dimanche 13 juillet 2008

Le feuilleton de l'été : trésors de brocantes, épisode 1 / L'amour et la vie

Faites la queue

Un été sans feuilleton, c'est comme un Tour de France sans EPO, ça manque de piquant. Après le succès intergalactique des rediffusions des meilleures prestations live de Nulle Part Ailleurs (Souviens-toi l'été dernier, tatatam), l'été 2008 sera consacré à la plus belle des activités dominicales, j'ai nommé LES BROCANTES.

Un dimanche ensoleillé, un short, des tongs, un billet de 5 euros dans une poche, un stand Leffe, du fromage d'abbaye, qui oserait dire qu'on vit une sale époque ? Les brocantes, c'est ce qu'on a inventé de mieux depuis le chewing gum qui lave les dents. On y trouve de tout : un pare-choc de Simca 1000, des bigoudis anciens, une collection preque complète de Pif Gadget, des tapisseries de scènes de chasse, l'inévitable peinture de l'enfant triste, des machines à écrire, un Commodore 64, une MasterSystem avec Wonderboy, des bottes de Chewbacca, une valise contenant des romans érotiques des années 50 et, surtout, des caisses complètes de vinyles.

Quand, comme moi, on aime autant l'objet que son contenu, les caisses de vinyles, ça devient vite la caverne d'Ali Baba. En moyenne, sauf chez les exposants spécialisés, il faut compter un disque intéressant pour 99 bouses. Autrement dit, avant de tomber sur un album de Talking Heads ou la BO d'Ulysse 31, il faut se farcir à la pèle mécanique les grands classiques du brocanteur que sont :

- Cloclo, Sardou, Johnny et Luis Mariano
- les compilations des grands standards de l'accordéon
- les marches militaires, musiques de gendarmerie et chansons d'étudiants
- les ultratops en tous genres façon Discover Bastos

Toujours est-il que, avec une once de persévérance, on arrive toujours à dégoter de petites perles qui se négocient aux alentours de l'euro.

Cet été, je te propose donc une petite virée dans ma collection privée (hum...) acquise pour quelques pièces auprès de vendeurs pressés de se débarasser de ces énormes objets qui encombraient leur grenier.

Dimanche 6 juillet : brocante de la Gare de Nivelles

La pêche est pauvre en ce dimanche matin. Le portrait d'un mètre sur deux d'Albert 1er, titrant Marche-lez-Dames 1934, ne pourrait en aucun cas se marier avec la déco de mon salon. Dans les bacs, du Serge Lama, du Julien Clerc période "Cheveux longs, idées courtes", de la Sylvie Vartan, de la Sandra Kim, l'intégrale d'Hugues Aufray, mais rien de bien sérieux à se mettre sous la dent. Un des derniers exposants, plus proche du sapin que du berceau, ne m'inspire aucune confiance avec ses trois caisses qui ne mettent en évidence que de la musette.

Allez, on prend son courage à deux mains, on fouille et BINGO. Pour 1,50 euros, le vieil homme me cède trois disques au look infernal, dont le premier va nous occuper aujourd'hui :

L'amour et la vie, la conception et la naissance expliquées aux enfants

Un cours d'éducation sexuelle, pressé sur vinyle par le Service de documentation conjugale de Grenoble. Doux Jésus, la pochette est splendide, représentant la famille unie dans la grande tradition des publicités pour Kinder Surprise des années 80 :

"Mais voyons, Michel, tu sais très bien qu'on a toujours Kinder Chocolat à la maison..."


Au début, je pensais qu'il s'agissait d'une prose catho-conservatrice, usant et abusant des clichés des fleurs, du pollen et des abeilles.

Le disque s'ouvre sur une chanson kitsch au possible ("Il y a deux roses" de Pierre Louki) qui parle des belles fleurs rouges qui poussent dans le jardin de maman. Maman qui reprend justement le micro accompagnée de papa, "pour expliquer à Claire et Jean, rassemblés dans le salon, le mystère de la vie."

Je craignais le pire. Quelle ne fut pas ma surprise en découvrant la suite : certes, on n'y appelle pas une couille une couille, mais le langage reste franc, factuel, direct et ne cherche pas à embrouiller les gosses avec des pirouettes sémantiques. Pour les roses et les choux, on repassera.

Morceaux choisis :

- Maman, comment fait le bébé pour sortir de ton ventre ? - Le corps de la maman est équipé au bas du ventre d'une sortie spéciale qui permet au bébé de naître. Ta soeur a également cette sortie, mais en plus petit.

- Toi aussi, plus tard, tu seras grand comme papa. Tu seras plus musclé et ta voix deviendra plus rauque. Un jour, tu auras ce qu'on appelle des écoulements de sperme. A partir de ce moment-là, tu auras très envie de tomber amoureux d'une fille.

Par moments, le ton très neutre du narrateur fait même carrément peur. La voix est celle de Jean Negroni, un narrateur dont l'organe a déjà sévi sur de nombreuses séries. Impossible de savoir si c'est lui qui doublait Rod Serling au début des épisodes de The Twilight Zone, mais franchement, ça ne m'étonnerait pas. D'où ce petit côté effrayant quand Negroni nous parle de la verge ou des testicules : on a presque l'impression que les Martiens débarquent, effet renforcé par une petite musique de fond angoissante.

La face B s'ouvre sur Voir" de Jacques Brel. Après nous avoir détaillé les organes génitaux, papa et maman passent en revue la conception des bébés, l'acte d'amour "dont il ne faut pas avoir honte" et la naissance en tant que telle. Pour illustrer le propos, le disque est accompagné d'un livret de schémas très sommaires, mais ma foi fort utile.

Je n'irai pas jusqu'à dire que j'ai appris des choses, mais en tout cas, j'ai beaucoup ri.

L'extrait à écouter :


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2 commentaires:

Yohann a dit…

ahah excellent!

slim911 a dit…

yep,

Cette aventure me dit vaguement queque chose.
Je crois que ce jour là on a oublié le stand leffe et le fromage mais bon.
Faudra remettre ça, d'autant plus que je n'ai rien pêché ce jour là, faut dire que ton sens du risque est plus développé que le mien :-)