : 

Le site officiel
Commander sur Wallace Records
Commander chez Mandai Distribution